HUITIÈME FEUILLETON
— Ma foi, monsieur de Riessain, dit Henry,
resté seul dans la cave avec l'ermite, si vous
n'aviez pas été là, je me jetais aux genoux
d'Angélique, je lui avouais tout, et je tâchais d'obtenir mon pardon.
— C'est alors le mien que vous n'auriez pas
obtenu, mon cher de Horrberg, et quelque amitié que j'aie pour vous, je vous aurais tenu la parole que j'ai donnée à vous et à moimême, de ne vous accorder la main d'Angélique ( comme nous disons depuis que nous sommes entrés en plein roman) qu'après que nous aurons conduit l'épreuve jusqu'à la fin. Mais nous continuerons aussi bien ce dialogue en dînant. En jouant le rôle d'ermite, il me semble que j'ai fait un long jeûne, et je me sens un terrible appétit.
— Aidez-moi alors, pieux ermite, à me débarrasser de mes chaînes. Eh! Antonio va voir si ces dames sont rentrées dans leur appartement et si nous ne courons aucun danger d'être aperçus en traversant la cour.
Antonio futquelque temps sans revenir, pendant lequel M. de Riessain détacha la chaîne
qui retenait Henry par un pied ; puis ils essayèrent de sortir de la cave, mais on avait éteint la torche destinée à la visite d'Angélique, et Antonio avait emporté la lanterne ; l'ermite et le prisonnier, en tâtonnant les murs, cherchaient une issue, lorsque Antonio revint, sa lanterne à la main. Il ne savait pas comment la chose s'était faite, mais la porte de la première cave, celle qui donnait sur la cour, s'était refermée ; il avait cherché à l'ouvrir en dedans, mais tous ses efforts avaient été inutiles. A cette nouvelle, M. deRiessain et Henry l'appelèrent, l'un maladroit, l'autre imbécile, et se dirigèrent vers cette porte, persuadés qu'elle céderait aux premiers efforts. Les premiers efforts et les suivants ne réussirent pas mieux que les jurons et les malédictions. Aux jurons et aux malédictions, on fit succéder des coups
de poing et des coups de pied dans la porte, et des cris pour se faire entendre du dehors ; mais on n'entendit pas et personne ne vint. Tous trois appuyèrent leur dos sur la porte et s'efforcèrent de l'enfoncer. La porte ne se montra nullement disposée à céder. Quand on eut recommencé trois ou quatre fois les mêmes tentatives avec le même insuccès, on pensa à tenir conseil.
— Nous voilà prisonniers pour tout de bon, dit Henry.
— Mais c'est que je meurs de faim, dit M. de Riessain.
— Nous avons mon pain noir et ma cruche
d'eau...
— Joli dîner !...
— C'est un triste dîner si vous le comparez à celui qui nous attendait sur terre, je ne le
conteste pas , mais c'est un festin , comparé à rien.
— Allons donc, mon cher, je ne veux pas déshonorer et perdre le magnifique appétit que je possède à manger de pareilles choses ; il est impossible qu'on ne nous entende pas ou que nous ne finissions pas par enfoncer la porte. — On recommença les cris, les coups, puis les efforts, et il fallut enfin reconnaître que tout cela était et serait parfaitement inutile.
Henry se résigna le premier et rompit un morceau de son pain , qu'il grignota d'abord du bout des dents, puis qu'il finit par manger avec avidité. — M. de Riessain, après une résistance plus honorable, c'est-à-dire plus longue, imita son exemple. — Antonio eut la desserte de la table, puis on but l'eau à même la cruche.
— Ce serait là, pieux ermite, dit Henry de Horrberg, la véritable occasion de renouveler le miracle des noces de Cana, et j'oserai dire que le changement de l'eau de notre cruche en vin serait un peu mieux placé à l'égard de pauvres diables qui ont dîné avec du pain noir, que pareille métamorphose ne l'a été dans les temps pour des gens déjà gorgés de vin.
— Pour moi, dit M. de Riessain, ce qui me fâche, ce n'est pas précisément d'avoir mangé du pain noir, cela n'a que peu ou point de goût, cela n'est ni bon ni mauvais, mais ce qui me cause un chagrin réel, c'est que nous avons là-haut un faisan, et que je n'aurai plus faim quand arrivera pour nous l'heure de la liberté.
— Mais comment se fait-il que nous soyons ainsi enfermés? Il y a des moments où je me
demande s'il n'a pas pris par hasard fantaisie à Octave de continuer notre comédie au sérieux, de nous retenir pour de bons prisonniers, et de faire payer à mademoiselle de Riessain notre délivrance.
Ce n'est que deux heures après que l'on commença à s'inquiéter dans la maison de l'absence prolongée de M. de Riessain et de M. de Horrberg. Octave avait dîné avec les dames, et conséquemment n'avait pas remarqué leur absence ; ce fut lui-même cependant qui vint délivrer les prisonniers. Lorsque après avoir quitté ses convives il retourna dans l'autre partie du château où il croyait trouver ses deux complices, alors seulement il apprit qu'on ne les avait pas vus reparaître depuis le milieu de la journée. Octave attendit quelque temps, puis
se décida enfin à aller aux souterrains ; mais il m. 14
vit la clef de la première cave à la porte et tournée de manière à la fermer ; cette porte ne pouvait s'être fermée elle-même ; donc ils étaient sortis. Octave retourna les attendre dans la maison et prit un livre. Heureusement que ce livre se trouva par hasard être un ouvrage d'un des plus illustres philosophes de ce temps-ci. Ce qui fit que M. d'Hervilly ne tarda pas à s'ennuyer et à penser derechef à ses amis. Il retourna aux souterrains , entr' ouvrit la porte et appela, pour l'acquit de sa conscience. Il fut fort étonné lorsqu'on lui répondit.
Déjà Henry avait dit à M. de Riessain : — Si vous avez trop faim . vous me mangerez pour me conserver mon futur beau-père, mais nous commencerons par manger Antonio , qui ne manque pas d'embonpoint.
Henry avoua à d'Hervilly les soupçons qu'il commençait à concevoir.
*» J'y ai pensé plusieurs fois , répondit Octave, mais j'ai résisté à la tentation. Je ne suis pas coupable de votre incarcération. Vous devez avoir faim?
— Hélas! non> dit M. de Riessain en traversant la cour, nous avons mangé le pain noir du prisonnier.
— Et , ajouta de Horrberg , nous avons été jusqu'à regretter ta fatale idée de l'entamer ; le morceau coupé nous a vraiment fait faute.
Néanmoins,' en présence de la table bien servie, les captifs retrouvèrent à leur appétit un peu de complaisance ; mais si le pain noir fit du tort au faisan, l'eau de la cruche n'en fit aucun à quelques bouteilles qui furent vidées tandis qu'on s'entretenait de ce qu'on ferait le lende-
main et qu'on préparait le chapitre suivant, en entremêlant ce sujet de diverses questions et exclamations : mais comment diable étiez-vous enfermés là dedans? Cela rappelle ce que disait un journal d'un soldat dont on avait trouvé le corps noyé, coupé en morceaux et cousu dans un sac. Le journal, en racontant cet horrible événement, faisait remarquer avec naïveté que ces diverses circonstances faisaient présumer que ce n'était pas le résultat d'un suicide.
Pendant ce temps les prisonnières se couchaient. Angélique , préoccupée de la confidence que lui avait annoncée Théodorine , feignit de dormir pour engager sa tante à l'imiter. Quand elle la crut bien endormie , elle se glissa sans bruit en bas de son lit , s'échappa par la porte de la ruelle , et alla rejoindre Théodorine, qui l'attendait clans la première pièce. Quelque
légère que fût Angélique ? le frôlement de son vêtement réveilla à moitié la tante Eudoxie, qui cependant ne s'aperçut pas du départ de sa nièce , et commença en ces termes l'histoire de son éventail , déjà plusieurs fois interrompue :
« M. de Briquesolles était alors un des hommes les mieux faits et les plus spirituels ; j'étais , de mon côté^ du moins on me le disait, jolie , gracieuse, enjouée ; je jouais agréablement du clavecin , en un mot j'étais fort remarquée dans le monde et passablement entourée. »
Et la tante Eudoxie continua son histoire. Il vint un moment où, après avoir raconté comme quoi sa mère surprit M. de Briquesolles à ses genoux , elle demanda au lit de sa nièce : « Qu'eusses-tu fait à ma place? » Le lit ne ré-
pondit pas. La tante attendit quelques secondes et continua : « Tu aurais comme moi été fort embarrassée , etc. »
Un peu après , arrivée au moment où M. de Briquesolles , ayant absolument besoin de lui écrire , feint de ramasser dans sa loge , à ses pieds, un éventail qu'il venait d'acheter, et le lui présente comme si elle venait de le laisser tomber ; « Et , dit la tante Jîudoxie , que croistu que je trouvai dans les plis de l'éventail? »
Eudoxie attendit encore une réponse , et n'en recevant pas, prit le parti de se répondre ellemême : « Une lettre , vas-tu me dire? Eh bien ! non ; mais quelques mots au crayon sur les baguettes d'ivoire de l'éventail. » Et la tante continua le récit de son histoire avec M. de Briquesolles. L'histoire était longue. Je suis du très-petit nombre des écrivains contemporains
qui seraient capables d'en faire le sacrifice... c'est un hommage que je dois me rendre et que j'étendrais un peu plus sans deux raisons qui m'en empêchent. La première est que je semhlerais à quelques esprits mal faits m 'indemniser par un nombre de lignes égal du sacrifice de l'histoire de la tante Eudoxie ; la seconde raison est que je n' ai pas encore irrévocablement décidé que je ne vous la raconterais pas quelque jour.
La tante était à la fin lorsque Angélique, tout émue des choses extraordinaires qu'elle venait d'apprendre, rentrait dans la cjiambre sur la pointe des pieds et se dirigeait b plus silencieusement possible vers son lit , lorsque Eudoxie lui dit : « Et voilà, ma nièce, d7où me vient cet éventail ; vous ne serez pas étonnée
maintenant de me voir ne pas me décider facilement à m'en séparer. »
C'est tout ce qu'Angélique sut jamais de l'histoire de l'éventail de la tante Eudoxie. Mais pendant tout le reste de sa vie elle fut forcée de faire semblant de comprendre toutes les allusions qu'il plut à sa tante de faire à cette histoire, telles que : Angélique, cela doit te rappeler M. de*** ; Angélique, c'est absolument comme l'histoire de l'éventail ; Angélique, c'est aussi embarrassant que le jour où ma mère surprit M. de***, tu sais, etc., etc., etc.
Pour ce qui est des confidences que fit Théodorine pendant que la tante Eudoxie racontait à sa nièce absente l'histoire de son éventail, nous ne pensons devoir vous les communiquer qu'un peu plus tard.
Dès le matin, Angélique fit savoir à M. d'fler-
villy qu'elle désirait lui parler ; il ne tarda pas à se rendre à ses ordres.
— Monsieur, dit-elle, je me suis décidée ; je ne vous aime pas, vous le savez; j'en aime un autre , vous ne l'ignorez pas. Vous voulez m'épouser; c'est à vous à savoir si c'est prudent. Vous mettez cette union pour prix de la liberté et de la vie de l'homme que j'aime; ce qui me décide à lui sacrifier mon bonheur, c'est que j'espère bien lui sacrifier aussi le vôtre. Je ne vous cacherai pas que vous ne me paraissez pas avoir le sens commun ; si je ne vous épouse pas , que vous fait que M. de Horrberg soit vivant et libre? Si je vous épouse, ne craignez-vous pas que sa vie et sa liberté ne soient pour vous une cause sans cesse renaissante d'anxiétés et de soupçons? Mais c'est vous qui l'avez décidé ainsi ; c'est
bien, je ne ferai pas la moindre objection. Je serai votre femme ; mais pour. que je sois votre femme, il faut que vous soyez mon mari. Si je suis à vous, vous serez à moi ; nous réglerons tous nos comptes quand il en sera temps.
— Mademoiselle, dit Octave un peu embarrassé , daignez excuser ma surprise ; je ne m'attendais pas h un pareil bonheur, car le bonheur que m'annonce votre décision est tout ce que j'en veux croire ; j'ai confiance en vous, mademoiselle ; l'homme que vous aurez accepté pour votre époux peut confier sans crainte son honneur au vôtre.
— Gardez cette confiance, monsieur, et efforcez-vous d'arranger la difficulté que voici : Que je vous promette de vous épouser lorsque M. de Horrberg sera libre, ou que vous me
promettiez de lui rendre la liberté aussitôt que je serai votre femme, c'estabsolument la même situation, c'est-à-dire qu'il faut que l'un de nous deux se confie aveuglément à la bonne foi de l'autre. Je vous déclare, sans hésiter, que je n'ai aucune confiance en vous, et que, à votre place, je n'en aurais aucune en moi. La violence que vous avez employée contre moi justifie d'avance toutes les ruses que je pourrais employer pour la déjouer. Cette même violence doit vous montrer à mes yeux capable de toutes les trahisons. Que ferons-nous? — Mademoiselle, je me fierai à vous , et l'instant que vous fixerez pour notre union sera celui où le souterrain et le château seront ouverts à M. de Horrberg. Vous ne prononcerez le serment qui doit assurer mon bonheur qu'après que je vous aurai donné la preuve que
M. Henry de Horrberg est libre et hors du château. Charmante Angélique, ne mettez pas un terme trop éloigné aux tortures que vos hésitations me font souffrir.
— Oh ! mon Dieu ! monsieur, ce sera pour quand vous voudrez. Autant je considère comme un acte sérieux et solennel un mariage avec l'homme que Ton a librement choisi, autant je traite légèrement une union comme la nôtre. Mais qu'avez-vous, monsieur d'Hervilly ? vous paraissez interdit et embarrassé !
— Moi, mademoiselle? Au contraire... c'est la joie... c'est la surprise... c'est le ravissement... Je m'attendais si peu... j'étais si loin d'espérer...
— Si vous le voulez, monsieur, nous nous marierons après-demain.
— Ah ! mademoiselle, j'étais loin d'espérer
une si grande, et surtout une si prompte félicité. Permettez-moi d'aHer tout préparer pour la cérémonie.
— Encore un instant, monsieur, j'ai une demande à vous faire : il faut que je revoie encore une fois M. de Horrberg.
— Mademoiselle...
— Que je le voie aujourd'hui même dans son cachot. J'y ai rencontré un ermite. Vous ne m'aviez pas dit qu'il y avait des ermites dans ce pays-ci. Je désire que ce soit cet ermite qui nous marie.
— Vos désirs sont des lois pour moi, mademoiselle.
Octave se retire et va rejoindre Henry, qui déjeune avec M. de Riessain.
— Allons, allons, Henry, au cachot, mon brave homme. — Et vous, bon ermite, prépa-
rez Vos airs les plus vénérables. En voici bien d'Une ailtfe ! mademoiselle Angélique veut m' épouser absolument, et tout de suite. J'ai eu beaucoup de peine à la faire attendre jusqu'à demain.
— Comment ! Que veux-tu dire ?
— Rien autre que ce que je dis. Elle exige de plus que ce soit le respectable ermite ici présent, qu? nous donne la bénédiction nuptiale. Elle va aller faire ses adieux à de Horrberg dans son cachot. Elle m'a, du reste, tenu des discours étranges, auxquels j'étais si peu préparé que je ne savais quoi répondre.
Henry et M. de Riessain font mille questions à d'Hervilly pour comprendre ce qui a pu amener ce brusque revirement dans les idées de mademoiselle Angélique. — D'Hervilly n'en sait pas davantage. — De Horrberg se brûle
en buvant son café trop chaud pour aller reprendre ses fers.
Pendant ce temps-là, la tante Eudoxie^ non moins étonnée, veut savoir de sa nièce où elle a pris toutes les choses qu'elle a débitées à Octave.
— Ce pauvre M. d'Hervilly, malgré ses torts à notre égard, me faisait vraiment peine, tant il était confus et embarrassé. C'était comme ce jour que je disais à M. de ***, tu sais... ces choses que je t'ai racontées. Mais je dois te dire que je n'approuve nullement tes principes à l'égard du mariage.
— Ni moi non plus, ma tante.
— Mais alors...
— Je sais ce que vous allez me dire, ma tante, mais, de grâce, épargnez-moi, épargnez-
vous des questions auxquelles je ne pourrais répondre, du moins quant à présent.
Théodorine vient annoncer qu'Angélique peut faire à M. de Horrberg la dernière visite qu'elle a demandée. Toutes trois descendent au souterrain, où elles retrouvent Henri de Horrberg dans la même situation que lors de leur première visite.
— Eh quoi ! charmante Angélique, s'écriet-il, à quoi dois-je ce bonheur inespéré de vous revoir dans mon cachot?
— Monsieur, dit Angélique, j'ai fait des réflexions : la raison est venue faire évanouir l'ivresse que vos paroles avaient causée à mon cerveau ; j'ai changé d'idée, je ne veux pas vous consulter davantage sur un sujet où T orgueil fixe d'avance votre réponse ; vous vivrez , Henry; j'ai voulu vous dire adieu parce que, à
compter de ce jour, nous serons complètement étrangers l'un à l'autre. De nouveaux et d'impérieux devoirs vont nous séparer pour tout le temps que nous ayons à passer sur cette terre.
— Eh quoi, mademoiselle...
— Ne m'interrompez pas, ma résolution est immuable; demain, à minuit, j'épouse M. Octave d'Hervilly. Une heure auparavant, je vous aurai vu sortir libre du château.
— Angélique! Angélique! s'écria de Horrberg, pensez- vous que... Eh bien oui!... mais ce fatal sacrifice ne s'accomplira pas ! Je me laisserai mettre dehors du château, mais on m'y reverra quand il en sera temps !
— Adieu , Henry, dit Angélique.
— Je ne vous dis pas adieu, chère Angélique, parce que ma mort seule nous séparera.
Angélique lui tendit sa main, qu'il couvrit de ni. 15
baisers. Puis elle quitta le souterrain avec Théodorine et la tante Eudoxie.
Octave et Henry couchaient dans deux chambres voisines ; les deux jeunes gens reconduisirent le père d'Angélique après avoir prolongé la soirée dans la salle à manger, où on avait arrangé tous les événements du lendemain, et gagnèrent le corridor où étaient leurs chambres. Ils échangèrent encore quelques paroles et se couchèrent. Au bout de quelques instants, Octave frappa à la cloison et dit ; Henry, dors-tu?
— Certes non, je ne dors pas, et je défierais bien n'importe qui de dormir à ma place !
— Comment? est-ce qu'il t'arrive quelque chose aussi, à toi?
— Je ne sais ce qu il y a dans ce maudit lit,
mais depuis que je m'y suis couché, je suis en proie à d'horribles démangeaisons.
— Et moi, répondit Henry, toujours à travers la cloison, j'ai trouvé dans le mien deux lapins.
— Comment! deux lapins?...
— Oui, et je t'avoue que jai eu une terrible peur quand je les ai sentis !
,-— Pour moi, je vais me lever; il n'y a pas moyen d'y tenir.
— Tu penses bien que je ne suis pas resté dans mon lit avec de pareils compagnons. Qui diable a pu faire cette médiocre plaisanterie ?
— Mets-toi à ta fenêtre, Octave , je vais en faire autant, et nous parlerons sans avoir besoin do crier ainsi.
Henry se dirigea vers sa fenêtre, couvert d'une robe de chambre , mais chacun de ses pas produisait une explosion. — Sa chambre
était toute parsemée de boulettes fulminantes. Arrivé à la fenêtre , il fît part à Octave de; ce qui lui arrivait encore. Octave en fut d'autant moins étonné qu'il avait traversé un pareil feu d'artifice pour arriver également à sa fenêtre.
— Qu'allons-nous faire ? Si le domestique n'avait pas emporté mes habits, j'irais faire un tour de jardin.
— Moi de même , mais je suis condamné à la même nudité jusqu'à demain matin.
— Mais n'as - tu de soupçon sur personne?...
— Il faut sonner, on viendra refaire nos lits.
Les deux amis essayent de sonner, mais les cordons de sonnettes sont coupés.
— Je vais m'envelopper dans ma robe de chambre et me coucher sur mon lit.
Je vais également essayer de m'cndormir,
Qu'as-tu fait des lapins?
Je les ai lâchés dans le corridor.
Bonsoir.
Bonsoir.