‹ Une histoire d'amour, les amants de Venise- George Sand et Musset, avec des documents inèditsChapitre 64 sur 67 · COMPLAINTE · texte numérisé non relu

COMPLAINTE

HISTORIQUE ET VERITABLE SUR LE FAMEUX DUEL QUI A EU LIEU ENTRE PLUSIEURS HOMMES DE PLUxME, TRî:S INCONNUS DANS PARIS, A l'oCCASION d'un LIVRE DONT IL A ÉTÉ BEAUCOUP PARLÉ DE DIFFÉRENTES MANIERES, AINSI qu'il EST RELATÉ DANS LA PRÉSENTE COMPLAINTE.

(') M. Capo de Feuillide. né aux Antilles en 1800, mort en 1863, eut une existence des plus agitées. Nous rappellerons seulement qu'il fit d'abord partie de la

{Air de la Complainte du maréchal de Saxe.)

Monsieur Capo de Feuillide Ayant insulté Lé lia, Monsieur Planche, ce jour-là, S'éveilla fort intrépide, Et fit preuve de valeur Entre midi et une heur!

Il écrivit une lettre,

Dans un français très correct,

Se plaignant que, sans respect,

On osât le méconnaître;

Et plein d'indignation,

Il passa son pantalon.

Buloz, dedans sa chambrette, Sommeillait innocemment.]

maison de Charles X, et publia vers cette époque quelques pièces de vers à tendances légitimistes. Puis, sous le ministère Martignac, il fit montre d'opinions républicaines.

Entré comme collaborateur à VEurope littéraire en 1833, au moment de sa fondation par Yiclor Bohain, il devint ensuite, pour peu de temps, le rédacteur en chef de cette Revue dont, pendant sa courte carrière, les transformations furent incessantes.

Enfin, après son duel avec Gustave Planche, ce fut encore à propos de ses articles publiés contre la Presse dans le Bon Se7is et défendus par le National, qu'eut lieu la déplorable rencontre d'Emile de Girardin avec Armand Carrel, dans laquelle ce célèbre publiciste perdit la vie.

En tant que littérateur, M. Capo de Feuillide naguère laissé d'autre trace que sa participation aux origines de ces doux duels. (Note de M. de Spoëlberch.)

APPENDICE

11 s'éveille incontinent, Et bailla d'un air fort bête, Lorsque Plancbe entra soudain, Un vieux journal à la main.

lY

11 avait trouvé en route Monsieur Regnault^ tout crotté; Après l'avoir consulté, Gomme il n'y comprenait goutte, Il l'avait pris sous le bras, Pour se sortir d'embarras.

Ayant écouté l'affaire,

Buloz dit : « En vérité,

Ne soyez pas irrité

Si je ne vous comprends guère ;

C'est que j'ai l'esprit très lourd.

Et que je suis un peu sourd. »

YI

Alors Planche, tout en nage,

Leur dit : « C'est pourtant très clair;

A Y Europe liltérair,

On doute de mon courage;

Alin de le leur prouver.

Je suis venu vous trouver. »

Yll

Ils allèrent chez Lepage

Pour chercher des pistolets;

Mais on leur dit qu'il fallait

Mettre cent écus en gage.

Alors Buloz prudemment,

Dit : « Nous n'avons pas d'argent. »

(') Emile Regnault, un ami de Ba'zac et de Jules Sandeau.

UNE IIISTOinE D'AMOUR

Ils prirent les Dames Blanches^ Pour s'en aller à Meudon Acheter des mirlitons, Afin que Gustave Planche Pût faire baisser le ton A Messieurs du Feuilleton.

L'ennemi se fit attendre Jusqu'à quatre heures un quart, Ce qui fut canulant, car Buloz brûlait de se rendre Chez madame Dudevant Qu'il aimait passionnément.

Enfin, dans un beau carrosse, Par deux beaux chevaux tiré, Feuillide parut, paré Comme pour un jour de noce ; De plus, Lautour Mézeray, Et deux petits pistolets.

Alors les témoins, tous quatre Devant donner le signal, Retardent Tinstant fatal Où l'on allait voir combattre Ces deux grands littérateurs, C qui faisait frémir d"horreur.

(') Voitures publiques du temps, assez semblables à nos omnibus.

APPENDICE

Regnault regardait ses bottes Sans pouvoir trouver un mot; Feuillicle dit : « A propos, Je vais ôter ma culotte, Afin d'être plus dispos Et de n'être pas capot. »

Buloz, s'asseyant par terre, Saisi d un effroi mortel, S'écria : « Au nom du Ciel, Mes amis, qu'allez-vous faire?

Que deviendra mon journal?

Je m'en vais me trouver mal. »

« Messieurs, écoutez de grâce, DiKRegnault aux assistants ; Je ne suis pas éloquent, Mais mettez- vous à ma place, Je crois que, certainement, Nous sommes tous bons enfants

« Monsieur Planche a du coura Et monsieur Feuillide aussi ; Pour nous, nous sommes ici Pour empêcher le carnage.

Votre journal est charmant, Le nôtre pareillement.

« Vous avez raison entière, Et nous, nous n'avons pas tort.

UNE HISTOIRE D'AMOUU

Vous ne craignez pas la mort Et nous ne la craignons guère.

Je crois, sans vous offenser, Qu'il est temps de s'embrasser. »

« Messieurs, c'est épouvantable, Leur dit Buloz tout suant.

George Sand, assurément, Est une femme agréable Et pleine d'honnêteté, Car elle m'a résisté ! ! »

« Messieurs, ce n'est pas pour elle, Dit Planche, que je me bats, J'ai ma raison pour cela; Je ne sais pas trop laquelle ; Si je me bats, c'est pour nioi, Je ne sais pas trop pourquoi. »

Buloz, qui chargeait les armes Avec du plomb à lapin, Le prit alors sur son sein Et le baigna de ses larmes En lui disant : « Mon enfant, Vous êtes trop véhément. »

Feuillide, le gigantesque,

Leur dit : « Monsieur, s'il vous plaît.

Donnez-moi mon pistolet,

Tous ces discours-là me vcsqiie,

Je ne viens pas de si loin

Pour voir pleurer des témoins. »

APPENDICE

Les combattants en présence Firent feu des quatre pieds.

Planche tira le premier A cent toises de distance; Feuillide, comme un éclair, Riposta, cent pieds en l'air.

« Cessez cette boucherie, Crièrent. les assistants.

C'est assez répandre un sang Précieux à la patrie, Planche a lavé son affront Par sa détonation. »

Dedans les bras de Feuillide, Planche s'élance à l'instant, Et lui dit en sanglotant :

« Nous sommes deux intrépides, Je suis satisfait vraiment, Vous aussi, probablement. »

Alors ils se séparèrent, Et depuis ce jour fameux, Ils vécurent très heureux.

* Et c'est de cette manière Qu'on a enfin reconnu De George Sand la vertu ^

(*) Remarquons -;n passant que George Saad , environ quinze mois après le duel dont on vient de lire la burlesque épopée, écrivit, en collaboration avec plusieurs de ses amis, un morceau du même genre, pendant un des courts séjours qu'elle fit à Nohant, toute frémissante des dernières convul-

UNE llISTOinE D'AMOUR

Page 65 et ch. viii. — Gustave Planche et Musset.

L'antipathie du poète envers le critique se manifesta, une dernière fois, à la fin de février 1835, à propos du beau drame d'xVlfred de Vigny, Chatterton^ que Planche avait fort malmené. Musset écrivit deux sonnets qu'il signa, le premier de son nom, le second de celui de George Sand. Ils ont été publiés, pour la première fois, par la Revue Moderne (t. XXXIII, p. 405), puis par M. Edouard Fournier, dans ses Souvenirs poétiques de V Ecole romantique (in-i8, Laplace et Sanchez, 1880) — lequel a raconté, dans son feuilleton de la Patrie (où il estime que la (( Chanson bachique » de Lélia est également d'Alfred de iMusset), pour quelle raison de délicatesse Paul de Musset, trouvant au bas du second le nom de George Sand, ne l'y avait point fait figurer dans l'édition (de tirage restreint) « des amis du poète » (1864), où sont recueillis mdJmis inédits de valeur diverse.

La voici :

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