‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 119 sur 167 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

résigna qu'avec peine à ce contre-temps; elle s'ëtonna de la réponse du général Van Ryssel, qui la faisait prier de ne pas aller plus loin. Elle insista de nouveau. Le général ne savait-il pas qu'elle était là en personne? M. de Bentinck, qui raccompagnait, écrivit pour se plaindre de cet incident. C'était, sans doute, un malentendu. En attendant le retour du courrier, Wilhelmine de Prusse désira se reposer dans une maison. La princesse et les personnes de qualité qui se trouvaient auprès d'elle occupèrent une chambre, le reste de sa suite fut introduit dans une pièce voisine. L'officier de corps francs ne crut pas devoir se retirer, par politesse. Cependant, la Commission de Woerden avait été prévenue; MM. de Witt, Block et Van Foreest se rendirent en hâte auprès de la princesse pour lui exprimer leurs regrets et lui demander un récit de l'aventure. — Où Son Altesse Royale voulait-elle se rendre? La princesse répondit qu'elle désirait aller à la Haye; elle faisait ce voyage dans les meilleures intentions, pour rétablir la concorde, en assurant au prince son époux les privilèges qui lui appartenaient. M. de Vi^ilt demanda à Son Altesse Royale la permission d'observer que, dans l'état d'effervescence et même d'hostilité générale, une telle démarche aurait un résultat contraire à celui qu'elle en attendait. La populace ne cherchait qu'un prétexte pour se soulever. A l'heure même, le village d'Helvoët voyait un conflit entre la foule

et la force armée*. Les émeutiers ne prendraientils pas pour excuse la présence de Son Altesse Royale? Dans ces circonstances, la Commission regrettait de ne pouvoir lui laisser continuer son chemin sur la Haye, sans en référer aux États. Son Altesse Royale était libre de retourner à Nimègue. La princesse déclara qu'elle attendrait la décision des États ; elle se retirerait à Gouda. Sur la remarque que cette ville était troublée, elle in* diqua la seigneurie de Leerdam, propriété du Stathouder. Rien n'était prêt pour l'y recevoir. Elle se résolut à passer la nuit à Schoonhoven et remonta en carrosse. I3ne garde d'honneur lui fit escorte. MM. de Witt et Van Toulon* l'accompagnèrent pour tout lui faciliter. Il était près de minuit quand on atteignit la ville. Wilhelmine de Prusse écrivit, sans tarder, au greffier des États et au Grand Pensionnaire, pour se plaindre du retard apporté à ses projets. Digne dans le fond et modérée dans la forme, sa lettre rendait hommage à la conduite des commissaires : les convenances avaient été scrupuleusement observées, et particulièrement par M. de Witt, qui avait été l'orateur de la Commission'. Le vendredi, à huit heures du matin, les messages de la princesse parvenaient à la Haye. La confusion y était grande parmi les

> Vérac à Montmorin, 30 juin 1787.

* Nederlandsche Spectator^ i 878, 12 janvier.

* Voir Gaillard, 174, le résumé de la lettre de la princesse.

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