UÎVE PARTIE DE CAMPAGNE
La seconde \isile au Château^ ëxig^ëe par les convenances et la politesse^, fut faite lorsque M. Dufougerai jugea qu'il était à propos de la faire. Ce jour-là on ne trouva personne que Ml^e Wilson j ce
qui sonlao^ea Eugénie d'utie {];rande (^êne. La {j;o;ivernante se montra ce qu'elle était loujouis qjiand il lui élait permis d'êtie iiUe y c'est-à-dire, causante^ aimable et pres([ue alïéctueuse.
« Mademoiselle, dit-elle à Eugénie avec beaucoup de franchise, je sais tout. Vous avez commis une grande faute; mais vous avez tâché de la réparer autant qu'il dépendait de vous, et cette conduite vous a rendu mon estime. Je suis bien certaine qu'on n'aura plus à vous accuser des mêmes torts envers qui que ce soit au nionde !
— Oh ! jamais ! répondit Eugénie^ les joues coMverles de rou;;eur.
— Ces demoiselles vous en veulent encore, reprit IViUc Wilson, et elles ont le droit de vous en vouloir. Si elles ont des défauts, l'amitié sincèie qu'elles vous témoignaient^ ou tout au moins la charité^,
LNE HISTOIRE. 255
VOUS faisait un devoir de ne les point dire à des personnes dont vous connaissez les mauvaises d sposilions pour elles. Par indiscrétion et par léo^ëreté, car je suis certaine de ia bonté de votre cœur, vous avez augmenté i'inimilié qui refluait déjà entre deux familles, li est résulté une Ibule de choses désag;i éabies de tous les propos qui ont été tenus, et si Mme de Limeuil ne vend pas sa campagne, comme il en est q«.eslion depuis lonp*-temps, la famille du Moutiers cessera de venir passer la belle saison dans ce payS; ce qui sera une grande perte pour toute la contrée. Vous ne pouvez ignorer le bien que ces dames fout ici, et les encouragemens que donne leur seide présence à ceux qui vivent du travail de chaque jour... »
M^Ie Wilson se tut, elle avait profité d'un moment où M^ne Dufougerai eau-
n5Cy UNE HISTOIRE.
sait avec le jardinier, pendant qu'on se promenait dans le parc, pour dire en peu de mots à Eugénie, combien des paroles étourdies, répandues et envenimées par l'orgueil blessé, avaient fait et pouvaient encore faire de mal ; mais elle ne voulait pas l'exposer à de nouveaux reproches de la part de sa mëre.
Ce fut Eugénie qui, au retour, répéta, le cœur bien gros, ce que lui avait dit Mile Wilson; elle termina en se récriant sur la méchanceté des demoiselles de Limeuil, et en disant : « Maman, estce qu'il faudra les aller voir encore?
— Nous les verrons le moins possible, répondit M»ie Dufougerai j mais remarque une chose, c'est que c'est toi qui leur as fourni l'occasion d'exercer cette méchanceté dont tu les accuses, et qui n'a mérité peut-être, à son début, que le nom d'étourderie. N'oublie jamais,
UNE HISTOIRE. ^^r^j
ma fille, qu'nn mot, un seul mot irré- || fléchi et accusateur peut semer la discorde , lorsque surtout il est recueilli par la malveillance^ et la malveillance est plus commineque la bienveillance; tant ; de misérables motifs d'envie ou de rivalité contribuent à l'entretenir! »
Eugénie ne répondit rien , elle sentait trop vivement quelles pouvaient être les conséquences fâcheuses d. une faute que d'abord eile avait cru fort légère, pour qu'il lui fut possible d'exprimer les pensées tristes et les craintes vagues qui se pressaient à-la-fois dans son esprit.
Vers la fin de la semaine, Juliette vint avec son père s'informer si la famille Dufongerai n'irait pas à la fête .du village de Yerdière , qui était l'une des plus brillantes de la contrée. On arrangea la partie de s'y rendre ensemble; M. Dufongerai , sa belle-fille, Mme Montbrun ,
2r.8 UNE HISTOIRE.
Alfred et Léon, devaient se servir de la carriole, Juliette, Eugénie et Agathe auraient pour écjulpage , sous la conduite de M. IVJ ont brun , le plus grand des chariots de la Ferme, gaini de hancs suspendus par des cordes, et dans lequel prendraient place ceux des villageois que leur âge ou le manque de moyens de transport aurait assurément privés du plaisir d'aller à Verdière.
Eugénie et son frère, enchantés, virent, à leur grande joie, accueillir celte pro|)Osition , et ils attendirent impatiemment le beau jour !
Il parut enfin : on se mit gaîment en route, après avoir réuni ses provisions pour la journée; tout le monde était disposé à se bien amuser, et à s'amuser de tout.
De joyeux éclats de rire partaient presque sans relâche de l'énorme char-
à-banc rempli de monde; et traîné par deux chevaux vigoureux ^ dont le trot communiquait à tout Féquipag^e des secousses assez violentes. Eu^orén;e en avait été étourdie d'abord ; elle n'était jamais allée en charretle de sa \ie ; mais bientôt elle s'y était accoutumée , et de lemps en temps elle jetait un regard de compassion sur la carriole qui marchait derrière, et dans laquelle Alfred et Léon ne riaient assurément pas d'aussi bon cœur qu'on riait dans le char-à-banc.
C'étaient des cris de joie, des chansons, des plaisanteries bonnes ou mauvaises^ que les heureuses dispositions de chacun faisaient trouver excellentes. Peu importait à tout ce monde que les rayons du soleil d'août, dardant à pic sur la route, pénétrassent à travers la toile blariciie étendue sur le char et soutenue par des cerceaux depuis un bout jusqu'à l'autre j
2^0 UNE niSTOiriE.
on ne s'inqniélait pas davantage de la poussière que le vent faisail tourbillonner, et des soubresauts qui réiultaient des ornières profondes dont la route était sillonnée; pour ceux qui vivent dans les champs sans redouter le haie, ce sont là de très petits inconvéniens , et ils s'y montrent tout-à-fait indifférens.
Près de trois lieues furent ainsi parcourues^ et l'on arriva sain et sauf à une belle ferme dont le propriétaire était l'ami de M. Monlbrun ; les voyageurs du char-à-banc se disper èrent alors. La famille Montbrun et la famille Dufougerai restèrent seules à la ferme , et entrèrent dans la salle basse où se trouvaient déjà rassemblés de nombreux convives. Chacun ayant eu soin d'apporter des provisions^ un ambigu très abondant et très varié, tarda peu à couvrir la longue table en bois de chêne et une
UISE HISTOIRE. 26 ï
foule de tables plus petites^ desliiiées à la bande non moins nombieuse des enfans.
On n'entendit d'abord que le bruit des couteaux et des fourchettes , ou celui des bouclions qu'on faisait sauter d'un bout de la salie à l'autre. Mais quand le premier appétit fat apaisé, Jes conversations commencèrent 5 ici on parlait récolte, semailles, bestiaux, charrue nouvelle; ailleurs on parlait politique; plus loin, \endan[];e et commerce. Insensiblement quelques voix sélevërent, puis d'autres encore : les uns commençaient à se quereller, d'autres à chanter à tue-tête, et le tapage fait par les enfans allait aussi en au^^mentant.
Ce; x-ci quittèrent la salle les premier,^; iJs coururent dan er sur l'herbe, jusqu'au moment où l'on devait partir pour le champ de foire , dont les mille bruits cojjfus arrivaient à leurs oreilles
et leur annonçaient tant de plaisirs divers.
Peu à peu on se sépara pour se réunir par familles, par compagnies de connaissances et d'amis, et Ton se répandit en groupes multipliés dans les champs.
M. Dufougerai n'était pas en étal de faire une longue traite,* on alla chercher pour lui un joli endroit bien couvert^ bien garni de gazon épais; son pliant y fut établi, et M^ie Moiitbrim, qui ne supportait pas non plus aisément la fatigue^ s'installa sur l'herbe à côté de lui ; son mari et Mme Dufongerai se chargèrent de conduire les enfans au champ de foire qui n'élait pas très éloigné; on pouvait même apercevoir^ à travers les arbres et entre les tentes , circuler la foule.
Les enfans sont infatigables et insatiables d'amusemens. Tout occupés d'euxmêmes et dévorés de la soif du plaisir^
ils ne s'inqulèlent guère si leurs parens s'amusent de ce qui lesamuse^ et se fatiguent de ce dont ils ne peuveilt se lasser. Encore , encore! est leur mot favori.
On avait fait deux fois le tour du champ de foire, on était entré chez Polichinelle Vampire et dans la ménagerie magnifique de M. le Funambule, laquelle consistait en deux coqs qui ne voulurent jamais se battre, en une couleuvre à moitié morte, et en un singe savant qui mangeait des croquigrioles sur le dos d'un chien basset 3 on avait fait emplette de tambours et de trompettes pour Alfred et Léon^ et de mirlitons pour les jeunes filles; on avait examiné les préparatifs pour la salle de bal, qu. devait être illuminée en verres de couleur; on était enfin bien au fait de tout ce q'ie le champ de foire pouvait offrir d'attraits et de merveilles, et cependant ce fut
264 tfNE HISTOIRE.
avec un très (^^rand re^o^ret qu'on Tabaudonna pour revenir auprès du bon papa et de Madame Montbrun. C'est qu'on n'était pas fatl^o^ué du tout, et si peu, qu'on se mita jouer aux quatre co'ns, au colin-maillard, et enfin à danser des rondes ; puis vinrent les petits jeux auxquels les bons parens voulurent bien prendre part. Le grand papa en savait qui étaient aussi anciens que le monde; M. Montbrun n'était pas moins instruit, et les deux mamans rivalisaient , en ce genre, de complaisance et de mémoire.
La journée avait passé si rapidement , que les enfans se récrièrent lorsqu'il fut question de {^^oiiLer ; on devait aller ensuite faire encore un tour de promenade et se remettre en route, afin d'arriver de bonne be :re chez soi.
(( Quel dommage! disait Eugénie, de ne point voir l'illumination delà foire î
UNK IIISTOIUE. 26 j
— Et les verres de couleur de la salle de danse! » ajoutait Agathe.
Mme Dufoii^jerai mit fin aux miirmui es, tout près de se faire entendre, en rappelant combien avait été grande la complaisance du bon papa, de consentir à sortir de chez lui par une chaleur si forte , tandis qu'il aimait tant à rester en repos dans son fauteuil.
« Bon papa vous a sacrifié jusqu'à sa partie de tric-trac, ajouta Mme Dufougerai, et vous pourriez vous plaindre d'avoir, à votre tour^ à lui sacrifier quelque chose!
— Oh! nonî » s'écrièrent Eugénie et son frère; et tous les visages s'épanouirent de nouveau.
On alla en courant à la ferme chercher du laitage et des fruits pour le goûter j car il fallait goûter sur l'herbe, afin que la partie de campagne fut complète.
aCe UNE HISTOIRE.
Au retour^ tous les cnfans rapportaient quelque chose. Eu(3^énie marchait en tête, tenant à deux mains une large terrine de bois remplie d'excellente crême^ et dont elle s'était emparée^ afin, avait-elle dit, qu'il n'arrivât point d'accidens fâcheux à cette importante partie du goûter. Elle la couvait des yeux, tant elle tremblaitr* de la laisser tomber^ et n'avançait qu'avec lenteur et précaution. Soudain , le bruit d'une voiture se fait entendre...
Eugénie lève la tête, et son cœur bondit dans sa poitrine à la vue du landau de Mi"e de Limeuil. Des jeunes gens éiégans galopaient aux portières... Vite Eugénie détourne la têtej elle avait aperçu d'un coup-d'œil les belles toilettes d'Aloïse, d'Emma, d'Antonine...
Toute préoccupée, et toute troublée surtout de la rencontre, elle s'oublie un moment et avance plus vite ; soa pied
L^NE HÎSTOÎRE. i«-
heurte contre un caillou... la terrine de crcme lui échappe, et Eugénie tombe de compao;nie sur le gazon. C'était là un malheur ! un double malheur^ un triple malheur!... D'abord il n'y avait plus de laitage à la ferme^ ensuite Eugénie était dans un bel état^ comme vous pouvez croire , et enfin elle avait pour témoins de sa maladresse et de sa chute, les personnes les plus railleuses et les plus méchantes du pays!...
Juliette^ qui portait un panier de fruits, vole la première au secours d'Eugénie ; mais Eugénie est déjà relevée, et déjà elle court vers le bouquet d'arbres à Fombre duquel est assis le bon papa.
Elle était arrivée avant que Mme de Limeuil eut tiré le cordon po^ir faire arrêter sa voiture et que les jeunes gens eussent sauté de cheval , dans la louable intention d'aller aussi au secours de cette
26S UNE IIISTOIRE.
pauvre enfant qui était peut-être blessée, ]\]ais en la voyant disparaître avec tant de légèreté, M^e eie Limeuil oidonna de continuer , les jeunes gens restèrent à cheval , et le brillant landau disparut dans un nuage de poussière.
Ilfallutcommencer pardépouillerEu^ génie de sa robe blanche toute couverte de crème, et qu'on étendit sur l'herbe afin de la laisser sécher. Eugénie aurait ri la première de se voir ainsi en pantalon et en jupon très court, si elle n'avait été tourmentée de la crainte que Mme de Limeuil n'imaginât de venir avec ses filles s'informer des suites de sa chute : cette crainte naissait de ce qu'Eugénie, qui avait un bon cœur, n'aurait pas manqué, en pareille circonstance, de lémoignei** un intérêt réel, même à une étrangère ; mais elle ne songeait pas qu'on avait vu derrière elle Juliette U
fermière, Agalhe la feraiière, Léon le petit fermier, et que, pour rien au monde, Mnie de Limeuil n'aurait voulu se cotnmettre en montrant qu'elle connaissait des connaissances de fermier. Si cette idée se fut présentée à Eugénie, elle aurait goûté paisiblement^ au lieu qu'elle ne cessa, pendant tout le repas, de tressaillir au bruit des pas de chaque personne qui venait du côté de la foire; elle pâlissait etrougissait alternativement sans oser se retourner. Que dirait-on d'elle, bon Dieu ! dans tout le pays, si on la voyait en pareil équipage !
Loin de vouloir retarder l'heure du départ, elle la hâtait au contraire de tout ses vœux. Personne ne rappela qu'il avait été question de faire encore un tour à la foire, et l'on se rendit à la ferme. Là était le rendez-vous général, et l'heure avait été fixée pour l'arrivée de quicon-*
•270 ITISÉ IfîSTOîRE.
fj[iic voudrait profiter du char-à-banc.
On ne se trouva pas au grand complet comme le matin, mais on partit cependant à l'heure dite, et en route Eugénie reprit son insouciance et sa gaîté.
11 était nuit close lorsqu'on arriva «î la maison; Agathe s'était endormie entre Eugénie et Juliette ; Alfred et Léon dormaient dans la carriole, chacun dans les bras de sa mëre, et si Eugénie n'en faisait pas autant, du moins il ne s'en fallait guère.
Elle était si fatiguée, que Gertrude, qui n'avait pas voidu être de la partie, parce qu'il aurait fallu monter dans le char-à-banc et non dans la carriole, ne put obtenir le plus petit récit des plaisirs de la journée j ce qui acheva de la mettre de très mauvaise humeur. Il en résulta les plus sinistres prédictions sur toutes les histoires que ne manqueraient pas de
t"lSE HISTOIRE. 271
faire les daniCvS de Limeuil^ au snjet de la terrine de crème renversée; ceci^ Gertrnde le tenait de la bouche du vieux Jacques qu'elle était allée (aire causer pendant qu'il dételait Fédor.
« C'est là un malheur! dit-elle à son maître en le déshabillant.
— Quel malheur^ donc? demanda M. Dufougerai.
— Cette terrine de crème renversée !
Dieu sait ce qu'on en dira dans le pays !
— On ne dira jamais assez combien nous avons souffert de ce que vous appelez^ avec tant de raison, un malheui!
répondit le bon papa d'un ton tragicomique.
— Monsieur, ce sont les suites que je crains !
— Les suites^ Gertrude, ont été, pour nous, désastreuses* Cette crème était
572 UTSE HISTOIRE.
excellente^ et forl i e(jrettable ^ je vous assure!...
— Monsieur veut rire. .. Mais vira bien qui rira le dernier!
— Sans aucun cloute; c'est pourquoi il faut nous arranger de manière à être les derniers à en rire comme à en parler. Bonsoir, Gertrude. Dieu vous garde de tout mauvais rêve ! »
LES COINVENANCES.
Les prédictions de Gerlrude et les craintes d'Eugénie ne se réalisèrent pas 3 et Mi»e Dufougerai profita de cette occasion pour faire comprendre à sa fille (]ue Texcès seul de Famour-propre per-
siiade aux g^ens qui ont le bonheur de ne point occuper dans le monde une posilion faite pour exciter Fenvie, qu'on tient ic{jislre de leurs faits et gestes, et des eWénemens les moins importans de leur vie.
« Il faut d'ailleurs prendre garde à une chose, ajouta-t-elle; c'est que nous redoutons trop souvent le blâme, par amour-propre seulement, et sans vouloir reconnaître d'abord que nous le méritons. Ainsi, tu as commis encore hier une étourderiej cette étourderie nous a imposé à tous une privation; mais qu'importe! Tu n'as songé et tu ne songes qu'au ridicule qu'une raillerie peut en faire rejaillir sur toi!... Défie-toi de toimême, mon enfant! L'amour de soi, ou l'égoïsme, Famoar-propre, ou la vanité et l'orgueil nous aveuglent sans cesse, et nous couvrent de beaucoup plus de
ridicules que le monde n'en pourrait jamais donner! »
Les dames du Château vinrent , à peu de temps de là , chez M. Dufougerai, et les trois jeunes filles se revirent, mais non pas avec le même plaisir que jadis. Elisabeth et Louise étaient froides; Eugénie était embarrassée. On se promena sans rien dire, ou plutôt Elisabeth affecta de parler du temps, des variations delà saison...
« Nous vous avons vue à la fête de Verdière, dit tout-à-coup Louise, que tant de contrainte et de réserve impatientaient.
— Ah! vous y étiez ! reprit Eugénie, dont les joues devinrent brûlantes.
— Oui , répondit Elisabeth d'un ton sec, et en très grande compagnie; en bonne compagnie. »
Eugénie rougit encore davantage.
« Vous aviez Tair si gai et de tant vous amuser, ajouta Louise, que j'aurais bien voulu être à votre place... Tu as beau me faire tes yeux noirs ^ ma sœur, c'est la vérité. Maman ne veut pas que nous courions^ que nous riions; il faut toujours avoir un air... grave... C'est facile quand on s'ennuie et quand on sait qu'on sera grondée si l'on s'avise de rire... Pourquoi donc, Elisabeth, me fais-tu signe de me taire? Qu'est-ce que je dis donc qui ne soit pas convenable?.. Ah ! je comprends ; tu as peur qu'Eugénie n'aille conter cela aux demoiselles de Limeuil!... Eh! bien^ moi je pense, avec Ml^e Wilson, qu'elle n'a été qu'étourdie^ voilà tout Donne -moi ta
main^ Eugénie j je ne t'en veux plus, entends-tu? n
Eugénie se jeta au cou de Louise et l'embrassa avec la plus vive émotion.
« Et VOUS aussi , Elisabeth , dites que vous me pardonnez ! s'écria-t-elle en balbutiant, je vous en prie!... Ah! j'ai été assez punie... par tous les reproches de ma conscience!...
— EHsabeth , embrasse-la donc î »
Elisabeth hésita, et finit par embrasser Eug^énie, mais sans y mettre autant d'effusion que sa sœur. Cependant, quelques instans après, l'ancienne familiarité avait reparu, sinon l'ancienne confiance. Eugénie, se déliant d'elle-même, se tenait sur ses gardes ; elle ne voulait plus parler en mal de personne, pas même des demoiselles de Limeuil, et, quelque bonne envie qu'elle en eût, elle ne dit pas un mot de leur indifférence, lors de la fête de Verdière, pour un accident qui aurait dû pourtant exciter, au moins en apparence, une sorte d'iutéiêt obligeant. Mais il lui fallut raconter tout le
plaisir qu'elle avait en, et comment elle s'élait amusée depuis le départ jusqu'au retour, sans éprouver un seul moment d'ennui.
Louise témoignait hautement le regret de ne pouvoir jamais goûler un seul plaisir qui ne fût troublé par la nécessite de garder sans cesse les bienséances j pour Elisabeth, elle se taisait, quoiqu'elle partageât les regrets de sa sœur; mais chez elle était développé , beaucoup plus que chez Louise, le sentiment du rang quelle tenait déjà dans le monde ^ et l'orgueil l'aidait à supporter courageusement les sacrifices que ce rang exigeait d'elle.
On se promit de se voirie plus souvent possible, et d'obtenir de MUe Wilson de prendre la maison de M. Dufougerai pour le but habituel des longues promenades à pied qu'on faisait de temps en temps.
tNÉ HISTOIRE. 279-
Eugénie, à la suite de celle visite, reprit toute sa gaîté. Se trouver réconciliée avec des personnes qu'on a offensées , soulage le cœur d'un lourd fardeau; et bientôt Eugénie eut le plaisir de voir réunies chez elle , par un effet du hasard , les demoiselles du Château et les petites fermières , sans que les premières se montrassent ouvertement choquées de ce rapprochement inattendu j et les secondes trop embarrassées de l'air réservé qu'eurent d'abord Elisabeth et Louise. A l'heure du goûter, on était déjà si bien ensemble, et l'on avait si bien oublié la distance établie par le monde , la naissance et la fortune, entre les habitans du Château et ceux de la Ferme, que l'on riait, que l'on courait, et enfin qu'on s'amusait comme il convient de s'amuser à celle époque de la vie , où les misères des distinctions so-
a8o UNE HISTOIRE.
ciales s'effacent devant la gaîté et l'en- h liaînement naturels au jeune âge.
Le soir, cependant, Mi»e Dufougerai |f témoigna quelque inquiétude de la manière dont les dames du Moutiers prendraient cette rencontre tout-à-fait fortuite, et elle dit à Eugénie : « Tu as eu tort, ma fille, d'engager ces demoiselles, sans m'avoir consulté d'avance, à venir toutes dimanche prochain après l'office.
D'abord, la maison de ton bon papa n'est point la mienne, et ensuite fussestu chez ta mère, tu n'as pas le droit, à ton âge, d'y inviter personne.
Eugénie. — C'est vrai, mamanj mais tu es si bonne.-.
Mme DuFOUGERAi. — Ma bonté aura des bornes, si je vois qu'on en abuse. Ce n'est pas tout. Tu as manqué aux convenances, en ce qui touche ton bon papa et moi, et tu y as manqué encore
UNE HISTOIRE. aSi
relativement anx dames du Moutiers et à Madame Montbiun. Qui te dit qu'au Château on ne sera pas mécontent de' voir la maison de ton bon papa servir comme de terrain neutre ^ où Elisabeth et Louise peuvent se rencontrer, contre le (5;ré de leurs parens, avec des personnes dont ces mêmes parens ont dit que ce sont des gens qaon ne saurait \voir? Et, d'un autre côté, Mmt: Montbrun ne peut-elle pas craindre que ses filles ne se trouvent exposées à quelques dédains , de la part des demoiselles du Moutiers? »
Eugénie, embarrassée, ne savait que répondre.
« Tu t'es placée, tu le vois, reprit ^Ime Dufougerai, dans une position toutà-fait fausse. Si les demoiselles du Moutiers ne viennent pas, comment excuseras-tu leur absence auprès de Juliette?
«Sa IINE niSTOIRE.
Si c'est^ au contraire, Juliette qui man-^' que au rendez-vons, comment feras-tu pour qu'Eusabeth et Louise ne se sentent pas blessées de voir qu'on reconnaît leur condescendance par de l'indifférence au moins? »
Tout-à-fait déconcertée, Eugénie con»tinuait de se taire, faute de trouver un« seule bonne raison à opposer aux rai* sonnemens de sa mère.
« Sache bien, ma fdle, reprit ma* dame Dufougerai, que la loi des convenances exige qu'on ne cherche pas à réunir chez soi des personnes qui s'éviteraient, partout ailleurs, par des motifs frivoles ou fondés; et cette loi se trouve parfaitement d'accord, tu le vois, avec les inspirations d'un bon cœur^ avec le respect dû à la volonté de nos parens- Lorsque le hasard amènera ici en même temps les demoiselles du Château et les
petites fermières, tu devras faire usage de tous les moyens en ton pouvoir pour quelles se plaisent ensemble ç, et pour que, des deux côtés, on ne se blesse pas mutuellement dans son orgueil ou dans son amour-propre ; mais aller plus loin, chercher à rapprocher des jeunes fdles que leurs familles tiennent éloignées les unes des autres, c'est manquer à-la-fois aux convenances envers ton bon papa et moi, envers la famille du Moùtiers et la famille Montbrun, au respect que tu nous dois à tous , et c'est montrer aussi plus d'étourderie d'esprit que de vraie bonté de cœur.
Eugénie. — Comment donc faire à présent , maman ?
?Ime DuFOUGERAi. — Je présumc qu'au Château on comptera pour rien une invilation verbale que je n'ai point sanctionnée en y joignant une invitation par
écrit , ainsi que Fexigenl les convenances ; il en sera de même de la part de Mme Moiilbrnn, qui a, quoique fermière^ beaucoup de savoir-vivre; et dimanche prochain, tu n'auras pi les demoiselles du MoutierS; ni les demoiselles Montbrun.
Eugénie. — Oliî tant mieux! Maintenant je ne les verrais pas \enir avec plaisir...» puisqu'il en pourrait résulter des — désagrémens peut-être pour les unes et pour les autres !
Mme DuFOUGERAi. — Je ne te ferai aucun reproche de cette nouvelle étourdeiie; mais je te répéterai sans cesse : Défie-toi de toi-même! »
Le samedi matin, Eugénie reçut de Juliette un billet ainsi conçu :
«( Ne m'attends pas demain, ma chère » Eugénie^ mais viens si tu le peux ; tu
UNE HISTOIRE. a85
» me feras bien plaisir. Ce serait trop » long de l'écrire pourquoi je ne peux » aller chez toi <leniain. Je te le dirai, )) cela vaudra bien mieux. J'en ai bien )) du refî^ret^ car je me suis bien amusée » mardi dernier, et j'ai trouvé les de- » moiselles du Moutiers très aimables.
» Je t'aime , et je t'embrasse de tout » mon cœur.
» Amitié pour la vie.
» Juliette. »
Il ne vint rien du Château, et ce silence acheva de prouver à Ei. génie qu'en elfèt soR invitation avait été regardée comme nulle , ce qui blessa un peu son amour-propre. M"^e Dufougerai exigea cependant qu'elle ne sortit pas de toute la journée.
« Tu dois rester, disait IVJnie Dufougerai. Juliette ne viendra pas, tu le sais j
mais Elisabeth et Louise ne t'ayant vien fait dire^ rien ne te délie de Teng^agc- JÊf ment pris de les attendre, même passé ■« l'heure du rendez-vous, puisque tu les avais invitées pour la journée entière.
Elles ont pu être retenues par quelque visite, et elles peuvent arriver enfin.
— Maman, elles ne viendront pas, j'en suis sûre ; et je sens maintenant qu'elles ne doivent pas venir.
— Les convenances exio^ent que tu les attendes jusqu'à ce soir. »
Eugénie n'osa point dire que cette exigence des convenances lui paraissait fort ridicule, et elle eut le cliagrin de voir son bon papa emmener Alfred à la promenade : elle aurait tant désiré d'y aller aussi!
(( C'est toi qui me retiens ici , dit Mme Dufougerai lorsqu'ils furent partis.
Je dois rester aussi, moi, pour faire les
iJ
lé,
fa
fi
lonneurs de la maison, puisque tu as ugé à propos d'y inviter les amies. Si îlles viennent, c'est que leurs parens les :onfient à moi , et non pas seulement à oi j c'est qu'ils ont compté que je serais à. Ainsi, ma fille, prenons patience, ;t, si tu veux m'en croire, mets- toi à lessiner, pendant que je lirai de mou ôté. Etant, l'une et l'autre, occupées, e temps nous paraîtra moins long. »
Mais la pauvre Eugénie ne se sentait lullement en disposition de travailler.
[1 faisait si beau!., et puis c'était dimanche!.. Il fallut se réîiigner pourtant; et, ^eu à peu, Eugénie prit tant de plaisir î copier les beaux modèles de papillons ;jue son bon papa lui avait prêtés la veille, qu'elle en oublia l'heure.
Satisfaite de son obéissance et de son assiduité, M^^e Dufougerai eut la complaisance de lire haut quelques passages
288 TAE IIlSTOÎÎlE.
du livre fie voyage quelle avait om niencé à lire tout bas, et l'après-dîné s'écoula fort agréablement. La mère e la filie aliëreut f^oùter dans le jardin sur la terrasse , d'où l'on découvrait 1 chemin vert. Il y passait plus de prc meneurs que de coutume , ce qui fit sou pirer Eu(jénie. Tout le monde était à 1 promenade, et, par son élourderie, ell retenait sa niëre à la maison , et s'y trou vait elle-même prisonnière!.,,
« Maman, dit-elle après une longu hésitation, c'est quehjue chose de bie ennuyeux pourtant que les convenancej
— J'en conviens , ma fiile , répond Mine Dufougerai; et, cependant, sai l'observation des convenances, il ne s( rait pas de société possible, tu le conr prends aisément. Ainsi, [)ar exemple on inviterait les g^ens; puis viendiait réflexion, qui nous montrerait que noi
UNE HISTOIRE. a8ô
n'aurions pas dû les inviter^ d'où nous conclurions qu'ils ne doivent point venir. Alors, nous croyant libres, nous irions nous promener; les invités, de leur côlé , non moins dédaif^neux des convenances, jugeraient qu'ils peuvent se rendre à l'invitation; ils arriveraient,
et trouveraient porte close Qu'en
résulterait-il? un injuste dédain de la part de ceux qui, ayant fait l'invitation , auraient décidé , après coup , qu'elle n'était ^o'int Jais ab le ^ et, de la part des invités, un mécontentement d'autant plus vif, qu'ils l'auraient jugée acceptable.
« Les convenances^ ma fdle^ sont donc, à mon avis, utiles à garder dans les petites choses comme dans les grandes occasions; tandis que Tirréflexion et Tétourderie ne peuvent être absolument propres à rien en aucune circonstance;
si ce n'est à nous rendre esclaves des fautes qu'elles font commettre, et ridicules, ou même blâmables aux yeux de tout le monde. »
L'ESPOIR DE L'ENIVUI.
Le reste de l'été et une partie de Tautomne^ s'écoulèrent pour Eugénie fort agréablement et fort vite, parce que l'étude remplissait la semaine^ et ne laissait point de place à l'ennui 3 le soir une
092 l^NE HISTOIRE.
promenade^ le diniauclie une visite à la Ferme, ou bien Juliette et Agathe qui venaient passer la journée chez M. Dufougeraij de temps en temps une excursion dans les environs, quelques heures consacrées à faire les visites d'obligations, et enfin, l'apparition assez f ré cpiente de Mlle y/ils^n avec ses élèves, telles étaient les distractions qui diversifiaient la vie d'Eiig^énie.
On ne voyait plus du tout la famille de Limeuil, ce dont Eug^énie n'éprouvait aucun regret^ elle avait cessé absolument d'y penser , lorsqu'un matin Gertrude vint les annoncer avec beaucoup d'emphase, et de ce certain air impertinent et moqueur que la vieille gouvernante croyait pouvoir, en toute sûreté de conscience , se permettre envers les personnes qu'elle n'aimait pas.
,Comme la première fois, les trois
jeunes filles accomp?(Tnaient leur mère^ et le négligé de ces dames monlrait avec quel soin on changeait d'étoffes et de modes, suivant la mode et les saisons* Tels étaient, en effet, leur principale occupation , leur talent remarquable et leur bonheur suprênie. Il fallait que toujours et en tout, on montrât bien qu'on était riche, qu'on pouvait faire beaucoup de dépenses et se passer ses fantaisies.
En minaudant, Mme de Liaieuil expliqua qu'elle quittait les champs , cette année, beaucoup plus tôt que de coutume, parce qu'ayant le dessein d'aller passer l'hiver en Italie^ il lui fallait s'y préparer long-temps d'avance. Elle fit ensuite un pompeux étalage de ses projets de voyage pour la prochaine année^ et elle finit par déclarer qu'elle disait un éternel adieu à ce pays si pauvre; sous
:>94 UNE IIlSTOmÈ.
Je rapport surtout des relations possibles de voisinage, et où la sauvagerie était telle , qu'on pouvait s'y croire à dix mille lieues de Paris.
Vint ensuite l'expression de la compassion la plus tendre pour Mme Dufougeraiqui s'y trouvait comme enchaînée , et pour la pauvre Eugénie qui allait perdre les compagnes de son âge, justement dans la saison où l'on a le plus besoin de distraction ; car les dames du Moutiers ne passaient jamais l'hiver dans leur terre : « Et c'est concevable, ajouta M»ne de Limeuil avec méchanceté. Qu'y feraient-elles, puisque ni la belle-mëre ni la jeune femme ne possèdent absolument aucun talent d'agrément, ni les jeunes personnes non plus ! Pour moi et mes fdles, c'est bien différent, ajouta-t-elle en se rengorgeant d'un air très satisfait d'elle-même. Nous ne sommes jamais
L^ISE HISTOIRE. agS
en peine de remplir nos loisirs , et d'autant moins que nous n'hésitons pas sur les dépenses nécessaires... tandis qu'au Château... Enfin chacun vit comme il l'entend. »
Et là-dessus M^e de Liraeuil se leva^ répéta deux ou trois fois son a. ..dieu! du ton le plus sentimental du monde^ et Eugénie rentra en sautant de joie comme une folle, après avoir vu monter ces dames en voiture.
« Quel bonheur! disait-elle, nous né les verrons plus dans le pays^ et les dames du Moutiers j reviendront l'année prochaine! Il faut que j'aille dire cette bonne nouvelle à Gertrude. »
Gertrude partagea la joie qu'éprouvait Eugénie; mais, pour nous servir d'une expression très poétique, elle y mêla quelques gouttes d'amertume, en disant:
i( 11 partirait du pays vingt M^^c de
^96 UNE IIlSTOmE.
Limeuil, que je m'en réjouirais comme vous^ mademoiselle Eugénie > dussionsnous nous trouver absolument seules au monde. Mais cela n'empêche pas cpe l'hiver ne soit une saison bien triste et bien ennuyeuse dans celte maison et dans ce pays î C'est que nous avons de si beaux chemins, que le vieux Fédor n'est pas capable d'y traîner la carriole , et il faut rester enfermés ici par la pluie et par la neige. Si les dames du Château ne s'en allaient pas à Paris, comme elles ont de bons chevaux, mesdemoiselles Elisabeth et Eouise auraient pu continuer de vous venir voir et de vous envoyer chercher de temps en temps pour passer un jour ou deux au Château... Mais elles vont partir aussi dans une quinzaine, parce que c'est l'époque où elles partent toujours. Pauvre chère enfant, vous vous ennuierez bien aussi ^ vous, cet hiver!
UNE HISTOIRE. ag'f
^-^ Mais Juliette et Agathe restent à la Ferme? s'écria Eugénie d'un ton d'inquiétude.
— Sans doute ; qu'est-ce que des campagnardes comme cela iraient faire à Paris! M. Montbrun n'est pas riche, d'ailleurs.
— Des campagnardes comme cela ! répéta Eugénie. De quel air tu en parles^ ma bonne!
— Je ne dis pas^ reprit Gertrude, que ce soient des jeunes personnes mal élevées comme les demoiselles de Limeail^ bien au contraire j mais ce sont des campagnardes ^ des demoiselles de campagne enfin y qui doivent toujours vivre aux champs, tandis que vous, mademoiselle Eugénie, c'est bien différent. Je sais positivement, mais n'en dites rien à personne, que votre bon papa veut que vous ayez beaucoup de talens, tous les talent
298 l^NE HISTOIRE.
possibles j et pour cela on ira à Paris...
Eugénie. — Nous irons à Paris! oli!
quel bonheur !
Gertrude. — Ce ne sera pas pour celle année ni même pour l'année prochaine, si vous avez Fair de vous amuser ici l'hiver...
Eugénie. — Mais pourtant, si je m'amuse, ou si seulement je ne m'ennuie pas!...
Gertrude. — OIi! mais c'est que vous ne vous amuserez pas du tout, vous vous ennuierez beaucoup au contraire, vous verrez !
Eugénie. — Tu crois, ma bonne? Eh î bien, alors tant mieux, parce que l'année prochaine nous irons à Paris. C'est une bien belle ville que Paris, n'est-ce pas? Je ne Fai vue qu'en passant.
Gertrude. — Certainement que c'est une belle ville ^ et qui n'a pas sa pareille
UNE HISTOIRE. *Jg|<)
dans le monde! Et Ton s'y amuse tout le jour et aussi loute la nuit, selon ce que j'en ai entendu dire, car je n'y suis jamais allée , et je voudrais pourtant bien \oir Paris avant que de mourir. Si votre bon papa s'aperçoit que vous vous déplaisez ici l'hiver, nous irons bien sur l'année prochaine à Paris ; et Monsieur le verra, parce qu'il n'est pas possible que vous n'ayez beaucoup d'ennui de rester toujours et toujours à la maison par le froid et la pluie. Au reste, demande?, aux demoiselles du Moutiers, si elles voudraient passer l'hiver à la campagne?
L'été, à la bonne heure!., d'ailleurs c'est le bon genre. »
Eugénie n'avait pas songé jusqu'alors qu'en effet l'hiver devait être triste dans cette maison isolée. Elle se mit à y songer et elle attendit avec impatience la vis; le promise depuis assez long-temps par les
3oo UNE HISTOIRE.
demoiselles du M outiers. Elle voulait les questionner sur la grande ville. Ce qu'elle en apprit^ lui prouva que Gertrude avait bien raison de souhaiter qu'on y allât le plus tôt possible. Déjà Elisabeth et Louise avaient paru à des hais cVenfans; elles étaient allées déjà plusieurs fois au speclacle et elles se promettaient des plaisirs plus multipliés encore cette année; puis, l'année prochaine, parce qu'elles commençaient à compter au nombre des jeunes personnes.
Les promenades aux Tuileries les heaux jours et aux heures fixées par le bon ton et la bonne compagnie, furent ce qui tenta le moins Euf^énie dans ce que les deux jeunes filles lui racontèrent du merveilleux Paris, de ses boulevards, de ses musées, de ses théâtres, récits qui n'étaient pas absolument nouveaux, mais que jamais elle n'avait écoutés avec un
UNE HISTOIRE. 3oi
intérêt aussi avide. Elisabeth déclara qu'elle mourrait de chagrin s'il lui fallait passer la mauvaise saison à la campagne; Louise dit que, pour elle, elle mourrait à-la-fois de chagrin et de peur à cause des loups qui infestaient la contrée, et toutes deux conclurent comme Gertrude, qu'on ne pouvait vivre l'hiver qu'à Paris, ou tout au moins à la ville.
(( J'espère que je m'ennuierai tant , s'écria Eugénie, que nous irons l'année prochaine à Paris !
— Si tu y dois aller à la condition de beaucoup t'ennuyer cette année, dit Elisabeth , nous pouvons être certaines de t'y voir venir l'an prochain, ma chère Eugénie.
— Mais, ajouta Louise, il faut faire en sorte que ton bon papa voie bien que tu te déplais ici pendant l'hiver; que tu t'y déplais.... à en mourir!.... Autre-
3oa UNE HISTOIRE.
ment il voudra rester, et toujours, parce qu'à son âge on n'aime pas à changer de place. Ainsi, je te conseille, lors-même que tu aurais le malheur de t'amuser, d'avoir toujours l'air de t'ennuyer.
• — Mais ce serait mentir? reprit Eugénie.
— Menlir ! pas du tout , repondit Louise. C'est une petite ruse, voilà tout; et elle nous est bien permise, à nous qui ne pouvons avoir une volonté!
— J'espère m'ennuyer assez, dit Eugénie d'un air content, pour ne pas être obligée de faire comme si je m'ennuyais.
— Comme tu voudras, repartit Louise avec un peu d'aigreur. Mais tu apprendras à tes dépens que, si l'on n'exagé-^ rait pas en certaines circonstances, on n'obtiendrait rien de ses parens. Parce qu'ils sont vieux , ils ne pensent plus
UNE IIISTOÎUE. 3«3
qu ils ont été jeunes , et qu'alors ils aimaient aussi à s'amuser...
— Elle a bien raison , dit Elisabeth à son tour. Si nos parens étaient raison nables , nous le serions nous-mêmes ; mais puisqu'ils ne le sont pas^ et qu'ils ont pour eux le pouvoir, c'est bien le moins que nous ajons pour nous Ja ruse; seulement il n'en faut faire usage que dans les grandes occasions.
— C'est ce que nous faisons , ajouta Louise. Essaie , et tu t'en trouveras bien.
— Je verrai, » répondit Eugénie, Elle était trop franche pour applaudir à des choses que la droiture de son cœur désavouait, et trop timide, trop faible surtout pour oser dire en face, à ses amies : « Mais tout cela , c'est mentir! »
Les arbres étaient encore couverts de feuilles jaunes et rouges, et la campagne
3o4 l?NE HISTOIRE.
présentait ces teintes variées et chaude!^ que recherchent tant les artistes , lorsque l'heure du départ sonna pour les habitans du Château.
Les adieux d'Eugénie^ d'Elisabeth et de Louise furent accompagnés de larmes abondantes. Ces trois jeunes fdles s'étaient attachées l'une à l'autre d'une amitié aussi vive qu'on peut la sentir à cet âge où l'on aime et où l'on oublie avec une égale facilité^ avec une égale promptitude. On se promit cependant
de s'aimer toujours^ de s'écrire Et
Eugénie se vit seule ! seule absolument dans cette maison que l'hiver allait ren-» dre si triste ! Il ne s'y trouvait qu'un bon papa tout occupé de ses petits-enfans; qu'une mère dévouée à les aimer, à les élever le mieux possible... Qu'était-ce que cela pour le plaisir et le bonheur? Pauvre Eugénie! comme elle allait s'en-
UNE HISTOIRE. Soo
nuyer! Elle en avait ïespoir^ la cerlitude !... car il ne lai restait plus qie Juliette ;, et Juliette viendrait très rarement par le mauvais temps, et Je mauvais temps empêcherait Eugénie d'aller à la Ferme!...
« C'est maintenant que nous allons commencer à nous ennuyer, dit Gertrude le jour des adieux.
— Oh! oui, ma bonne, je te le promets! )) répondit Eugénie avec i;n gros soupir, accompagné d'un sourire.
VN BIYER A LA CAMPAGAE.
Mme DiifoUjtrerai avait été enfant et s en souvenait, qaoiqa'en eussent pu dire les demoiselles du Moutiers; elle avait connu les douleurs de ces séparations momentanées qui laissent tant de vide à
celle que le sort condamne à rester privée de tonte distraction^ et elle eut la bonté de chercher à remplir ce vide dont Eugénie aurait pu se chagriner outre mesure, bien que Fhahitude n'eut pas été prise de voir très fréquemment les babitans du Château, ni de les recevoir presque journellement.
Se laissant aller à profiler de la tendresse prévenante de sa mère , Eugénie léiiiûijjiia qu eiic était toutc dlsposGc à se distraire et à goûter les agrémens que la vie des champs peut offrir à quiconque sait à-la-fois s'occnper de choses utiles^ et s'intéresser à tout ce qui l'entoure.
« Je ne m'ennuie pas, ma bonne! »
disait-elle cinq ou six fois le jour, en passant, à dame Gertrude qui travaillait dans la salle à manger, ou qui allait et venait pour vaquer aux soins du ménage.
(( Cela viendra avec le froid et la
3o8 tJNE HISTOIRE.
pluie, » répondait chaque fois dame Gerlrude d'un ton teliement affirmatif , qu'Eugénie en frissonnait d'avance.
Le froid , la grêle, la pluie, la neige, les brouillards, les gelées, tout cela vint à son tour, et Eugénie n'eut pas le loisir d'avoir un seul moment d'ennui, tant Mine Dufougerai avait su lui créer des occupations qui absorbaient toutes ses pensées, et des distractions faites pour riiiîéresser.
On voyait aussi souvent que de coutume les habitans de la Ferme. Ils étaient accoutumés depuis l'enfance à braver les intempéries des saisons, et l'on apprenait à les braver comme eux; à se tirer comme eux des mauvais chemins, et à ne pas craindre non plus les légers rhumes, quand il s'agissait de mettre à fin quelque bonne action commencée, ou de rendre un service promis.
Mais si le froid cependant étant noir et rude, plus rude que d'ordinaire; si le» torrens de pluie menaçaient de tout inonder, on savait jouir du moins des commodités que donne l'aisance. On se rapprochait les uns des autres autour d'un bon feu, et parfois la veillée se prolon- , geait au-delà de l'heure fixée, parce que le bon papa racontait quelqu'histoire du temps de sa jeunesse, ou bien lisait, dans les notes de la bonne maman , l'histoire naturelle des loups quon entendait hurler quelquefois la nuit d'une façon si lamentable 5 du renard et de la fouine qui désolent les basses -cours et les pivO^eonniers ; du chien de berg^er, du chien de ^arde , du chien de chasse, tous si utiles à l'homme ; dn chat domestique qui tenait aussi, lui, sa place au coin du feu , et du chat sauvage qui par? court les foièts de l'Amérique.
Daine Gertrude elle-même, malgré son aversion pour les bêtes qui ne sont pas jolies , se laissait aller souvent à écouter avec une grande attention la lecture des notes de la bonne maman. * Elle était admise dans le salon, et elle filait au fuseau pendant que Mme Dufougerai et sa fille cousaient ou travaillaient à un meuble de tapisserie. On avait commencé ce meuble à l'automne, atin de se donner le moyen de diversi-r fier les travaux à Taiguille.
Alfred non pins n'était pas oisif.
M. Dufougerai qui avait été, dans sa
* Les notes de la bonne maman ont fourni les matériaux d'un ouvrage qui paraîtra bientôt , par demi-volumes , sous ce titre : le Livre ï)E TOUS LES Jours , ou Abrège de l'Histoire naturelle , a tusage de la Jeunesse. On a suivi , dans le Livre de tous les Jours , Tordre de classification établi par Cuvier.
}■ 3jj.
" Alfred /wn plus n e/iij'f pas oisjf iZ/èsaû {/e ^/olù\r ùoïà\f en pai/Ze •
UNE HISTOIRE. 3ii
jeunesse j prisonnier des Anglais sur les pontons^ avait retrouvé son ancienne ])atiençe et son ancienne adresse pour la ih iDricalion de jolis jouets et. de jolie* ]>oites en paille ou en bois blanc. Il prenait plaisir à donner à ses petits-enfans ues leçons dont Eugénie profitait mieux qu'Alfred, parce qu'elle était plus âgée; mais celui-ci ne s'en montrait pas moins avide , chaque leçon étant toujours accompagnée d'une histoire. Le bon papa avait vu tant de pa^s, tant d'hommes et de choses, tant de peuples divers...
« Eh! bien, ma bonne, voilà le mauvais temps; il pleut, il fait du vent, de la neige, le ciel est tout noir, et pourtant je ne m'ennuie pas! dit un jour Eugénie à dame Gertrude.
— S'il faut dire la vérité, je ne m'en-? nuie pas non plus, répliqua la vielle gouvernante. Gela vient sans doute de
3ia UNE HISTOIRE.
ce que nous sommes plus de monde dans la maison.
Eugénie. — Maman, à qui j'en ai parlé l'autre jour , m'a dit (jne cela vient de ce que nous sommes tous bien occupés.
Gertrude. — Il est certain que nous ne manquons pas de besogne ni les uns ni les autres, giâceà Madame. Aucune difficulté ne l'embarrasse, et elle sait trouver remède à tout, sauf à la mort, comme tout le monde au reste. Je ne sais pas où votre maman va chercher l'idée de tant de besogne à fa»rej mais bien sûr elle en découvre pour chacun , de telle sorte qu'on a beau travailler, la journée parait encore trop courte. Il faut dire aussi, mademoi.ielle Eugénie, qu'autrefois Monsieur ne se mettait pas en peine d'être aimable comtne il Test maintenant. 1\ lisait pour lui tout seul, dans son ca-^
UiNE IlISTOmE. 3i3
binct^ toute la sainte journée; il ne me parlait que pendant la partie de trie-trac, et pour me p^ronder encore, attendu que je joue mal, et que je n'aime pas à perdre; et je perdais toujours!
Eugénie. — Oh! oui, bon papa est bien complaisant et bien bon... aussi nous l'aimons de tout noire cœur! Cela le fatigue de lire haut, et pourtant il nous fait la lecture! Je m'ennuirais , vois-tu, mais là^ à mourir, que je n'en témoignerais rien du tout, seulement pour ne point lui faire de peine î
Gertrude. — Vous avez un très bon cœur, mademoiselle Eugénie, je le sais bien. Mais pourtant si vous aviez un peu d'ennui, il ne serait pas mal, je vous assure, de le laisser paraître... et même d'avoir l'air d'en sentir un peu plus...
Eugénie. — Allons, te voilà comme Louise!
3i4 LiNE UISTOmE.
Gertrude — Mais songez donc qu'il s'agit d'un voyage à Paris, et cela vaut bien la peine...
Eugénie vivement, — De mentir!
Gertrude. — Eh! non. Est-ce que c'est mentir que de bailler, sans dire mot^ deux ou trois fois de plus qu'on n'en a l'envie?
Eugénie. — Oui, c'est mentir, ma ^ bonne. C'est comme si l'on disait tout haut : Que je rn ennuie ! Voyons, est-ce vrai, ou n'est-ce pas vrai?
Gertrude. — Vous ne vous souciez donc plus d'aller à Paris?
Eugénie. — Oh ! que si, ma bonne, quoique je me plaise bien ici! Mais j'en ai parlé à maman, et maman m'a fait comprendre que ce déplacement serait une grande fatigue et un grand sacrifice pour bon papa, qui, depuis dix ans, n'a pas quitté sa maison. Il n'aurait plus rieii
UNE HISTOIRE. 3i5
de loules les choses auxquelles il est accoutumé; peut-être en prendrait-il du chagrin sans le dire, et il tomberait malade... Non, non, ma bonne; je m'ennuierais à n'en pouvoir plus, que je n'en dirais rien du tout, afin de ne pas tourmenter bon papa*... et je m'amuse toujours, je t'assure, excepté de tous petits momens; et ils sont si petits, que cela ne vaut pas la peine d'en parler.
— Dieu sait alors si je verrai jamais Paris! » s'écria la vieille gouvernante, avec un accent de douleur qui ne toucha nullement Eugénie. C'est qu'Eugénie , élevée par une excellente mëre qui avait été fille dévouée et bonne épouse, commençait à se guérir de cet égoïsme qui dessèche le cœur quand on n'y prend pas garde , et qui se montre d'autant plus puissant dans la vieillesse, qu'il n'a pas été combattu avec assez de soins et de
3i6 liJNE HISTOIRE.
persévérance dans Tâge où Ton peut dé^ raciner les mauvais penchans, et remplacer les défauts par de bonnes qualités. Elle voyait que celte fois, comme toujours, dame Gertrude voulait faire passer sa convenance avant tout , et elle ne pouvait s'empêcher de remarquer que c'était le même amour de soi qui poussait Louise à entretenir un penchant à la ruse et aux détours dont Eug^énie s'était souvent sentie toute honteuse pour celle quelle appelait son amie.
Sans accuser ni désigner personne^ Eugénie faisait des questions à sa mère, et les réponses l'amenaient à conclure, que, si l'oisiveté est la source de l'ennui et de bien des vices, l'égoïsme, non moins redoutable, est également une source empoisonnée d'où il ne peut rieu sortir de bon, et qu'il faut travailler sans relâche à la tarin
VSV. IIISTOmE. 317
L'hiver passa, le piinlemps revint, et l'étude de la nature, suivie avec tant de plaisir par Eu(T;énie pendant la mauvaise saison, lui offrit, à l'instant où cette nature si riche et si A'conde semble se réveiller, de nouveaux sujets d'admiration et de jouissances pores. Eugénie ne pouvait rester désormais indifférente aux phénomènes si remartpiables du travail de la sève dans les arbres et dans les plantes ; aux transformations successives des insectes^ ni à cette vie nouvelle, pour ainsi dire, qui rend l'activité à la taupe et à la marmotte, enf^^ourdies dans leurs terriers, et leur industrie aux oiseaux des champs.
De temps en temps ses yeux quittaient la terre, pour suivre dans le ciel les aspects différens qu'offre à nos regards la voûte étoilée sous laquelle voyage notre ^lobe, et qui nous paraissent changer.
3i8 ITNE IIlSTOtRE.
quand c'est nous qui chang^eons de place; quand c'est nous qui^ par une marche insensible, allons repasser devant les {groupes d'étoiles que notre position dans l'espace nous a rendus invisibles pendant une saison.
Le bon papa racontait alors comment le navigateur lit, pour ainsi dire, sa route dans la position des étoiles, relativement au point du globe où il se trouve sur les vastes mers. Ces récits, faits pendant que de la fenêtre on contemplait le ciel étoile, en bravant un froid encore assez piquant, donnaient à Eugénie plus de courage pour continuer, le lendemain, des études qui d'abord lui avaient semblé être au moins fort ennuyeuses, si ce n'est parfaitement inutiles. Elle comprenait mieux aussi la grandeur sans borne, la toute puissance de Dieu qui brille si majestueusement dans l'éclat du
soleil; dans la miiliipiicilé innombrable de tant d'astres et de planètes ^ et qni se manifeste d'une manière faile pour confondre la pensée^ dans la structure et les instincts de ces miriades d'insectes qu'on respire avec l'air, qu'on boit avec l'eau ; qu'on foule dans l'herbe, dans lô sable, partout; sans se douter que pas un des actes de la vie de tous les jours , ne s'exécute sans donner la mort à àois milliers de ces petits êtres : leur existence paraît impossible à l'esprit ; mais le secours du microscope nous la montre comme bien réelle.
Juliette savait déjà ce qu'Eugénie apprenait avec tant de plaisir ^ et elle venait complaisamment à son secours^ pour l'aider à mettre de l'ordre dans des travaux que chaque jour voyait s'augmenter de quelque recherche nouvelle.
M. Montbrùn encourag^eait les deux
320 TNE HISTOIRE.
amies; il leur prêtait son appui, ses livres, ses instrumens d'optique; et, à ia Ferme, comme chez M. Dufougerai, le temps passait avec la rapidité de Térlair. Dans ces deux maisons,' en voyant combien il y a à apprendre, on ne concevait pas que bien des gens pussent trouver la journée trop long le.
« Les ormes commencent à fleurir, dit un matin Gerlrude en revenant du village, et les dames du Château sont arrivées. »
Ces deux nouvelles firent à Eugénie au^ tant de plaisir l'une que l'autre; d'abord elle souhaitait vivement de voir celte année, par elle-même, la prodigieuse fécondité de l'orme, qui rapporte, en une seule année, plus de trente trois mille graines d'une saveur douce^ et dont on fait, en quelques pays, des mets friands; et ensuite elle était charmée de revoir Elisa»
UNE HISTOIRE. 33t
belh et Louise, à qui elle pourrait raconter des choses non moins curieuses que celles qu'elle aurait à entendre de leur bouche, au sujet du meiveilleux Paris.
Le bon papa consentit à aller visiter les ormes qu'il avait fait planter, l'automne précédent, devant la maison; il ne s'y trouvait encore que quelques bouquets à peine développés, d'un vert tirant sur le jaune. Eugénie fit la remarque que les fleurs de l'orme paraissent sortir immédiatement de l'écorce comme les fleurs die l'arbre de Judée, et elle s'écria : « Elisabeth et Louise seront bien surprises quand je leur dirai que ce n'est point là un feuillage naissant , comme je le croyais aussi, moi, Tannée dernière! Bon papa, que la nature est variée et belle! et qu'il j a de plaisir à apprendre. »