CHAPITRE SEPTIÈME
donner sur Tétat des provinces les détails les plus exacts; il étudia la carte avec un grand soin et ne s'opposa pas, en principe, h l'envoi d'une escadre. Le 26, à Whitehall, le roi George III reçut un mémoire par lequel ses ministres lui demandaient de secourir la cause orangiste. Un secours pécuniaire était nécessaire, « surtout pour payer les officiers et soldats disposés à quitter le service hollandais. Il est humblement représenté à Sa Majesté qu'il serait utile d'avancer dans ce but, sous forme de prêt ou autrement, une somme ne dépassant pas vingt mille livres sterling. » George III consentit, mais ne consentit qu'avec peine à cette demande, et seulement sur Tavis formel de M. Pitt. « Je m'y décide maintenant à regret, après la funeste expérience que j'ai faite du secours donné par moi à la cause des Corses. Le ministère m'avait promis de me restituer les fonds, mais il n'en a jamais trouvé le moyen, ce qui m'a donné ensuite l'air d'un dissipateur aux yeux du Parlement; mais je me fie en l'honneur de M. Pitt'. »
C'était un vrai succès pour sir James Harris que d'avoir triomphé de la prudence de M. Pitt et de l'économie du Roi son maître. Il ne s'arrêta pas h recueillir les lauriers qui lui étaient dus. Le l*'juin, il adressait de la Haye à lord Carmarthen une dépêche pour lui annoncer une importante mesure
^ Cette lettre de George III a été publiée dans la Vie de Pitt, par Stanhope^
des États-Généraux. Les États ordonnaient aux officiers suspendus par la province de Hollande de reprendre leur poste, et les félicitaient d*avoir obéi plutôt a leur serment général qu'à leur serment provincial. Les États de Hollande prirent, le jour même, une contre-résolution pour protester contre cette usurpation et maintenir leur décision première. Un professeur de droit constitutionnel eût pu être embarrassé. Les soldats ne Tétaient. pas moins. Malgré les ordres des États de Hollande et les avantages pécuniaires que la province leur offrait, ils étaient plutôt disposés à suivre le Stathouder, mais ne voulaient pas désobéir à leurs officiers. Non pas toujours cependant, et les gazettes orangistes se gardaient bien de passer de tels faits sous silence. Le Courrier du Bas-Rhin racontait avec enthousiasme la conduite d'un détachement, qui avait abandonné ses chefs. La scène se passe non loin d'Utrecht. Un bataillon suit la route. Les soldats chantent pour se distraire. C'est un couplet en rhonneur du Stathouder. On les punit. Comment se venger? L'un deux perce son chapeau; des mèches de cheveux roux s'en échappent. « Eh ! parbleu, crie un camarade, voilà Orange au-dessus de tout. » Et la troupe d'applaudir.- Un officier s'indigne. M S'il était commandant, il châtierait tous ces drôles. » «Peut-être! » répond d'un air goguenard un vieux sergent, qui s'arrête. Tousleshommes suivent son mouvement. « Où voulez-vous aller?»