‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 109 sur 167 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Rhingrave se déclarait abattu et découragé. Allaitil compromettre sa « gloire » , et même sa sûreté, sans aucune apparence de succès? II venait de recevoir, de la part du Stathouder, les offres les plus séduisantes. II ne les avait pas rejetées positivement. Il pouvait arriver tel ordre de choses qui le forçât à ne consulter que son intérêt. Qu'eussent dit les démagogues d'Amsterdam en entendant leur apôtre parler avec tant de netteté de la possibilité d'une trahison? M. de Bourgoing se contenta de répondre à ces confidences inquiétantes que les ouvertures de la part du Stathouder prouvaient que ses avantages ne lui paraissaient pas aussi considérables, ft II me semble, Monseigneur » , disait Bourgoing en terminant sa dépêche, « qu'il n'y a que la déclaration du Roi qui puisse arriver assez à temps, pour imposer au Stathouder et suspendre encore les horreurs de la guerre civile. »

La cour de France pouvait-elle faire la déclaration dont parlait M. de Bourgoing? Les patriotes la. lui demandaient avec insistance. Le Roi, en sa qualité d*allié de la République, s'adresserait aux États-Généraux pour leur offrir sa médiation et régler les différends des provinces et des villes. Après une longue discussion, le Conseil rejeta ce projet de déclaration, « malgré son désir sincère de l'approuver' » . La cour de France n'avait pas

* Montmorin à Vérac, 19 mai 1787.

Une lettre autographe du ministre au chevalier de Bourgoing

le droit d'intervenir dans les querelles domestiques de la province d'Utrecht. Tous les efforts des patriotes devaient tendre à acquérir la majorité aux États-Généraux. « Le Roi accueillera avec empressement l'invitation que lui fera cette Assemblée. Il sera également favorable à la demande que lui feront les États de Hollande de régler leurs différends particuliers. Il ne demande qu'un prétexte plausible pour intervenir en faveur des patriotes.» a Nous eussions désiré que les États de Hollande n'eussent pas déclaré l'union rompue et envoyé la légion de Salm à Utrecht » , ajoutait bientôt Montmorin. Rayneval n'était pas moins explicite en s'adressant à Bourgoing : « Les patriotes ne sont pas même en mesure d'appeler le Roi, et ils se croient en état d'engloutir les stathoudériens. De la modération y de la conciliation, voilà ce qu'il faut. Soyez modeste quand vous êtes faible; soyez encore modeste quand vous êtes le plus fort. Ce n'est pas la cour de Berlin que je calcule, disait encore Rayneval; je calcule la faiblesse, la fragilité des moyens des patriotes. »

Le chevalier de Bourgoing était assez intelligent pour comprendre ces sages conseils. 11 continuait à « s'instruire » , opposant toujours une réserve froide et polie aux avances répétées du ministre de

dit : « La protection décidée que le Roi accordera aux patriotes vaut mieux qu'une déclaration, qui pourrait n'être suivie d'aucun effet »

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