‹ Une idylle pendant le siégeChapitre 3 sur 6 · B6 UNE IDYLLE · texte numérisé non relu

B6 UNE IDYLLE

Plein d'inquiétude, il hâta le pas jusqu'au quai, et d'un coup d'œil il embrassa ce spectacle, affreux pour lui.

Une foule compacte et tumultueuse avait envahi tous les abords de l'Assemblée. Elle était composée d'hommes de toutes les classes de la société, bourgeois en redingote et ouvriers en blouse, mêlés à des bandes de gardes nationaux en désordre, mais tous armés, les uns portant l'ancien uniforme, avec les épaulettes blanches et la giberne, les autres seulement coiffés d'un képi. 11 y avait aussi là des francstireurs, en costumes sombres, avec la casquette américaine et le pantalon dans les guêtres. Le pont Royal, le boulevard Saint-Germain et toute la partie du quai qui passe devant le Corps législatif étaient noirs de monde et hérissés de fusils étincelant au soleil. Sur les réverbères voisins, sur les socles des quatre grandes statues qui précèdent le monument, des gamins étaient grimpés effrontément. Une longue clameur, irritée et constante, montait de cette multitude. Gabriel distingua bientôt ce cri,

répété par toutes les bouches : La déchéance! la déchéance !

Sans doute Témeute, pour parler le beau langage parlementaire, avait déjà violé Tasile de la loi ; car le large escalier du palais avait disparu sous le tlot des envahisseurs, et Gabriel remarqua une grande agitation là-haut, sous la colonnade; puis tout à coup il entendit s'élever une puissante acclamation, qui, rapidement propagée dans la foule, s'étendit jusqu'aux groupes, parmi lesquels il essayait de circuler. On criait : Vive la République !

Gabriel regardait tout cela, effaré et stupéfait. Sur le trottoir où Eugénie lui avait donné rendez-vous, et qu'il ne pouvait voir que de loin, après être monté sur un banc du quai, il apercevait un fourmillement de chapeaux, de képis et de baïonnettes. Cette affreuse certitude lui frappa l'esprit que, lors même que la jeune femme eût osé se risquer dans une telle cohue, il n'avait aucune chance de l'y retrouver. Il descendit de son banc et se laissa emporter par un remous de la foule, perdu de

dépit, de chagrin et de rage, et sans se soucier du grand fait historique qui s'accomplissait sous ses yeux.

« Enfin, nous l'avons donc, notre République ! cria la voix vibrante de Cazaban, qui venait d'empoigner Gabriel parle bras, et tu en es aussi de la Révolution!... Ça y est!... A la porte tous les badinguistes!... Quelle belle journée! Ah! mon bon, je suis ivre de joie... J'ai passé toute la soirée d'hier à arracher des écussons et à casser des aigles... C'est la bonne, cette fois-ci, c'est la vraie, comme en 93... et on ne nous l'escamotera pas... Tiens, regarde, là-bas, sous le péristyle... Gambetta qui harangue le peuple... Bravo ! vive Gambetta I... Vois-tu? celui qui a de la barbe et le cou dans les épaules... Tu sais, je ne te lâche pas... Nous allons à l'Hôtel de ville... »

Gabriel le regarda, navré. L'exaltation et l'ivresse éclataient sur le visage de Cazaban, qui était en nage et dont le chapeau mou gardait l'empreinte d'un coup de poing.

Incapable de résistance, Gabriel s'abandonna

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à rhomme du Midi qui, jouant des coudes et hurlant toujours, essaya vainement de se frayer un passage jusqu'à la grille de 1* Assemblée. Gabriel le suivait, anéanti, et promenait avidement ses regards sur la foule, ne pouvant renoncer à la vague et folle espérance d'y apercevoir Eugénie.

L'heure du rendez-vous était passée depuis longtemps, et Gabriel, à travers les groupes déjà éclaircis, avait pu constater vingt fois que la jeune femme n'était pas sur le trottoir indiqué, devant le ministère des affaires étrangères, quand Cazaban l'emmena par le pont Royal, afin , disait-il , de jouir du grandiose spectacle de Paris délivré ; mais ce fut avec un effort bien douloureux que Gabriel s'arracha à ce lieu où pourtant il n'était plus raisonnable d*attendre davantage. Il marchait, morne et silencieux, à côté de Cazaban, dont l'enthousiasme était tel qu'au milieu de ses improvisations révolutionnaires il ne remarquait pas la triste figure de son ami.

« Que lui est-il arriver pensait l'amoureux

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plein d anxiété. Elle aura eu peur, elle n*aura pas pu s'approcher seulement... Et puis, estelle vraiment venue > Hier soir, chez son amie, elle m'a paru un peu gênée... Si je retournais sur le quai?... Elle y est peut-être, à présent que la foule s'est dissipée... Mais non, il est deux heures, c'est impossible... »

Et il concluait que ces choses-là n'arrivaient qu'à lui et qu'il était le plus malheureux des hommes.

Les deux jeunes gens avaient traversé la place de la Concorde et pris la rue de Rivoli.

Le spectacle grandiose promis par Cazaban à Gabriel n'était autre que celui d'une joie indécente chez un peuple que frappait un si effroyable désastre et que menaçait un si imminent péril. Le ciel, magnifiquement bleu, et le beau soleil éclairant les maisons blanches et la masse de verdure du jardin des Tuileries, ajoutaient encore à l'air de fête de cette rue large et monumentale, par où revenaient, soit en pelotons, soit isolément, soit par petits groupes, les gardes nationaux, auteurs de la

révolution nouvelle. Ceux des bataillons des quartiers excentriques, qui portaient, avec la vareuse et la blouse de Tourner, le kcpi neuf et le fusil à piston, avaient du moins quelque chose de naïf dans leur joie républicaine; car c'étaient les éternelles dupes de toutes les émeutes, et, grisés par la légende de 92, ils concevaient en ce moment une patriotique espérance. Mais un observateur calme eût souri de Tair important des bourgeois à épaulettes. Ces badauds qui, ce jour-là, se prenaient un peu pour des héros, marchaient, d'un air digne au milieu de la chaussée, sous les yeux bienveillants d'une foule à qui le plaisir de la vengeance satisfaite faisait oublier le deuil affreux de la patrie. D'ailleurs, la destruction commençait, stupide et inévitable conséquence des mouvements populaires. Plusieurs milliers de bras allaient perdre trois jours à faire disparaître à grand peine tous les emblèmes qui rappelaient l'empire, aigles et armoiries peintes, fondues ou sculptées, et ceci lorsque les remparts n'étaient pas en état de défense.

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Sur les murailles des Tuileries, à côté d'inscriptions obscènes et d'injures adressées à la famille impériale, se lisait, tracé au charbon, le fameux : Mort aux voleurs ! qui , cette fois, il faut pourtant en convenir, ne fut pas si dérisoire qu'en 1848, où l'on ne commença à fusiller, sans jugement, quelques malheureux iilous, qu'après que le peuple eut entièrement pillé le palais.

Marius Cazaban, traînant après lui le déplorable Gabriel, était arrivé au paroxysme du délire. Il avait fait de son : Vive la République ! un véritable mugissement, et il le poussait tous les vingt pas, éveillant un écho merveilleux dans les compagnies de gardes nationaux qui allaient au milieu de la rue, tambours en tète. A la hauteur de la cour du Louvre, le général Trochu, couvert de décorations et suivi de son état-major galonné, passa au grand trot, et le hurrah de Cazaban lui valut un regard du célèbre Breton. Tout le long du chemin, Marius Ht la rencontre de jeunes gens barbus, comme lui du Midi et comme lui

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pleins d'ivresse, avec qui il échangea des éclats de rire et des accolades.

Gabriel voyait toutes ces choses comme dans un songe. Le vieil Hôtel de ville, la place houleuse de peuple, les apparitions au balcon, le kcpi d'or de Trochu, le collier de barbe de Jules Fa\Te, la République proclamée, Rochefort porté en triomphe, rien ne pouvait le distraire de cette idée fixe : son rendez-vous manqué. Quand il fut entré dans l'Hôtel de ville, toujours à la suite de Cazaban, et que celui-ci le présenta à un membre du nouveau gouvernement, qui avait un nez crochu et une paire de vastes favoris, Gabriel, tout en saluant, se rappelait le jeune platane du quai d'Orsay, soutenu par un tuteur et ayant à son pied un grillage rond en fer, près duquel il se trouvait, l'autre fois, lorsqu'il avait aperçu de loin Eugénie, accourant sous les arbres de l'Esplanade; et il lui fallut faire un effort d'attention très-pénible pour écouter ce que lui disait l'homme d'Etat aux favoris touffus et pour l'em pêcher de lui signer, séance

tenante, une nomination de sous -préfet.

Cependant il put échapper enfin à Topprimante compagnie de Cazaban, non sans être allé avec lui répandre la bonne nouvelle dans trois estaminets du quartier Latin et y avoir absorbé, ainsi que le Méridional, plusieurs bitters à la gomme ; et il revint chez sa mère exténué de fatigue, d'inquiétude et d'ennui. Puis, après le repas du soir-, auquel il ne fît pas honneur et que les lamentations de M™* Fontaine sur l'approche de l'ennemi et les dangers probables lui firent paraître bien long, il courut au faubourg Saint-Jacques.

M'"* Henry était sortie.

Rien n'était plus simple que l'absence de la belle brune, qui avait sans doute été attirée •hors de chez elle par l'intérêt dramatique que la rue offrait alors ; mais dans son imagination d'amant, prête à se forger des chimères, Gabriel conçut un pressentiment funeste pour ses amours. Tout en se disant qu'Eugénie devait avoir été prévenue que M"'' Henry ne l'attendrait pas ce soir-là, il ne pouvait se résigner à

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l*idée de ne pas revoir sa maltresse avant le lendemain, et il erra jusqu'à la nuit close sur les trottoirs du faubourg plein d'agitation populaire, où il croyait reconnaître Eugénie dans toutts les femmes qui passaient.

Il lui fallut cependant renoncer à tout espoir, quand dix heures sonnèrent à Saint- Jacques du Haut-Pas, et regagner le quai Saint-Michel.

La nuit fut affreuse; et, le lendemain matin, avide de nouvelles, et n'y tenant plus, il alla chez M'°* Henry avant l'heure de son bureau.

Quand il eut tiré le cordon de sonnette bien connu, il entendit du bruit dans la chambre, et, contre son habitude, M""* Henry ne vint pas ournr tout de suite; mais, quand elle parut enfin, par la porte entre-bâillée, les cheveux dépeignés et le peignoir entr'ouvcrt, elle poussa un petit cri de surprise.

f Comment! c'est vous, monsieur Gabriel >... de si bonne heure!... lui dit-elle d'un air gêné. C'est que je ne suis pas seule... Mais ça ne fait rien, entrez tout de même. Vous ferez

la connaissance de mon cousin Robert, voilà tout. »

Et, en s'introduisant dans la chambre en désordre, Gabriel aperçut, commodément installé dans un fauteuil, devant les débris d'un déjeuner, un beau jeune homme blond, qui portait une vareuse déboutonnée où s'enroulait sur la manche le galon d'or des sous-lieutenants de mobiles, et qui fumait tranquillement une cigarette. Un sabre, surmonté d'un képi d'officier, reposait, près de lui, dans l'angle formé par la cheminée et par la muraille.

€ Robert, dit vivement la grande brune en croisant à la hâte son peignoir et en aplatissant à deux mains ses cheveux ébouriffés, Robert, je vous présente M. Gabriel Fontaine. »

Puis, se penchant à l'oreille du militaire, à qui l'arrivée de Gabriel semblait causer un étonnement très-désagréable, elle ajouta à mivoix :

€ Vous savez, Robert, il vient ici pour une de mes amies. »

L'officier, qui s'était levé, s'inclina légère-

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ment et se rassit tout de suite, aprùs avoir lancé au nouveau venu un coup d'oeil plein de mëHance.

Gabriel était au comble de 1 embarras ; si naïf qu'il fût, la parenté de M'"* Henry et du mobile lui apparaissait comme très-douteuse. Il regardait avec un immense dégoût ces assiettes salies et ces bouteilles vides sentant l'orgie, ce lit défait, mal caché par le rideau de Talcôve, cette femme toute débraillée, ce jeune homme fumant là comme chez lui, et songeait que c'était dans ce milieu qu'il avait connu Eugénie. Le contraste du souvenir de l'innocente et délicate jeune femme et de cette scène de gros plaisir sensuel et sans gène faisait naître confusément dans son esprit une foule de pensées douloureuses. Il s'était assis sur le bord d'une chaise et ne trouvait pas un mot à dire.

« Eh bien, mon pauvre monsieur Gabriel, dit tout à coup M"* Henry, j'ai de mauvaises nouvelles à vous apprendre. J'ai vu notre petite amie, hier à quatre heures... Il paraît même que le malin elle s'est trouvée dans la bagarre

près du Corps législatif, et qu'elle a eu une fière peur... Vous savez, ces gens de la campagne... Mais il y a autre chose... Son mari lui a déclaré qu'il ne voulait pas s'empêtrer d'une femme pendant le siège, et qu'il veut l'embarquer, ce soir, pour l'envoyer chez ses parents... Mais qu'est-ce que vous avez donc? Vous êtes tout pâle. »

En effet, Gabriel avait pensé s'évanouir. L'idée d'être séparé d'Eugénie lui avait tordu le cœur. Pessimiste comme tous les amants, il acceptait, comme accompli déjà, le malheur dont on venait de le menacer.

Il voulut sortir, respirer. A la vraie stupeur de l'officier qui continuait à ne rien comprendre, il se leva, chancelant, fit ses adieux d'une voix étouffée, serra la main de M'"* Henry, et s'enfuit à travers les rues joyeuses et inondées de soleil, l'âme bouleversée, les sanglots à la gorge.

A BRI EL ne sut même pas si Eugénie était véritablement partie. Le lendemain et les jours suivants, il essaya plusieurs fois, mais toujours vainement, de revoir M™* Henry. Il apprit par les concierges qu elle n*était presque plus jamais chez elle depuis que son cousin était arrivé avec le bataillon des mobiles de l'Aube, et qu'on ne voyait plus M"* Clément.

Il était au désespoir. Toute la nature qui, par le sublime prestige de Tamour, lui était apparue, pendant ce beau mois d'août, comme un spectacle splendide et tout nouveau, se voilait maintenant à ses yeux d'une brume de deuil. Du reste, la douleur avait sur lui lin-

fluence qu'elle a sur les natures exquises : elle le rendait plus doux encore. Sa tendresse pour sa mère était devenue très-expansive. Il était seulement plus silencieux à son bureau et avec ses camarades.

Cependant les Prussiens étaient sous les murs de Paris, et Gabriel, faisant comme tout le monde, était entré dans la garde nationale. Dans un coin de la salle à manger, dont M™* Fontaine bondait les placards de pots de confitures et de boîtes de sardines, étincelait le canon d'un fusil à tabatière. Tous les jours, Gabriel faisait l'exercice au Luxembourg, et deux ou trois fois par semaine, il allait, les cheveux trop longs sous le képi, le sac au dos et l'arme sur l'épaule, rejoindre son bataillon sur la place du Panthéon, et, de là, monter sa garde à la porte d'Italie.

Il s'était enrôlé dans un bataillon d'ancienne formation, plein de professeurs et de gens décorés, qui ne criait que : Vive la France! et commençait à être signalé comme réactionnaire. Son voisin de peloton était son ancien

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maître de philosophie au lycée Louis-le-Grand, lettré paisible qui, en attendant son tour de faction, tirait de sa poche un Sénèque et le lisait, assis sur le talus des fortirîcations, auprès des faisceaux. Gabriel tenait volontiers compagnie à ce brave homme, dédaignant les parties de bouchon, organisées par les petits boutiquiers, et les histoires africaines du sergent instrucieur , ancien zouave à la barbiche rousse, qui exécutait des tours d'acrobate avec son fusil, et se faisait abreuver de petits verres par tout le monde.

Le chemin que suivaient les gardes nationaux pour se rendre au bastion rappelait à Gabriel des choses bien douloureuses. Lorsque, après avoir remonté la rue Monge, on traversait le boulevard d'Italie, Gabriel, tout en marchant dans son rang, au pas militaire, apercevait, au-dessus d*un mur ruiné, le toit de cette maison où il devait croire qu'Eugénie n'était plus, et il pouvait lire de loin, sur Técriteau, au-dessus de la porte, ces mots qui lui faisaient, tant de mal : Clément, entrepreneur

de charpente. Un peu plus haut, dans le faubourg, le bataillon défilait encore devant la station du chemin de fer de ceinture où Gabriel avait quitté son amie en revenant de leur promenade dans la banlieue. Oh! quelle secousse au cœur chaque fois que Ton passait là!

Cette vie oisive, en plein air, sur le rempart, ne déplaisait pourtant pas à Gabriel, car elle était favorable à la rêverie. Combien de longues heures il y vécut, appuyé sur son fusil de guerre, contemplant ces doux paysages d'automne, alors si tragiques et pleins d'ennemis cachés, mais où l'amant malheureux ne voyait, dans la ligne indécise et lointaine des collines et dans la limpidité légère et pâle du ciel, qu'un reflet de sa mélancolie! Combien de fois, tandis que des fumées d'incendie planaient sur les bois, que les grondements du canon roulaient d'échos en échos, et qu'autour de lui s'agitait la vie tumultueuse des camps, Gabriel resta-t-il absorbé dans un souvenir délicieux et cruel, devant les grottes de feu du soleil couchant !

Gabriel aimait beaucoup aussi les factions

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de nuit, lorsqu'on le laissait seul, près d'une énorme pièce de siège que le vent emplissait d'une sorte de râle, et que ses regards s'abîmaient dans la splendeur du ciel scmc de froides étoiles. Par moments la voix des forts se taisait, et il y avait des intervalles de si profond silence, que Gabriel pouvait entendre distinctement le pas lourd et rhythmé de la patrouille dans le chemin de ronde et la voix de la sentinelle qui criait : Qui vive? Halte au falot! Les nuits de clair de lune surtout, c'était splendide. D'un côté, il avait l'immensité de la campagne, baignée dans une vapeur transparente et bleue, et de Tautre, il voyait les toits du faubourg Saint- Marceau et de la montagne Sainte-Geneviève monter, pareils à d'innombrables degrés d'argent, jusqu'au dôme du Panthéon. C'est devant ce magique décor, c'est dans ces heures de solitude nocturne, où l'air, plus frais et comme purifié, aiguise et exalte l'imagination et les sens, que les sentiments éprouvés et les impressions reçues dans l'ivresse du premier amour revenaient en foule à la pensée de Gabriel. Il

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