CHAPITRE PREMIER
privé de beaucoup de défauts, mais je cache ces sentiments dans mon cœur'. »
(( Je crains que ce manque d'union ne s'étende plus loin que sur les sujets publics » , ajoute mélancoliquement son interlocuteur.
« Il faut prendre l'esprit de son état » , écrivait un jour Frédéric II à Voltaire. Guillaume V ne sut jamais prendre l'esprit de son état.
L'éducation du prince l'avait, il faut le dire, mal préparé à accomplir son rôle. Orphelin à trois ans, par la mort de son père, il avait dans sa première enfance, jusqu'à onze ans, été élevé par sa mère, Anne d'Angleterre, gouvernante légale des Provinces pendant la minorité de son fils. Passionnément attachée à sa contrée natale, la fille de George II avait tout fait pour maintenir et grandir aux Pays-Bas l'influence britannique. Fermement convaincue de ses droits quasi monarchiques, elle s'était efforcée de réduire par les menaces ou par la force les villes qui réclamaient leur indépendance.
Restée fidèle à la politique constante des stathouders, elle avait été jusqu'à répondre à un discours sur l'état précaire de la marine par ces mots : u Je me suis fait un point d'honneur de ne consentir à aucun armement maritime, sans avoir
' Sir Jame3 Harris au marquis de Garmartlien, 2 septembre et 16 septembre 1785. Diaries, II, 139 et 147.
obtenu Taugmentation que j*ai demandée dans les forces de terre. »
La princesse avait d'abord été aidée, puis remplacée dans sa tàcbe par le duc Louis de Brunswrick-WoIfenbiittel ' , chargé de la tutelle du Stathouder et nommé, en 1759, son représentant comme capitaine général de l'Union, sous la promesse « qu'il ne se mêlerait absolument d'aucunes afiaires concernant la religion, la police, les finances ou la justice* » .
Le duc de Brunsvsrick, ambitieux et intrigant, avait bien vite oublié le serment solennel qu'il avait prêté ; son action directe et permanente dans le gouvernement n'avait pas même pris fin avec la minorité de son pupille'. Il avait cessé d'être son représentant comme capitaine général. Il avait reçu avec émotion les félicitations des États et la promesse qu'une pension de 60,000 florins lui serait maintenue. Il avait même accepté la somme de 61 1 ,000 florins que les Provinces et le Stathouder lui avaient offerte, en reconnaissance de ses services^; mais il avait persisté à prendre part à la politique, à se mêler de tout, à donner ou à imposer son avis sur tout.
^ Louis-Ernest de Brunswick-Wolfenbiittel, né en 1718, était l'oncle du duc Cbarles-Guillaume, général en chef de Tarmée prussienne en 1790.
* Instructions de L. H. P„ article VII.
S Le 8 mars 1766.
^ Le Stathouder avait contribué à cette œuvre pour 200^000 fl..