‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 116 sur 167 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

pouvoir, toutes jalouses de leurs prérogatives, arrêtaient ou retardaient toute initiative. Le conseil d'Amsterdam, devenu résolument patriote, ne craignit pas de signaler les dangers de cet état de choses. Le 7 juin, ses députés proposèrent aux États de Hollande de sauver la République par une mesure énergique. Les États nommeraient une commission de cinq membres pris u dans leur sein » . Cette commission recevrait les pouvoirs les plus étendus, « pour s'opposer efficacement à toute attaque contre cette province et contre la ville d'Dtrecht. Elle disposerait des deniers publics, enrôlerait des troupes, prendrait et exécuterait toute décision qu'elle jugerait nécessaire pour][sauver la chère patrie, sans être obligée de donner des ouvertures préliminaires de ses délibérations et résolutions. »

C'étaient des dictateurs qu'il s'agissait de créer, dure obligation pour une Assemblée qui préférait à tout la liberté ; mais l'hésitation n'était pas possible, la proposition d'Amsterdam fut adoptée. Le 16 juin, M. de Yérac annonçait à Montmorin la nomination de la commission souveraine prise parmi les membres des États. M. Camerling devait y siéger au nom d'Haerlem, M. Block^pour Leide, M. Van Toulon pour Gouda, M. Van Foreest pour Alckmaer; Amsterdam avait pour représentant M. Jean de Witt. Ce dernier avait été choisi malgré sa jeunesse; il n'avait pas trente-deux ans. On

avait pensé, pour remplir ce poste, à M. de Visscher, aussi conseiller de la ville, qui plaisait fort aux démocrates. Le rhingrave de Salm s'indigna de ne pas le voir nommé : « L'exclusion de Thonnéte de Yisscher de la commission est un pronostic des plus certains de l'esprit qui y régnera » , écrivait-il ; « je suis, comme vous voyez clairement, mis de côté h présent. En attendant, le Gordon entier déserte ; si la commission n'arrive pas bientôt à Woerden, ces messieurs seront bientôt réduits à se commander entre eux-mêmes. » Le Rhingrave ajoutait, quelques jours plus tard : «J'ai vu hier cette commission de Woerden, qui n'a pas seulement daigné me demander mon opinion sur l'état des affaires. Elle s'est bornée, M. Block surtout, à m'assurer qu'elles étaient en très-bon état. Cette commission n'est autre chose qu'une fabrique du pensionnariat qui a formé violemment le projet de m'exclure de toute sorte d'affaires. L'ami du peuple, l'ennemi déclaré de l'aristocratie est un être dangereux dont il faut se garder, qu'il faut miner, qu'il faut détruire à tout prix... Montrez ma lettre à tous nos véritables amis. Avertissez-les du danger commun que nous courons. Je ne mettrai plus le pied à Woerden. Je me circonscrirai dans les murs d'Utrecht; j'y périrai avec les braves gens qui sont résolus de les défendre, ou je me retirerai avec eux sous les murs d'Amsterdam si la supériorité des forces de nos ennemis m'y néces-

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site, n Tandis que le rhingrave de Salm poursuivait toujours son rêve d'être à la tête d'une démocratie, il ne négligeait ses rapports ni avec la cour de Versailles, ni même avec les orangistes. Le voisinage des troupes stathoudériennes lui permettait d'entrer en conférence avec les familiers de Guillaume] V. Le comte de Gallemberg venait souvent le voir. On assure que le Rhingrave lui dit un jour, en le congédiant : « Croyez que je n'ai pas tellement le goût du citron que je ne m'accommode très-bien aussi de Torange*. » Auprès de M. de Bourgoing, il tenait un tout autre langage : « Le seigneur prince d'Orange a mis ma tète à prix. Une bande de fripons rôde autour de moi pour m'assassiner ou m'enlever. » Il se plaignait, néanmoins, de la nomination des commissaires : « A-t-on pu se convaincre que le commandant des troupes avait autre chose à faire que de courir après ces messieurs*? » « M. de Salm voudrait tout commander, la partie politique comme la militaire » , écrivait Bourgoing à Montmorin. « Son inquiète activité nous prépare bien des embarras'. » Il était bien tard pour s'apercevoir d'une vérité qui, reconnue plus tôt, eût épargné de grandes difficultés à la France comme aux Pays-Bas.

> Gaillard, 212.

* Le rhingrave de Salin au chevalier de Bourgoing. Utrecht, 13 juin 1787.

' Bourgoing à Montmorin, 23 juin 1787.

Le premier acte de la Gommission souveraine des États eût dû être de révoquer le Rhingrave. Elle avait commencé sa tâche ingrate malgré les récriminations de cet officier. Après une réunion a Zwammerdam, elle avait choisi pour sa résidence le château de Woerden. Partout on la reçut avec grand respect; les étudiants de Leyde voulurentse charger du soin de lui former une garde d'honneur * . Les patriotes modérés voyaient avec joie l'établissement d'un pouvoir unique. Les commissaires faisaient preuve d'une grande activité pour organiser la défense et remettre un peu d'ordre dans l'armée . L'obéissance n'existait plus . Le Rhingrave apprenait, » par hasard, que trois compagnies du régiment de Stuart s'étaient révoltées*» . liCS canonnicTsdeGorcum avaient suivi leur exemple et gagné le camp stathoudérien. De tous côlés, erraient des officiers orangistes chargés d'embaucher les soldats prêts à quitter leur drapeau. Les troupes de Guillaume V étaient elles-mêmes ani-

i Voir, dans le Nederlandsche Spectalor du 12 janvier 1878, les fragments de l'autobiographie de M. Vaa Toulon, Tun dc8 membres de la Commission. La Gazette de Leyde de 1787 donne d*assez nombreux détails sur les mouvements de la Commission de Woerden.

• Le Rhingrave à Bourgoing, 13 juin 1787. Le Rliingrave s'occupait beaucoup plus activement des démocrates d'Amsterdam que de ses soldats. Il disait u Bourgoing : k On veut que je me déshonore, que je laisse échapper une occasion favorable d*acquérir de la gloire et de L'avancement, en me refusant aux vœux d'un peuple qui m'est dévoué. »

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