LA CONCIERGERIE
sauver le berceau de Paris, le berceau des rois, en vous occupant de doter Paris et la cour souveraine d'un palais digne de la France ! C'est une question à étudier pendant quelques années avant de rien commencer. Encore une ou deux prisons de bâties 9 comme celle de la Roquette , et le palais de saint Louis sera sauvé.
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Aujourd'hui bien des plaies affectent ce gigantesque monument enfoui sous le palais et sous le quai , comme un de ces animaux antédiluviens dans les plâtres de Montmartre ; mais la plus grande, c'est d'être la Conciergerie! Ce mot, on le comprend. Dans les premiers temps de la monarchie, les grands coupables, car les villains ( il faut tenir à cette orthographe qui laisse au mot sa signification de paysan ) et les bourgeois appartenant à des juridictions urbaines ou seigneuriales , les
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pofsesseurs des grands ou petits fiefs étaient amenés aa roi et gardés à la Conciergerie.
Comme on saisissait peu de ces grands coupables , la Conciergerie suffisait à la justice du roi. Il est difficile de savoir précisément l'emplacement de la primitive Conciergerie.
Néanmoins , comme les cuisines de saint Louis existent encore , et forment aujourd'hui ee qu'on nomme la Souricière , il est à présumer que la Conciergerie primitive devait être située là où se trouvait, avant 1825, la Conciergerie judiciaire du parlement , sous l'arcade à droite du grand escalier ext^ieur qui mène k la cour royale. De là , jusqu'en 1825, partirent les condamnés pour aller subir leurs supplices. De là sortirent tous les grands criminels, toutes les victimes de la politique , la maréchale d'Ancre eomme la reine de France, Semblançay conune Malesherbes , Damiens comme Danton , Desrues comme Castaing. Le cabinet de Fouquier-Tinville, le même que celui actuel du procureur du roi, se trouvait placé de manière à ce qu'il pût voir défiler dans leurs charrettes les gens que le tribunal
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révolutionnaire venait de condamner. Cet homme fait glaive pouvait ainsi donner un dernier coup d*œil à ses fournées.
Depuis 1825, sous le ministère de M. de Peyronnet, un grand changement eut lieu dans le Palais. Le vieux guichet de la Conciergerie , où se passaient les cérémonies de l'écrou et de la toilette , fut fermé et transporté où il se trouve aujourd'hui, entre la tour de FHorloge et la tour de Montgommery , dans une cour intérieure indiquée par une arcade. A gauche se trouve la Souricière ^ à droite le guichet. Les paniers k salade entrent dans cette cour assez irrégulière, et peuvent y rester, y tourner avec facilité, s'y trouver, en cas d'émeute, protégés contre une tentative par la forte grille de l'arcade ; tandis qu'autrefois ils n'avaient pas la moindre facilité pour manœuvrer dans l'étroit espace qui sépare le grand escalier extérieur de l'aile droite du Palais. Aujourd'hui la Conciergerie, à peine suffisante pour les accusés ( il y faudrait de la place pour trois cents personnes, hommes et femmes), ne reçoit plus ni prévenus, ni détenus, excepté
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dans de rares occasions , comme celle qui y faisait amener Jacques GoUin et Lucien. Tous ceux qui y sont prisonniers doivent comparaître en cour d'assises. Par exception, la magistrature y souffre les coupables de la haute société qui , déjà suffisamment déshonorés par un arrêt de cour d'assises, seraient punis au delà des bornes, s'ils subissaient leur peine à Melun ou à Poissy. Ouvrard préféra le séjour de la Conciergerie à celui de Sainte -Pélagie. En ce moment, le notaire Lehon, le prince de Bergues y font leur temps de détention, par une tolérance arbitraire, mais pleine d'humanité.
UNE IRSTRUCTIOlf CRIMIRBLLI.
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Manière de — «crvir die <o«t e*l«.
GéDéralement les prévenus, soit pour aller, en argot de palais, à Finstruction , soit pour comparaître en police correctionnelle, sont versés par les paniers à salade directement à la Souricière. La Souricière, qui fait face au guichet, se compose d'une certaine quan> tité de cellules pratiquées dans les cuisines de saint Louis, et où les prévenus extraits de leurs prisons attendent l'heure de la séance du tribunal ou l'arrivée de leurs juges d'instruction. La Souricière est bornée au nord
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par k qmi , à l'o^t par le eorfis de garde de la gard^ nmnicipale, à l'ouest par la cour de k Goimergme^ et au saidi par une immense satte ifiwlée (aaBs doute Taneienne salle des ieftt^), entière sans, destination. Au-dessus de k Sottricière s'étend un corps de garde lalérieur, ayant vue par une eroisée sur la e«ur de la Coaeiergerie ; il est occupé par k geadarmerie départenientale et Fesealier y aboutit. Quand l'heure du jugement sonne^ ks huissiers, vienaeiit faire l'appel des pré- YtiHis, ks gendarmes descendent en nombre égal k celui des prévenus, chaque gendarme prend un prévenu soua le bras ; et , ainsi aaeeapks, lia gravisaeiit l'escalier, traversent le eeirpa de garde , et arrivent par des coukirs dans» une pièce eontiguë à la salle où siège k fameuse sixième chambi^e du tribunal, irkqudle est dévolue l'audience de la poliee QOirre<^annelk. Ce chemin est celui qiie pvenneiit aussi les accusés pour aller de k Cmickrgerie à l'audience , et pour en re*
Dans la salle des Pas-Perdus , entre la porte de la premi^e ehambre du tribunal
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de première instance et le perron qui mène à la sixième, on remarque immédiatement, en s'y promenant pour la première fois, une entrée sans porte, sans aucune décoration d'architecture, un trou carré vraiment ignoble. C'est par là que les juges , les avocats pénètrent dans ces couloirs, dans le corps de garde , descendent à la Souricière et au guichet de la Conciergerie. Tous les cabinets des juges d'instruction sont situés à différents étages dans cette partie du palais. On y parvient par d'affreux escaliers, un dédale où se perdent presque toujours ceux à qui le palais est inconnu. Les fenêtres de ces cabinets donnent les unes sur le quai, les autres sur la cour de la Conciergerie. En 1850, quelques cabinets de juges d'instruction avaient vue sur la rue de la Barillerie.
Ainsi , quand un panier à salade tourne à gauche dans la cour de la Conciergerie, il amène des prévenus à la Souricière ; quand il tourne à droite , il importe des accusés k la Conciergerie. Ce fut donc de ce côté que le panier à salade où se trouvait Jacques CoUin se dirigea pour le déposer au guichet.
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Rien de plus formidable. Criminels ou visiteurs aperçoivent deux grilles en fer forgé, séparées par un espace d'environ six pieds, qui s'ouvrent toujours l'une après l'autre, et à travers lesquelles tout est observé si scrupuleusement , que les gens h qui le permis de visiter est accordé passent cette pièce à travers la grille, avant que la clef ne grince dans la serrure. Les magistrats instructeurs, ceux du parquet eux-mêmes , n'entrent pas sans avoir été reconnus. Aussi , parlez de la possibilité de communiquer ou de s'évader !... le directeur de la Conciergerie aura sur les lèvres un sourire qui glacera le doute chez le romancier le plus téméraire dans ses entreprises contre la vraisemblance.
On ne connaît, dans les annales de la Conciergerie, que l'évasion de La Valette ; mais la certitude d'une auguste connivence, aujourd'hui prouvée , a diminué sinon le dévouement de l'épouse, du moins le danger d'un insuccès. En jugeant sur les lieux de la nature des obstacles , les gens les plus amis du merveilleux reconnaîtront qu'en tout temps ces obstacles étaient ce qu'ils sont encore,
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invineibles. Aucune expression ne peut dé* peindre la force des murailles et des voûtes, il faut les voir. Quoique le pavé de la coup soit en contre-bas de celui du quai, lorsque vous franchissez le guichet, il faut encore descendre plusieurs marches pour arriver dans une immense salle voûtée dont les puissantes murailles sont ornëes de colonnes magnifiques, et sont flanquées de la tour de Montgommery, qui fait partie aujourd'hui du logement du directeur de la Conciergerie , et de la tour d'Argent , qui sert de dortoir aux surveillants, guichetiers ou porte-^ elefs, comme il vous plaira de les appeler.
Le nombre de ces employés n'est pas* aussi considérable qu'on peut l'imaginer ( ils sont vingt); leur dortoir, de même que leur coucher, ne diffère pas de celui de la piatok. Ce nom vient sans doute de ce que jadis les pri* sonniers donnaient une pistole par semaine pour ce logement, dont la nudité rappelle les froides mansardes que les grands hommes sans fortune commencent par habiter k Paris.
A gauche, dans eette vaste salle d'entrée , se trouve le greffe de la Goneiergerie, espèce de
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bureatt formé par des vitrages» ou siègent le directeur et sou greffier, ou sont les registres d'éeroQ. Là , la prévenu , Taccusé sont in- •erits , décrits et fouillés, hk , se décide la question du Ic^ement, dont la solution dépend de la bourse du patient. En face du guichet de cette salle, on aperçoit une porte vitrée, celle d'un parloir où les parents et lea avocats oommuniquent avec les accusés par un guichet à double grille en bois. Ce parloir tire son jour du préau, le lieu de promenade intérieure où les accusés respirent au grand air et font de Fexercice à des heures déterminées.
Cette grande salle, éclairée par le jour douteux de ces deux guichets , car Tunique croisée donnant sur la cour d'arrivée est entièrement prise par le greffe qui Tencadre, présente aux regards une atmosphère et une lumière parfaitement en harmonie avec les images préconçues par Timagination. C'est d'autant plus effrayant que, parallèlement aux tours d'Argent et de Montgommery, vous apercevez ces cryptes mystérieuses , voûtées , formidables , sans lumière , qui
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tournent autour du parloir, qui mènent aux cachots de la reine, de madame Elisabeth, et aux cellules appelées les secrets. Ce dédale en pierre de taille est devenu le souterrain du Palais de Justice , après avoir vu les fêtes de la royauté. De 4825 k 4852, ce fut dans cette immense salle, entre un gros poêle qui la chauffe et la première des deux grilles, que se faisait l'opération de la toilette. On ne passe pas encore sans frémir sur ces dalles, qui ont reçu le choc et les confidences de tant de der niers regards.
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Comment on ècrovt
Pour sortir de son affreuse voiture , le moribond eut besoin de l'assistance de deux gendarmes, qui le prirent chacun sous un bras, le soutinrent et le portèrent comme évanoui dans le greffe. Ainsi traîné, le mourant levait les yeux au ciel, de manière à ressembler au Sauveur descendu de la croix.
Certes, dans aucun tableau, Jésus n'offre une face plus cadavéï'ique , plus décomposée que ne l'était celle du faux Espagnol : il semblait près de rendre le dernier soupir. Quand il fut
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assis dans le greffe, il répéta d'une voix défaillante les paroles qu'il adressait à tout le monde, depuis son arrestation :
— Je me réclame de Son Excellence l'ambassadeur d'Espagne...
— Vous direz cela, répondit le directeur, à M. le juge d'instruction.
— Ah ! Jésus, répliqua Jacques CoUin en soupirant. Ne puis-je avoir un bréviaire? Me refusera-t-on toujours un médecin? Je n'ai pas deux heures à vivre.
Carlos Herrera devant être mis au secret, il fut inutile de lui demander s'il réclamait les bénéfices de la pistole, c'est-à-dire le droit d'habiter une de ces chambres ou l'on jduit du seul eonfort permis par la justiœ. Ces chambres sont situées au bout du préau dont il sera question plus tard. L'huissier et le greffier remplirent de concert et fiegmatiquement les formalités de l'éeroti.
— M. le directeur, dit Jacques Collin en baragouinant le français, je suis mourant, vous le voyez. Dites, si vous le pouver, dites surtout le plus tôt possible , à ce monsieur juge, que je soUieite comme une faveur ee
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qu'un crimind devrait le plus redouter, de pâNiltre deyant lui dès qu'il sera yeDii ; car mes soHffirances sont vraîment intolérables , et dès qae je le Terrai, toute erreur cessera . . .
Règle générale, les criminels parlent tous d'erreuir ! AUeos dans les bagnes, questionnez-y les condannés : ils sont presque tous vîetinies d'une erreur de la justice. Aussi ce mot fait-il sonrire imperceptiblement tous eeux qui sont en comtact ^rm des prévenus, des accusés ou defe condamnés»
*— Je pois pi^rler de ToU*e rédamatîon au juge d'instruction, répondit le directeur.
-^ Je vous bénirai donc, monsieur, répliqua l'Sspagnd en levant les yeux au ciel.
AussAdt écroué, Carlos Herrera, pris sous c^jiaqtoe bras par deux gardes municipaux secompagnés d'un surveillant, à qui le directeur désigna ^hii des secrets «ù devait être k*ênfermé le prévenu , Ait conduit par le dédnie souterrain de la Conciergerie dans une efaambue très^aine,'quoi qu'en aient dit oer^ tains philanthropes, mats sans communîcatîons possibles.
Quand il «ut disparu, les sut^eillan^ts, le
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directeur de la prison, son grdBer, l'huissier lui-même, les gendarmes se regardèrent en gens qui se demandent les uns aux autres leur opinion, et sur toutes les figures se peignit le doute ; mais, à l'aspect de l'autre prévenu, tous les spectateurs revinrent à leur incertitude habituelle , cachée sous un air d'indifférence.
A moins de circonstances extraordinaires, les employés de la Conciergerie sont peu curieux, les criminels étant pour eux ce que les pratiques sont pour les coiffeurs. Aussi , toutes les formalités dont l'imagination s'épouvante s'acGomplissent-elles plus simplement que des affaires d'argent chez un banquier, et souvent avec plus de politesse.
Lucien présenta le masque du coupable abattu, car il se laissait faire, il s'abandonnait en machine. Depuis Fontainebleau, le poète contemplait sa ruine, et il se disait que l'heure des expiations avait sonné. Pâle, défait, ignorant tout ce qui s'était passé pendant son absence chez Esther, il se savait le compagnon intime d'un forçat évadé. Cette situation suffisait à lui faire apercevoir des
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catastrophes pires que la mort. Quand sa pensée enfantait un projet, c'était le suicide. Il voulait échapper à tout prix aux ignominies qu'il entrevoyait comme un rêve pénible.
Jacques Goliin fut placé, comme le plus dangereux des deux prévenus , dans un cabanon tout en pierre de taille , qui tire son jour d'une de ces petites cours intérieures , comme il s'en trouve dans Tenceinte du palais, et situé dans l'aile ou le procureur général a son cabinet. Cette petite cour sert de préau au quartier des femmes. Lucien fut mené par le même chemin , car, selon ses ordres, le directeur eut des égards pour lui, dans un cabanon contigu aux pistôles.
CoauacMt !•• d«ux prén«nu* p»«nii«nl. I««r
Généralement, les personnes qui n'auront jamais de démêlés avec la justice conçoireDl les idées les plus noires sur la mise au secret. L'idée de justice criminelle ne se sépare point des vieilles idées sur la torture ancienne, sur l'insalubrité des prisons, sur la froideur des murailles de pierre d'où suintent des larmes, sur la grossièreté des geôliers et de la nourriture , accessoires obligés des drames ; mais il n'est pas inutile de dire ici que ces exagérations n'existent qu'au théâtre, et font sourire les
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magis^to, les avocats, et ceux qui, par curiosité, visitent les prisons, ou qui viennent les observer.
Pendant longtemps ce fut terrible. Il est certain que les accusés étaient, sous l'ancien parlement, dans les siècles de Louis XIII et de Louis XIV, jetés péle-méle dans une espèce d'entre-sol au-dessus de l'ancien guichet. Les prisons ont été l'un des crimes de la révolution de 1789, et il suffît de voir le cachot de la reine et celui de madame Elisabeth pour concevoir une horreur profonde des anciennes formes judiciaires. Mais aujourd'hui, si la philanthropie a fait à la société des maux incalculables, elle a produit un peu de bien pour les individus. Nous devons à Napoléon notre code criminel, qui, plus que le code civil, dont la réforme est en quelques points urgente, sera l'un des plus grands monuments de ce règne si court. Notre nouveau droit criminel ferma tout un abîme de souffrances.
Aussi ,^ peut-on affirmer qu'en mettant à part les affreuses tortures morales auxquelles les gens des classes supérieures sont en proie en se trouvant sous la main de la justice, l'action
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de ce pouvoir est d'une douceur et d'une simplicité d'autant plus grandes qu'elles sont inattendues. L'inculpé, le prévenu ne sont certainement pas logés chez eux, mais le nécessaire se trouve dans les prisons de Paris. D'ailleurs, la pesanteur des sentiments aux* quels on se livre àte aux accessoires de la vie leur signification habituelle. Ce n'est jamais le corps qui souffre. L'esprit est dans un état si violent que toute espèce de malaise, de brutalité, s'il s'en rencontrait dans le milieu ou l'on est, se supporterait aisément. Il faut admettre, à Paris surtout, que l'innocent est promptement mis en liberté.
Lucien, en entrant dans sa cellule, trouva donc la fidèle image de la première chambre qu'il avait occupée à Paris, à l'hôtel Cluny. Un lit semblable h ceux des plus pauvres hôtels garnis du quartier Latin, des chaises foncées de paille, une table et quelques ustensiles composaient le mobilier de l'une de ces chambres, où souvent on réunit deux accusés, quand leurs mœurs sont douces et leurs crimes d'une catégorie rassurante, comme les faux et les banqueroutes. Cette ressem-
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blance entre son point de départ, plein d*innoeence, et le point d'arrivée, dernier degré de la honte et de l'avilissement, fut si bien saisie par un dernier effort de sa fibre poétique, qu'il fondit en larmes. Il pleura pendant quatre heures, insensible en apparence comme une figure de pierre, mais souffrant de toutes ses espérances renversées, atteint dans toutes ses vanités sociales écrasées, dans son orgueil anéanti, dans tous les moi que présentent l'ambitieux , l'amoureux , l'heureux, le dandy, le Parisien, le poëte, ie volupteux et le privilégié. Tout en lui s'était brisé dans cette chute icarienne.
Carlos Herrera, lui, tourna dans son cabanon, dès qu'il y fut seul, comme l'ours blanc du Jardin des Plantes dans sa cage. Il vérifia minutieusement la porte et s'assura que, le judas excepté, nul trou n'y avait été pratiqué. Il sonda tous les murs, il regarda la hotte par la gueule de laquelle venait une faible lumière, et il se dit : « Je suis en sûreté ! » Il alla s'asseoir dans un coin où l'œil d'un surveillant appliqué au judas h grillage n'aurait pu le voir. Puis, il ôta sa perruque
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et y dëcolla promptement un papier qui en garnissait le fond. Le côté de ce papier en communication avec la tête était si crasseux, qu'il semblait être le tégument de la perruque. Si Bibi-Lupin avait eu l'idée d'enlever cette perruque pour connaître l'identité de l'Espagnol avec Jacques Collin, il ne se serait pas défié de ce papier, tant il paraissait faire partie de l'œuvre du perruquier. L'autre côté du papier était encore assez blanc et assez propre pour recevoir quelques lignes.
L'opération difficile et minutieuse du décollage avait été commencée à la Force; deux heures n'auraient [>as suffi, la moitié de la journée y avait été employée la veille. Le prévenu commença par rogner ce précieux papier de manière à s'en procurer une bande de quatre à cinq lignes de largeur, il la partagea en plusieurs morceaux ; puis, il remit dans ce singulier magasin sa provision de papier, après en avoir humeeté la couche de gomme arabique à l'aide de laquelle il pouvait rétablir l'adhérence. II chercha dans une mèche de cheveux un de ces crayons , fins comme des tiges d'épingle, dont la fabrica-