CHAPITRE SEPTIEME
dit-il à ses chefs. — Marchez, vous le saurez. — Voulez-vous venir où nous allons? — Non. — En marche! alors, ordonne le vieux sergent. Les soldats lui obéissent et prennent le chemin d'Amersfoort. lis vont rejoindre Guillaume Y, laissant leurs ofBciers stupéfaits. A Utrecht même, d'après les orangistes, le désordre était à son comble. « Les hussards de Salm et les auxiliaires y menaient une vie de brigands. » A de telles accusations, les /7atriâtes répondaient par le lugubre tableau des provinces occupées par les stathoudériens. Tous les bons citoyens maltraités et persécutés ; leur liberté menacée, leur vie elle-même en danger; M. deCapellen et ses amis obligés de quitter la Gueldre, pour mettre leur tête à Tabri de poursuites illégales et de violences odieuses. Quelles que fussent les exagérations inspirées par l'esprit de parti, un fait restait indéniable : la République tout entière était livrée à l'anarchie. A Amsterdam, les stathoudériens coupables d'avoir voulu enlever la ville par un coup de main se voyaient en butte à la colère de la bourgeoisie. Leurs demeures étaient envahies ; on fouillait « maisons par maisons les repaires de la rébellion » . Le mot de rébellion changeait de sens, suivant qu'on se trouvait à Nimègue ou à Amsterdam.
A la Haye, les séances des États- Généraux étaient troublées par des scènes d'une violence inouïe. Deux députations de la province d'Utrecht
ilO UNE INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.
se présentaient aux États; TAssemblée d'Amersfoort envoyait deuxdéléguës; T Assemblée d'Dtrecht même en envoyait trois. Dans l'ardeur de la discussion , M. de Zuilen, député d'Amersfoort, tira Tépée contre M- d'Averhoult, député d'Dtrecht. On eut g[rand'peine à les séparer. Ils se battirent le lendemain, et M. d'Averhoult fut blessé. Les États n'en admirent pas moins les représentants des deux corps rivaux, et les invitèrent à siéger ensemble. Par cette mesure, la majorité se trouva retournée ; toutes les décisions prises contre la Hollande furent rapportées ; les officiers n'eurent plus le droit de désobéir aux ordres de la province. «Le vote, d'après sir James Harris, avait été obtenu en dehors de tous les principes sur lesquels repose l'union d'Utrecht. » Le désappointement légitime du ministre anglais n'empêchait pas la résolution nouvelle d'être tout aussi légale que celle prise quelques jours auparavant dans un sens opposé ; mais toute la théorie sur laquelle se basaient les stathoudériens se trouvait renversée du jour où la Hollande devenait maîtresse aux États-Généraux. D'après leur propre aveu, Guillaume V n'était qu'un révolté, si ce n'était pas au nom de ces États qu'il agissait. Il leur avait adressé, deux semaines auparavant, contre les patriotes ^ un manifeste long et violent, « exposé faux et insidieux de l'état des choses » , selon Yérac, «soutenu par les expressions les plus injurieuses contre tout ce qu'il y a de bons