‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 100 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

titions par des pétitions contraires. L'obstination des charpentiers et des maçons d'Amsterdam déjouait ses calculs et ne servait qu'à ses adversaires. Mais le ministre anglais avait trop de courage pour se laisser abattre par des insuccès même répétés. La question des rapports entre la bourgeoisie et les conseils n'en restait pas moins en suspens. Tandis que sir James Harris travaillait, sans grand succès, à maintenir l'accord des aristocrates et du Stathouder, M. de Yérac insistait, dans toutes ses dépêches, sur la nécessité pour la France de conserver l'appui d'Amsterdam. « La position serait effrayante, on peut même dire désespérée, si nous avions contre nous la ville d'Amsterdam. Heureusement, elle s'est déclarée hautement en notre faveur, non par son conseil dont la majorité nous est encore contraire, mais par une démarche vigoureuse de la bourgeoisie qui, sans sortir des bornes de Tordre et de la décence, en a imposé aux régents malintentionnés. » Cette démarche décente de la bourgeoisie à laquelle M. de Vérac faisait ici allusion était une imitation des assemblées solennelles d'Utrecht. Les bourgeois d'Amsterdam s'étaient présentés en nombre très-considérable devant l'Hôtel de ville, et, par l'organe de l'un des colonels de la milice, avaientdemandé au conseil d'adopter des mesures de conciliation. Le bourgmestre Hooft leur répondit; c'était un vieillard respectable dont la famille jouait depuis deux cents

ans un rôle très-considérable. Patriote zélé, il désirait voir s'établir l'accord proposé par les bourgeois. « Vos représentations sont justes » , dit-il; u la patrie est sans doute en danger, soutenez-moi, et je vous soutiendrai. Ma voix et celle de quelques bons régents seront bien vite étouffées si la bourgeoisie ne persévère pas dans les résolutions qu'elle vient de prendre. » La bourgeoisie avait décidé de poursuivre sans relâche ses revendications. Elle obtint une première fois gain de cause. Devant cette manifestation imposante, le conseil d'Amsterdam consentit à la nomination d'un délégué, chargé de représenter la ville dans une commission réunie par les États de Hollande, pour écouter les plaintes des bourgeois.

A Versailles même, on étudiait ces plaintes avec grand soin. M. de Rayneval faisait rapports sur rapports. M. de Montmorin ne craignait pas d'appeler à maintes reprises l'attention du Roi sur cette grave question. L'arrivée à Paris du rhingrave de Salm dut contribuer encore à fixer les esprits sur ce sujet. Le Rhingrave se présentait chargé de deux missions. Gomme ambassadeur de la ville d'Utrecht, il venait demander des secours à « Tallié et au protecteur de la constitution libre de la République» ; comme délégué des corps de bourgeoisie, il venait soumettre à la cour de France les plans qu'il avait formés pour sauver l'État et résoudre les difficultés. Il avait vingt moyens à proposer pour en sortir.

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