CHAPITRE VIII
Départ soudain de la princesse d'Orange pour la Haye. — Son voyage est interrompu. — La princesse et M. de Witt. — Retour de la princesse à Nimègue. — Émoi des statlioudériens. Craintes de sir James Harris. — La cour de Prusse proteste contre le prétendu emprisonnement de la princesse d'Orange. — La France approuve la conduite des patriotes.
— Mobilisation des troupes prussiennes. — L'Angleterre promet de soutenir la Prusse jusqu'au bout. — La cour de France annonce la formation d'un camp à Givet. — Projets de médiation. — Le gouvernement français conseille aux pa^ triotes d'apaiser le roi de Prusse. -— Rappel de M. de Vérac.
— Coup terrible porté à la cause des patriotes par ce rappel.
— Les États de Hollande se décident à la démarclie pacifique conseillée par la cour de France. ^- Nouvel ultimatum déposé par le ministre de France. — Brusque invasion de la Hollande par les Prussiens.
Le 25 juin, sir James Harris écrivait à lord Carmarthen : « Samedi, dans l'après-midi, la princesse d'Orange a envoyé d'Amersfoort une personne de confiance pour nous prévenir que, vu la mollesse des États-Généraux..., elle se décidait à partir de suite pour la Haye et à se mettre à la tète du parti. Elle n'attendait que notre approbation. Je ne me suis pas permis de refuser mon assentiment a une mesure qui indique un tel courage. J'ai demandé seulement qu'on dit à Son
Altesse le véritable étatdes choses. Un exprès vient de revenir, il y a une heure, apportant, pour toute réponse, l'ordre de préparer des relais et de tenir, pour jeudi, son appartement prêt à la Maison du Bois. » Le 26, sir James Harris ajoutait : « Si par sa présence la princesse amène les députés à se conduire comme des hommes, je la regarderai comme un ange. » Le 29, le ministre d'Angleterre écrivait sur un ton bien différent : « Les craintes que j'exprimais ne se sont que trop vérifiées, La princesse d'Orange a été arrêtée hier, près de Gouda, par un détachement de corps francs ^ » Sir James Harris ne se trompait pas.
Le jeudi 28 juin, au matin, Wilhelmine de Prusse avait quitté Nimègue en carrosse, suivie de plusieurs voitures contenant les gens de sa maison. Jusqu'à la ville de Schoonhoven, elle avait pu continuer son voyage sans difficulté. Un détachement de corps francs, rencontré sur le chemin, lui avait même rendu les honneurs militaires. A deux lieues de Schoonhoven, une nouvelle troupe de covfs francs parut sur la route. Le lieutenant qui la commandait pria le carrosse de s'arrêter. Ordre avait été donné de ne laisser passer aucun équipage considérable sans en référer à l'autorité supérieure. 11 devait prévenir le général Van Ryssel et la Commission de Woerden. La princesse ne se
» Diaries, II, 325.