‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 102 sur 167 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Il ne peut donc être question que de tempérer l'aristocratie. La province de Hollande est gouvernée par une aristocratie de familles. Les bourgeois n'y sont rien, et leur nullité les blesse et leur rend leurs régents odieux. » Le Roi, d'après M. de Rayneval, ne pouvait intervenir dans cette querelle que s'il y était directement sollicité. Il était dangereux d'en remettre la solution au seul Rhingrave. « M. le Rhingrave est étranger en Hollande. Il n'a à sa dévotion que les bourgeois ou, pour mieux dire, les démagogues ; il cherchera donc à faire prévaloir leur système. » Mais ne pouvaiton pas obtenir des États de Hollande une demande de médiation du Roi sur ce point? Il faudrait, dans ce cas, que le Roi « fût le maître de donner aux bourgeois telle impulsion qu'il jugerait à propos ; qu'il pût modérer l'ardeur des démocrates; être l'arbitre, en un inot, de la nouvelle constitution à donner aux villes de la Hollande » . M. de Rayneval concluait par un exposé de ce projet de constitution : « Les bourgeois, divisés par quartiers, nommeraient des tribuns, qui seraient appelés représentants ou constitués. Ces tribuns éliraient les conseillers choisis soit pour la vie, soit pour un certain nombre d'années. » « Il faudra, autant que possible, conserver aux familles patriciennes les avantages actuels n , disait Rayneval en terminant. « Ce sera un excellent moyen de conciliation. Le peuple doit être satisfait, en obtenant l'élection.

parce qu'il aura le droit de choisir entre les différents candidats. »

L'histoire présente d'étranges contrastes. Quand Louis XVI s'efforçait, en 1787, de préparer pour les Pays-Bas une constitution républicaine, il ne prévoyait guère que, cinq ans plus tard, la vieille monarchie française aurait sombré dans une tourmente plus terrible que celle qui secouait les Provinces-tlnies, et que la France elle-même serait gouvernée par des démagogues plus dangereux que ceux qui voulaient dominer Amsterdam.

L'intensité de la crise, dans cette ville, allait chaque jour croissant. Les corps de bourgeoisie résolurent d'en hâter le dénoûment. Le 3 avril, ils présentèrent au Conseil une pétition pour se plaindre que l'on eût modifié la députation de la cité aux États de Hollande, de manière à faire pencher la balance en faveur du Stathouder. Le plein succès de leurs représentations encouragea les bourgeois. Le 21, vers les onze heures du matin, les compagnies de la milice se réunirent dans leursdifférents quartiers; six compagnies allèrent prendre poste à l'Hôtel de ville. Les conseillers s'y trouvaient rassemblés. Jusqu'à deux heures, on ne leur présenta aucune pétition. Ils allaient se séparer. On les pria de rester en séance, pour recevoir une députation de la bourgeoisie. Une requête imprimée fut remise au bourgmestre Hooft par les délégués qui se retirèrent aussitôt. La bourgeoisie

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