CHAPITRE HUITIÈME
orangistes. Tous ceux qui se trouvaient dans le secret s'étaient rendus, la veille au soir, à la Maison du Bois. Sir James Harris, obligé de dîner à l'ambassade de France, n'avait pu les accompagner. « Il n'y eut personne dans la société qui ne remarquât le trouble dont il était agité'. » En rentrant chez luiy il reçut la nouvelle de 1' « arrestation » et s'occupa des mesures à prendre. Les États-Généraux devraient se réunir sur l'heure, demander aux États de Hollande la réparation de Tinsulte faite à la princesse, envoyer quinze cents hommes pour la délivrer, donner l'ordre au prince de marcher avec son armée, pour venger l'outrage fait à sa famille. Ses efforts furent inutiles. Quand le matin vint, le trouble qui régnait dans les esprits empêcha toute résolution. Les amis les plus dévoués semblaient stupéfaits ou terrifiés. Cependant, les États de Hollande étaient entrés en séance pour avoir connaissance des lettres de In princesse. La discussion ne fut terminée que vers cinq heures de l'après-midi. L'ordre donné par la Commission souveraine fut pleinement approuvé. Sir James Harris, aussitôt, pria le baron de Kinckel de partir pour Schoonhoven. Il fallait que la princesse retournât en Gueidre sans retard. Ne disait-on pas
1 Vérac, 30 juin 1787. Gaillard dit : « Distrait dans ses discours, distrait dans son jeu^ il est cependant très-habile joueur; il confondait perpétuellement ses cartes et commettait les fautes les plus grossières. »
que le Rhingrave s'avançait pour s'emparer d'elle? peut-être pour la garder comme otage. Wilhelmine de Prusse avait déjà quitté Schoonhoven quand M. de Kinckel la rejoignit; elle voulait regagner Nimègue. Ses enfants vinrent à sa rencontre.
« Cette nouvelle remua bien visiblement le cœur de la tendre mère, dit M. de Kinckel; un moment après, ils parurent à la portière; de pareilles scènes sont au-dessus de la description. » En s'approchant de Nimègue, la princesse fut accueillie avec enthousiasme aux cris mille fois répétés de : Vive Orange I Les patriotes eux-mêmes arboraient les couleurs stathoudériennes. La foule devint presque impénétrable. « Le soir, en partant delà cour » , ajoute le même narrateur, a je dis à M. de Randwyck : Le prince viendra cette nuit. Son Altesse remplit cet horoscope à trois heures après minuit. Le dimanche fut un jour de joie et de dévotion'. » Sir James Harris ne partageait pas cette satisfaction. Ce politique clairvoyant était en défaut; il ne voyait que les suites immédiates de cette tentative avortée. «Mon cher lord, écrivaitil au marquis de Carmarthen, échec à la Reine et
* Le récit de ^incident de Schooiilioven a donné lieu à de nombreuses versions^ toutes d*accord sur les points principaux, mais se contredisant quant au& détails. La princesse d'Orange elle-même en a fait deux relations assez différentes, Tune modérée, Taulre trop violente pour inspirer confiance. On peut comparer (es dépêches de l'ambassadeur de France et le rapport de la Commission de Woerden, du côté des patriotes; du