SEPTIÈME FEUILLETON
Pendant ce temps, une autre scène se passait dans la cuisine, scène à laquelle il faut que nous assistions sous peine de ne pas comprendre le reste du récit. Théodorine aperçut aux oreilles de la cuisinière des pendeloques qui
attirèrent son attention.
— Eh ! où diable , ma mie Adrienne, lui demanda-t-elle , avez-vous trouvé ces boucles d'oreilles?
— Je ne les ai pas trouvées , répondit Adrienne, elles m'ont été données par un beau garçon.
— Par votre amoureux, dit Théodorine avec un air précieux et dégoûté.
— Non, répondit simplement Adrienne ; par M. le baron de Horrberg.
— Attendez-moi là un moment, dit Théodorine ; et elle monta à sa chambre chercher les boucles d'oreilles qu'elle avait elle-même reçues deux jours auparavant de la main d'Henry; elle les apporta, et les comparant à celles d'Adrienne , elle vit qu'elles étaient absolument semblables. Elle se rôtira fort mécontente. Voilà , se dit-elle à elle -même , des cadeaux
distribués avec beaucoup de justice et d'intelligence , vraiment! Eh quoi! j'entre dans le complot de ces messieurs ; je prends dans leur comédie un rôle qui est sans contredit le plus important de la pièce, et sans lequel il leur eût fallu renoncer à leur projet ; on me fait un présent... convenable en lui-iiême , des boucles* d'oreilles avec des pierres rouges et vertes, de belles boucles d'oreilles, c'est vrai; mais on en va donner de précisément pareilles à une souillon qui ne leur a servi à rien. Sans compter que je ne les mettrai pas. Je pensais que M. de Horrberg avait plus de goût, et aurait remarqué que je n'ai pas tout à fait le même air que ce torchon d'Adrienne ; que je n'ai ni les mains aussi rouges, ni le nez aussi écrasé, ni la taille aussi épaisse, ni le pied aussi grand ; je pensais qu'il faisait quelque différence entre une
personne distinguée, à laquelle la fortune seule a eu le tort de ne pas donner sa place, et une mauvaise laveuse de vaisselle. Certes, que l'on me donne de belles boucles d'oreilles, je ne les dépare pas, du moins j'ose le croire. J'ai l'oreille petite et bien faite, et il faut n'avoir pas d'yeux pour accrocher de pareils joyaux aux deux côtelettes que la nature a collées aux tempes de cette pataude d'Adrienne. Non certes, je ne mettrai pas les mêmes boucles d'oreilles qu'elle ! La nature ne m'a pas faite assez semblable à cette fdle pour que je m'habille comme elle. Allons donc ! on nous prendrait pour les deux sœurs! Je veux bien qu'on soit amoureux, mais cela ne doit rendre ni aveugle ni imbécile.
Et mademoiselle Théodorine se retira dans sa chambre, en proie à un vif ressentiment.
Néanmoins, le lendemain, tout en se réservant de faire comprendre dans l'occasion à M. deHorrberglejuste sujet de plainte qu'elle avait contre lui, ce qui, sans doute, amènerait une réparation, elle continua à remplir le rôle qu'elle avait accepté, et qui, s'il lui coûtait un peu vis-à-vis d'Angélique qui était douce et généreuse, lui donnait des occasions fréquentes de se venger des caprices et des hauteurs de la tante Eudoxie. Les deux prisonnières attendaient avec impatience les instants où leur service appelait Théodorine dans leur appartement. (Tétait par elle seule qu'elles pouvaient avoir quelque connaissance de ce qui se passait dans la maison. Et d'ailleurs, depuis le temps qu'elles étaient renfermées ensemble, elles s'étaient dit tout ce qu'elles se pouvaient dire, sauf l'histoire de l'éventail de la tante Eudoxie,
que quelque circonstance venait toujours arrêter à son début ou faire oublier. Elles commençaient à passer une partie de leur journée dans le silence, Eudoxie lisant quelques romans qu'elles avaient trouvés dans leur appartement, et Angélique songeant à Henry et le mêlant aux regrets de son père et à ses désirs de liberté. Théodorine venait donc apporter quelque diversion à ce tête-à-tête trop prolongé, et on espérait toujours qu'elle aurait une nouvelle qui donnerait quelque espoir de liberté , ou que M. de Horrberg trouverait moyen de lui faire remettre une lettre. Cette fois encore il n'en était rien, et elle n'annonça qu'une visite que M. d'Hervilly demandait la permission de faire à ces dames. Elles répondirent avec hauteur qu'elles n'acceptaient pas ces semblants de politesse , qu'un geôlier pouvait entrer chez s \s
prisonnières sans demander de permission, et qu'il se trompait fort s'il espérait qu'on le regarderait jamais autrement que comme un perfide ravisseur et un brutal geôlier.
D'Hervilly néanmoins commença par remercier la tante Eudoxie et Angélique de la permission qu'elles avaient bien voulu lui accorder ; mais son ton était beaucoup plus Imisque qu'avant la malheureuse tentative d'évasion, et il y avait dans ses formules respectueuses quelque chose d'ironique qu'elles n'y avaient pas remarqué auparavant. Elles le prièrent de leur expliquer le but de sa visite, si toutefois elle en avait un autre que de lui faire contempler à loisir les ennuis et les larmes que cau- , sait l'injuste captivité qu'il faisait subir à ses malheureuses victimes.
— Écoutez-moi, belle Angélique, dit Oc-
tave, je vous aime, et j'ai décidé que vous m'appartiendriez. J'ai l'aveu de votre père, et si vous étiez une fille plus soumise, si vous n'aviez pas annoncé un refus que j'ai Famourpropre de croire sans cause raisonnable, si j'avais pensé votre père doué d'assez de fermeté pour#e faire obéir, je ne me serais pas décidé aux nwyens un peu violents que j'ai employés. Mais vous comprenez qu'après m être porté à de telles extrémités, je ne reculerai pas. Ce ne serait que faire ajouter le nom de niais aux charmantes dénominations que vous m'accordez déjà moins justement.
— Monsieur, dit la tante, vous vous trompez, il en est encore temps, rendez-nous à la tendresse inquiète de mon frère, et tout sera oublié. Jamais un reproche, jamais une malédiction ne s' {échapperont de notre bouche.
— Pardon, madame, reprit d'Hervilly, s'il ne s'agissait que de vous, plein de confiance dans votre promesse, je vous donnerais une nouvelle preuve de respect et d'obéissance ; mais je suis amoureux, madame, et il ne me suffirait pas du pardon de votre nièce, ce n'est pas à un amour qui inspire ce que j'ai fait, qu'il faut demander de pareils sacrifices. Mademoiselle de Riessain ne sortira d'ici qu'après avoir changé de nom ; je l'ai décidé, comme j'ai décidé que je l'amènerais ici, et le second projet s'accomplira comme le premier.
— Vous vous trompez, monsieur, repartit Angélique, le premier projet a réussi, parce qu'il ne fallait pour l'accomplir que de l'audace criminelle, de la méchanceté et de la brutalité, toutes choses que vous avez trouvées en vousmême; mais pour que vous deveniez mon
époux, il faut mon consentement ; et quelque hardi que je vous suppose, je ne pense pas que vous le soyez assez pour l'espérer.
— Le temps change bien des résolutions, mademoiselle, et l'ennui aussi. D'ailleurs même, en supposant la continuité de vos rigueurs, ce que je me surprends parfois à croire impossible, ma situation actuelle est préférable à celle que me ferait la générosité que madame votie tante réclamait de moi tout à l'heure. Ici je vous vois, je vous parle, je vous entends, quand je le veux. Ici surtout, si vous n'êtes pas à moi, vous ne serez pas à un autre. C'est déjà la moitié de la possession.
— Monsieur d'Hervilly, dit Angélique, je pense que votre intention de me voir devenir votre épouse ne subsistera pas après l'aveu que je vais vous faire : j'ai disposé de mon
cœur, j'aime M. Henry de Horrberg; il le sait; oseriez-vous donner votre nom à une femme qui ne peut vous donner, ni son estime, ni son amour?
— Je sais que mademoiselle deRiessain, une fois ma femme, ne trahirait pas ses devoirs.
— Vous vous trompez, monsieur, je n'accepterais pas des devoirs imposés par la violence.
— Peu importe, mademoiselle ; mais mon rival n'est plus à craindre ; sa folle entreprise l'a mis entre mes mains, et la meilleure chance qu'il puisse courir est de passer le reste de sa vie dans les souterrains de mon château.
— Ah ! monsieur, croyez-vous que Dieu se rende complice de vos crimes en n'y mettant pas un terme prochain?
— Mademoiselle, Dieu a à s'occuper de la
marche du ciel et des planètes, et je ne me fais pas l'honneur de croire qu'il daigne porter le moindre intérêt aux actions d'une pauvre créature comme moi. Renoncez donc à ce moyen médiocre de m'intimider. Parlons sérieusement : Si vous aimez M. de Horrberg, vous avez un moyen de le rendre à la liberté, c'est de me donner le titre de votre époux. Une fois sûr de mon bonheur, je lui ouvre les portes du château. Mon sabre a dû lui apprendre déjà à ne pas venir chasser sur mes terres.
— Votre sabre, monsieur, et celui de trois ou quatre de vos satellites.
— Je ne veux pas vous humilier, mademoiselle, dans la personne de celui que votre cœur a choisi. Croyez donc à ce sujet ce que vous voudrez. Mais je ne comprends pas que, sous prétexte que vous aimez M. de Horrberg,
vous le condamniez à passer sa vie dans un cachot, car c'est vous qui l'y condamnez, mademoiselle ; un mot de vous, et il est libre.
— Je comprends moins encore, monsieur, qu'un homme soit assez lâche pour vouloir obtenir de force la main d'une femme dont le cœur s'est donné à un autre.
— A moins, mademoiselle, que me décidant à mériter quelques-unes des invectives qu'il vous plaît d'attacher à mon nom, je ne cesse d'être niaisement le jouet des caprices d'une jeune fille, et je ne supprime l'obstacle qui s'oppose âmes vœux et à ceux de son père.
— Ah ! monsieur, si mon père vous connaissait, s'il savait de quels crimes vous vous êtes rendu coupable !
- — Je continue ma phrase, mademoiselle, à l'endroit où vous avez cru devoir l'interrompre
par une injure à laquelle je vous avais avertie que je n'étais nullement sensible. Je vous disais que si vous me forciez à perdre un reste de patience, la mort de M. Horrberg, qui a attenté à ma vie comme un assassin après s'être introduit chez moi comme un voleur, la mort de M. de Horrberg, mort que les lois excuseraient, me délivrera...
— Vous ne l'oseriez pas, monsieur ! Un tel forfait...
— Vous ne savez pas encore tout ce que je puis oser pour vous posséder, mademoiselle. Vous avez pâli, ce trouble où vous ont jetée mes paroles irrite ma soif de vengeance contre mon odieux rival, et me dit en même temps que vous céderez à ma menace quand vous la croirez réelle : ou vous ne l'aimez pas, et il ne sera pas longtemps un obstacle à mes désirs; ou
vous Yaj/kiez, et vous ne reculerez devant aucun sacrifice pour lui racheter la liberté , et peut-être la vie. Il faut cesser de feindre : c'est le seul choix qui vous reste.
— Monsieur le baron de Horrberg a reçu mes serments , lui seul peut m'en délier. Croyez- vous qu'il le fit, même au prix de sa vie?
— Si vous étiez bien convaincue, mademoiselle, du sort qui lui est réservé, si je pouvais vous persuader, pendant qu'il en est temps encore, qu'il mourra ou qu'il traînera dans les souterrains du château une existence qui lui fera chaque jour désirer la mort, si vous connaissiez ces souterrains... vous ne vous amuseriez pas à aller proposer à un homme un sacrifice qu'il ne peut accepter sans lâcheté, quelque envie qu'il puisse avoir de le faire ; vous le
sauveriez sans le consulter, pour l'obliger à accepter votre dévouement. Je vous donne jusqu'à après-demain pour prendre une résolution, mademoiselle, après quoi, si la chose n'est pas faite, c'est moi qui en prendrai une. Vous verrez M. de Horrberg, j'espère que sa vue excitera chez vous quelque pitié, et que je n'aurai pas besoin de jouer plus longtemps le rôle singulier de vous implorer pour mon rival.
A ces mots, il salua et se retira.
— Je le verrai, je vais le voir, disait sans cesse Angélique.
— Prenez garde, ma nièce, que ceci ne soit un piège de notre geôlier et un moyen de vous enfermer vous-même dans les cachots où vous voulez descendre.
— Ah ! ma tante, je ne demande pas mieux que de partager un cachot avec Henry; il y a
des moments où je voudrais être réunie avec lui dans une tombe.
— C'est fort bien, ma nièce, mais comme je vous accompagnerai sans doute dans cette visite, à moins que vous n'en jugiez autrement, je n'ai pas les mêmes moyens que vous d'embellir un cachot. Croyez-moi, le bienfait d'un ennemi cache une perfidie.
—Ah! matante, mabonne tante, s'écria Angélique en embrassant la tante Eudoxie, vous ne refuserez pas de m'accompagner, n'est-ce pas? Vous savez bien que je ne laisserai pas mourir par le fer ou le désespoir l'homme qui ne s'est jeté dans le danger que pour me sauver. Je tâcherai de gagner du temps. Chaque jour peut amener ou mon père, ou quelque hasard heureux qui nous délivre.
— Il en est temps , ma nièce , car je vous
déclare que j'ai maintenant plus qu'assez des enlèvements ; on met ici de la chicorée dans le café, et mon café au lait du matin est détestable ; il faut que cela finisse.
— Hélas, ma tante, cela finira bientôt, car lorsque je serai au bout des délais que je vais tâcher d'obtenir, s'il n'arrive rien de nouveau, je me sacrifierai pour sauver Henry.
Théodorine entra alors et vint annoncer à Angélique qu'on allait la conduire auprès d'Henry. Les visites au cachot ne sont pas prévues dans le code de la toilette, néanmoins Angélique crut devoir réparer quelques négli genres que le chagrin lui avait fait commettre, et elle suivit, avec la tante Eudoxie, un homme vêtu comme les geôliers de mélodrames, avec une casquette de renard sur la tète , et un énorme et retentissant trousseau de clefs à la
ceinture. On traversa plusieurs caves à la lueur d'une torche, puis on s'arrêta devant une porte fermée avec deux formidables verrous et un cadenas monstrueux. Le geôlier les ouvrit lentement, et Angélique aperçut Henry de Horrberg étendu sur quelques brins de paille , le coude appuyé sur une pierre à laquelle était scellée une chaîne attachée par l'autre extrémité à l'une de ses jambes. La cruche, le pain noir, tout avait été exécuté à la lettre. C'était un magnifique décor de troisième acte. A cet aspect, Angélique ne put retenir ses larmes, et Henry faillit lui dire la vérité, mais un ermite, debout dans un coin de la prison, lui fit un signe impérieux de se taire ; il saisit les mains d'Angélique et les couvrit de baisers.
— Lâche d'Hervilly ! s'écria-t-il, je brave tes cachots et tes fers ! Je suis prêt à payer de
ma vie ce seul instant de félicité, et je mourrai heureux et fier, et persuadé que tu porteras envie à mon sort.
— Henry, dit Angélique , quel horrible séjour ! et c'est moi qui vous y ai plongé en acceptant imprudemment votre dévouement généreux. Comment ne me maudissez-vous pas, ainsi que le jour funeste où vous m'avez vue pour la première fois ?
— Chère Angélique, s'écria de Horrberg, après le bonheur d'être heureux avec vous , il n'est qu'un sort à désirer, c'est de souffrir et de mourir pour vous. Je sais quel sort m'est réservé ; je sais que chaque instant peut amener le bourreau. Le ciel m'est témoin que je ne regrettais que de vous donner ma vie inutilement et de n'avoir pu avant de mourir vous arracher à la captivité. Je mourrai résigné,
je mourrai heureux, puisque je vous revois, puisque vous m'aimez!
— Oui , Henry , je vous aime , dit à voix basse mademoiselle de Riessain ; je vous aime , et. quoi qu'il arrive, quoi que m'impose plus tard mon devoir, quoi qu'il me faille sacrifier, mon cœur sera toujours à vous. Si nous devons être séparés sur la terre... nous nous retrouverons au ciel.
— Angélique, dit de Horrberg , je ne comprends que trop le sens de vos paroles ; on a mis à ma vie un prix infâme ! Angélique , si vous accomplissez ce funeste sacrifice, vous serez mille fois plus barbare que mes persécuteurs. Ils ne peuvent que me tuer, et vous feriez de ma vie un éternel supplice ! Angélique, ne vous laissez pas aveugler par une fausse pitié. Aimez-moi, soyez à moi jusqu'au mo-
198 — ment où l'on tranchera le fil de mes jours. Je mourrai content. Ensuitepleurez-moi et restezmoi fidèle jusqu'au jour où je vous retrouverai là-haut. Voilà ce que l'amour , voilà ce que la pitié exigent de vous. Donnez-moi votre main, Angélique, chère Angélique; et vous, mon père , dit-il en s'adressant à l'ermite \ qui restait debout et silencieux dans son coin , et que les arrivantes n'avaient pas aperçu, vous, mon père , qui êtes venu m'apporter des consolations, bénissez notre union bien courte sans doute , sur cette terre , mais éternelle dans les cieux.
— Ah! ma tante, dit Angélique, vous entendez ce qu'il me demande.
— C'est le vœu d'un mourant , sans doute , reprit Henry.
— Oui... je le sais , vous mourrez si je cède
à vos vœux et lorsque je puis vous sauver!
— Ne le croyez pas , Angélique , je vous jure sur ce que j'ai de plus sacré, sur mon âme et sur mon amour, que le moment qui suivra votre union détestable avec M. d'Hervilly sera celui de ma mort.
— Que faire, ma tante, mon Dieu?
Henry s'était jeté aux genoux d'Angélique et
les tenait embrassés. Elle céda et dit :
— Eb bien, Henry, je consens à recevoir avec vous la bénédiction de ce saint ermite. C'est vous condamner à mourir , mais je ne vous survivrai pas; je serai votre femme!... C'est notre bonheur dans le ciel que nous allons consacrer.
Tous deux alors s'agenouillèrent en se tenant par la main. L'ermite alors :
— Eh quoi! dit-il, pensez-vous que je con-
sacrerai ainsi ce suicide et ce meurtre?... Croyez-vous...
— Grand Dieu ! s'écria Théodorine 9 on vient. Fuyons avant qu'on nous y invite ; peut-être obtiendrons-nous la permission de revenir , surtout si mademoiselle se montre un peu ébranlée et si on peut supposer qu'une seconde visite achèvera de la décider au sacrifice qu'on exige d'elle.
On entendait les pas du geôlier. Henry baisa avec ardeur la main d'Angélique , et les trois femmes, se retirant, rencontrèrent, en effet,
dans le souterrain le geôlier, qui venait les avertir qu'il était temps de laisser le prisonnier à ses réflexions. Une fois hors du souterrain , Théodorine resta quelque temps en arrière et rejoignit ensuite ses maîtresses en disant à voix basse à Angélique :
— Mademoiselle , il faut absolument que je vous parle. Faites semblant de vous coucher, je laisserai ouverte la petite porte qui est dans la ruelle de votre lit , et quand votre tante dormira , tous viendrez me trouver dans la première pièce de l'appartement.
— Mais , Théodorine , si ma tante se réveille ?
— Elle vous adressera quelques mots } puis, voyant que vous ne répondez pas , elle supposera que vous dormez, et elle tâchera d'en faire autant. Ne manquez pas de venir, c'est tout à fait nécessaire.