SAND
mon fils, c'est un amour de mère, j'en saigne encore. Je te plains, je te pardonne tout, mais il faut nous quitter, j'y deviendrais méchante... Plus tu perds le droit d'être jaloux, plus tu le deviens ! Cela ressemble à une punition de Dieu sur ta pauvre tête. Mais, mes enfants à moi! Oh! mes enfants! Adieu! adieu ! malheureux que tu es! Mes enfants! mes enfants! »
Ce n'est plus Tamour de lionne, l'amour désespéré des nuits affolées de décembre. Elle est épuisée à son tour, et la lassitude ramène la raison. Elle aura la force de briser ses liens : la mère va déliver l'amante.
Sainte-Beuve a été chez Musset pour le supplier de ne plus la revoir^ Elle sent bien que seule l'absence empêchera le malheureux de revenir toujours. Son retour à Nohant décidé, elle écrit à Boucoiran de (( l'aider à partir ». Il s'agit de « tromper l'inquiétude d'Alfred », d'arriver chez elle en feignant de mauvaises nouvelles de M™^ Dupin. Elle sortira aussitôt
1. Ne l'ayant pas trouvé, il lui écrit sur une carte de visite : « Mon cher ami, je venais vous voir pour vous prier de ne plus voir ni recevoir la personne que j'ai vue ce matin si affligée. Je vous ai mal conseillé en voulant vous rapprocher trop vite. Lcrivez-lui un mot bon, mais ne la voyez pas. Gela vous ferait trop de mal à tous les deux. Pardonnez-moi mon conseil à faux. — A bientôt. [Inédit. )
UNE lllSTOlUE D^AMOUU
comme pour courir chez sa mère, — mais prendra le courrier de Nohanl^
Ainsi fut fait. Elle partit, et, le lendemain, Musset, revenant au quai Malaquais, apprit la vérité. Il écrivit encore à Boucoiran pour s'en assurer de lui-même, mais bien décidé cette fois « à respecter les volontés » de sa maîtresse^ Il se tint parole et tout fut fini.