CHAPITRE SEPTIÈME
gents ' » avaient attaqué hostilement et traîtreusement les troupes régulières, se voyait forcé de reconnaître son erreur et peignait en vives couleurs la défaite des orangistes : « L'exemple du colonel, qui prit la fuite, entraîna ses gens, qui jetèrent fusils, havre-sacs, chapeaux, drapeaux , et allèrent se cacher dans les granges etdans les maisons. » Pour atténuer ces tristes détails, le Courrier du Bas-Rhin s'indignait, dans son numéro suivant, contre la cruauté des patriotes qui avaient refusé de panser les blessures d'un cavalier, à moins qu'il n'adoptât leurs idées : « Laissez donc couler le sang » , répondit ce brave homme à ces fanatiques cruels.
Ce n'était pas en inventant des faits divers émouvants que les partisans de Guillaume V pouvaient atténuer l'effet produit par l'ouverture des hostilités. A Amersfoort même, certains députés de la noblesse et du clergé protestèrent contre la conduite du Stathouder et allèrent se joindre aux délégués des villes. En Hollande, sur la nouvelle des premiers combats, les États avaient pris des mesures décisives . Le gén éral Van Ryssel , comman dant le K cordon militaire » qui défendait la province, reçut l'ordre de se porter en avant ; la légion de
* «Nous nous servons du terme d^insurgentSy avec lequel on a d'abord désigné les Anglo- Américains, parce qu'en effet ce qui se passe aujourd'hui dans les Provinces-Unies n'est que la petite pièce, qui parait avoir été destinée à paraître à la suite du grand drame qu'on a fait représenter dans le Nouveau Monde. « (Courrier du Bas-Rhin^ 16 mai 1787.)
Salm, conservée au service des patriotes par une souscription publique, fut dirigée sur Utrecht. En envahissant le territoire de cette ville souveraine, le Statliouder avait manqué à ses devoirs constitutionnels; par ce fait Tacte d'union se trouvait rompu et violé. Tout officier refusant d'obéir aux États serait suspendu. D'après M. de Vérac, la situation était excellente; la Hollande, sans compter les corps francs et la bourgeoisie, pouvait mettre en ligne huit à neuf mille hommes. Le rhingrave de Salm se montrait moins rassuré. Lui qui, pendant son séjour a Versailles, ne cessait de parler de quatre-vingt mille bourgeois prêts à tout entreprendre, ne voyait plus maintenant que la faiblesse des moyens mis en œuvre. Le chevalier de Bourgoing était le confident de ses inquiétudes et de ses plaintes. Pouvait-on compter sur des milices etdes corps francs^ ^ Les États n'avaient que cinq mille hommes à opposer aux six mille soldats du prince. La légion de Salm exceptée, toutes les troupes de la Hollande étaient mauvaises, mal exercées et prêtes à la désertion. Les régiments du Stathouder étaient bien équipés et bien entraînés. « Si Guillaume y donnait de la suite à ses opérations hostiles, sans un secours effectif de la part du Roi, le parti patriotique ne pouvait s'attendre qu'à des défaites, dont les suites seraient incalculables. » Le
' Bouiigoing à Montmorin. La Haye, 17 mai 1787.