CHAPITRE SIXIEME
d'Angleterre. « I.e bal a effectivement eu lieu, et il n'y a eu que le motif de changée » Est-il besoin de dire que l'ambassadeur de France accusait son rival de répandre l'argent à pleines mains ? « Il vient de recevoir d'Angleterre quatre-vingt mille livres sterling. » Sir James Harris, de son côté, affirmait rester bien au-dessous de la vérité en parlant d'une somme de plus d'un million dépensée par M. de Vérac, pendant la dernière quinzaine. Avant même de connaître le dernier succès des patriotes, Montmorin s'exprimait fort légèrement sur le compte du Stalhouder, auquel il ne fallait pas donner trop d'importance, d'après lui. « L'indifférence du Roi pour M. le prince de Nassau est telle, que son intention est que vous vous refusiez à toute ouverture. Le Roi n'a aucune négociation à entamer avec un simple officier de la République. Il est bon de mettre M. le prince de Nassau à sa place et de détruire l'illusion qui continue de l'égarer. M — « Lesaffiiires se soutiennent dans le meilleur état et s'acheminent vers leur point de perfection » , répondit Vérac à cette dépêche. C'était passer un peu vite du pessimisme à l'optimisme. Qu'eût dit sir James Harris en lisant la lettre de l'ambassadeur de France? Le ministre anglais était « obsédé » par la pensée des efforts faits par le cabinet de Versailles pour remporter la victoire.
1 vérac à Montmorin, 28 arrii 1787.
« Réduire ce pays est le premier objet de la politique française. Elle le considère comme un instrument dont elle se servira dans ses vues hostiles contre l'Angleterre*. » Le retour précipité du rhingrave de Salin, le consentement à d'énormes subsides, tout prouvait, d'après sir James Harris, que la France n'épargnerait rien pour triompher. Le rhingrave de Salm n'était pas revenu seul en Hollande. M. de Montmorin y avait envoyé un nouvel agent. Le chevalier de Bourgoing n'avait aucune mission officielle. Il voyageait pour son instruction, pour compléter les vues que le ministre avait bien voulu lui donner sur l'état des affaires dans les Provinces-Unies. En fait, il était chargé de surveiller le Rhingrave, de conseiller Vérac, de travailler à un accord définitif entre les bourgeois et les régents. Dès son arrivée, il avait une conversation intéressante avec M. de Thulemeyer, ministre ordinaire de Prusse. « Il m'a dit que le Roi son maître lui parlait de moi; que ce monarque semblait espérer que ma mission aurait une heureuse influence. » Bourgoing feignit l'étonnement : « Mon voyage ne mérite de fixer l'attention de personne, encore moins celle d'une tête couronnée. M. de Thulemeyer a mis dans cette conversation autant d'onction que j'ai affecté d'y mettre de froideur*, n
» Diarles, 11,294.
^ Le chevalier de Bourgoing à Montmorin, il mai 1787.