CHAPITRE SEPTIÈME
citoyens dans la République » . La princesse d'Orange était fort inquiète; dans une lettre écrite le 18 juin à sir James Harris, elle parlait « de la situation si critique et si dangereuse* ». L'Angleterre seule pouvait tout sauver en déterminant Frédéric-Guillaume à s'occuper un peu de sa sœur. Wilhelmine de Prusse, sans doute, n'attachait pas grande importance à un projet de conciliation que M. de Goltz, ministre, de son frère à Paris, avait remis à M. de Montmorin. Le cabinet français l'avait pris plus au sérieux. « Nous sentons tout l'odieux de la conduite du Stathouder » , écrivait au marquis de Vérac le ministre des affaires étrangères, « mais on ne saurait se dissimuler l'intérêt que le roi de Prusse prend à M. le prince de Nassau, ce monarque vient de nous en fournir une nouvelle preuve en nous envoyant un plan d'accommodement qu'il a fait rédiger. » Montmorin n'en répondit pas moins au comte de Goltz^u qu'il était impossible à la France de plaider la cause du Stathouder » .
Frédéric-Guillaume semblait disposé à se départir de la réserve qu'il avait longtemps gardée. Encouragé par l'attitude plus résolue de l'Angleterre, il avait peut-être senti son cœur touché par
> En français dans Toriginal.
Note secrète de la princesse d'Orange à sir James Harris. Diaries^ H, 315.
* Montmorin à Vérac, 4 juin 1787.
les plaintes éloquentes et passionnées que lui avait adressées sa sœur, en réponse à un refus de canons et de munitions. « C'était son dernier effort; sa conduite envers son frère serait réglée par sa résolution définitive. Elle ne demandait qu'un secours indirect contre l'attaque la plus injuste. Elle ne consentirait jamais à des arrangements humiliants. Tout devait dépendre du sort des armes. La princesse n'en conser\*erait pas moins à son frère une profonde reconnaissance pour les vœux qu'il daignait adresser au ciel en sa faveur'. » Était-ce seulement par des vœux que le roi de Prusse servait sa sœur? Au dire de M. de Vérac, on pouvait remarquer tous les jours, sur la frontière de Gueldre, l'arrivée de paysans prussiens qui venaient demander du service dans l'armée orangiste. Par un effet soudain de la grâce, ces paysans, au bout de quelques heures, prenaient une attitude militaire et connaissaient mieux l'exercice que leurs camarades. Dans ces circonstances, M. de Montmorin insistait avec plus d'énergie qu'il n'avait coutume pour que les États de Hollande proposassent aux États-Généraux la médiation française. Si cette démarche était repoussée, la Hollande et les provinces qui lui resteraient fidèles auraient le droit de chercher à obtenir du Roi les secours exi-
* Lettre d'Ewart^ secrétaire à Berlin, au marquis de Carmarthen. Diaries^ II, 308.