‹ Une indépendance en cœur, vaudeville en 1 acteChapitre 4 sur 21 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MARIETTE, puis CYPRIEN.

MARIETTE. A l-cllo une dride de manière de parler!... Ali! v'Ili monsieur Grabolot qui ouvre sa porte I... je vas un peu l'arranger.

CYPRIEN, en robe de chambre et en bonnet de coton n’veant te montrer. Mariette!

Mariette, frh-htJpiiNiiftf. De quoi ?

cyprien. Don ne- moi mon paletot.

Mariette, mime jeu. Il u’est pas encore brossé.

cyprien. Ab! sapristi!... moi qui voulais profiter de ce que mes compagnons de voyage ne sont pas encore levés, pour aller voir la mer... Depuis huit jours que je suisi Dieppe, je n’ai pas encore pu me procurer ce plaisir.

Mariette. Ali! vous avez bien le temps!...

et mes lettres?

cyprien, don nuit/ trou lettree pliées. Les voici... Sais-tu que je me suis couché à minuit, pour répondre à la famille?

MARIETTE. Dame! je ne sais pas écrire-...

mais t’est pas de ça qu’il s’agit... j’ai à vous entretenir.

cyprien. Est-ce que tu as une lettre de ta maîtresse?

MARIETTE. Dû tout... C’eSt pour IIIOD compte que je vidas causer avec vous.

CYPRIEN, regardant de tous côtés acte inquiétude. Parle, je t’écoute.

MARIETTE. Depuis deux ans que vous en contez ii madame Belhomme. ma bourgeoise, c’est moi qui lui remets vos lettres et qui vous apporte les siennes.

cyprien. Tais- toi. .. Si monsieur Bclboinine se doutait, si le petit Coco l’entendait, il répéterait tes paroles... il est si bavari... et si godiche.

MARIETTE. Yotu savez bien que Coco ne peut pas bouger.

cyprien. Heureusement... car j’ai le malheur d’élre tellement chéri rie ce petit monstre, qu’il est toujours sur mes lanil*... niais depuis qu’il s’est brûlé, il est sans cesse assis près de la fenêtre en face, et U voit tout ce

qui se passe ici... Où diable monsieur Belhomme a-t-il eu l’idée de sc taire le parrain d’un petit être aussi insupportable?

Mariette. Quand on n’a pas d’enfants à soi, ou en prend où l’on peut!... Je disais donc que je me chargeais de la correrpon ■ dance, au risque de perdre ma place... cl vous oies la pour dire que je ne vous ai jamais rien demandé pour un si grand service.

cyprien. C’est vrai., mais tu me fais faire ta correspondance, U s comptes... enfin toutes tes écritures.

Mariette. C’est bien natorel... malt je n’en su s pas là-dessus... mes reproches sont Il propos de coque, taudis que je m'expose il toutes sortes d'avanies pour VOUA, vous ne craignez pus de faire mon malheur.

cyprien. Ton malheur... comment cela?

Mariette. En détournant un jeune homme de la bonne roule.

cyprien. Moi?... j’ai détourné...

Mariette. Certainement. .. Jacques , le garçon d'ici, mordait au conjungo... c’est que le garçon en général mord peu au conjungo... surtout quand on n'a pas d'autres appas*que ses appas.

ctpniEN. Je vois ce que c'est... mon discours d’hier lui a ouvert les yeux.

Mariette. Je vous prie, monsieur, de ne pas vous mêler de ces choses- là... les garçons qui prennent les filles les yeux fermés, faut pas les leur ouvrir.

CYPRIEN. C’est convenu!

Mariette. Tout ça c’est bel et bon... mais v’ià Jacques effarouché et pour le remettre dans la bonne voie...

cyprien. Fais la coquette.

Mariette. Ça ne sera pas suffisant.

Atn : Ne soit-tu pot, jeune imprudent.

V nui* bea sût' qu’il ««tait galant

S’il n' a'agi*»ait que J' badinage;

Mai* si me faudrait Je l'argent

Pour aller jusqu'au mariage.

Cffin.

Quoi l l'on traiterait déioraaaia Si imI « tien légitime,

Qu'une fille arec Vft aurait*.

Ne ae placerait qu'avec prime? .

Quoi ! l’on t* demanda une prime?

Mariette. Mon Dieu! si j’avais seulement trois cent > francs eu or... j’y songe... mats mon parrain Crapotard a des économies...

vous allez y écrire. • cyprien. Eiicure une lettre ?

MARIETTE. Certainement... vous lui demanderez de ses nouvelles ainsi que de sa femme, de ses enfants et toutes ses bêtes. .. vous lui direz que je voyage avec madame et monsieur, que ça in’a procuré d- ux fluxions, que je me suis purgée quatre fois cet hiver etenün qu'il inc faut trois cents francs pour me marier... Une lettre bien longue.

cyprien. Eh bien ! écoule... je préfère te donner moi -même les trait cents francs en or...

MaBICTTE. Ah! je le préfère aussi... Monsieur Cyprien, vous pouvez vous vanter que

vous vene* de renouveler on bail avec ma discrétion.

CYPRIEN, à part. Moyennant un pot de vin. ( Haut et allant ouvrir la fenêtre.*) A-t-on prévenu le nouveau voyageur que son ami Grahulot était dans cet hôtel?

MARIETTE. Oui, monsieur... et il ne peut tarder de sortir de sa chambre, car il vient de sonner. (On entend rire dehors par la fenêtre.)

CYPRIEN, fermant vite la fenêtre. Ab !

fichtre !.. . je ne pensais plus à mon costume, et je viens d'étre aperçu par ce petit brigand de Coco.. . Il va dire à sa mère que je porte des bonnets de coton, et cette femme poétique les a en horreur f... [A Mariette.) Aussi, tu n? me donnes pas mon paletot...

Mariette, le lui donnant et emportait la robe de chambre et le bonnet de coton. I/ï voici l (4 part.) Je couvrirai d’or l'indépendance de Jacques... ça l'étouffera... l’indépendance! {Elle sort par le fond.)

Page 1