CHAPITRE HUITIÈME
deux courriers furent expédiés : l'un à Versailles, l'autre à la Haye. Le Roi ne témoigna pas grande émotion en apprenant 1' « arrestation » de sa sœur. Il avait été prévenu de son projet au moment de la mise à exécution. « Je souhaite que tout cela tourne bien » , avait-il écrit à M. de Hertzberg. Frédéric-Guillaume ne se sentit pas très-troublé en voyant que cela avait mal tourné. Il était occupé a faire représenter des opéras « pour madame sa fille et mademoiselle de Yoss, sa dame de compagnie * M . Les stathoudériens étaient indignés de ce calme. L'indifférence assez réelle du roi de Prusse ne l'empêcha pas de se plaindre. Il croyait la princesse « encore détenue ». M. de Thulemeyer reçut l'ordre de demander son élargissement. Il devait demander une réparation pour un outrage au droit des gens, que Sa Majesté regardait comme fait à lui-même. M. de Goltz eut mission d'obtenir, pour ces réclamations, l'appui de la cour de Versailles. Le comte de Finck s'empressa d'instruire de ces décisions M. de Falciola, chargé d'affaires de France à Berlin, en l'absence du comte d'Esterno. « Que dites-vous de l'esclandre des patriotes? L'injure est trop grosse pour qu'on ait pu différer un instant d'en demander satisfaction. » M. de Falciola se tint sur la réserve. « On est étonné de ce que l'affaire n'est pas plus grave,
1 Falciola. Berlin, 7 juillet 1787. Reçue le 16 par le ministre. Prusse, 206, no 81.
écrivait-il, les stathoudériens sont fâchés qu'elle ne fournisse pas plus de matière à quereller les patriotes. » Il fallait, à vrai dire, quelque bonne volonté pour trouver matière à querelle. M. de Thulemeyer qui, sur le premier récit de l'incident, s'était hâté d'aller trouver Vérac, ne refusait pas d'en convenir. « Il reconnaissait formellement qu'on avait marqué les plus grands égards à la princesse'. » « La conduite de Thulemeyer est infâme^ » , déclarait sir James Harris. M. de Thulemeyer était, dans tous les cas, fort embarrassé. Le mémorandum que la cour de fierlin lui ordonnait de remettre aux États de Hollande et aux États-Généraux contrastait avec la modération de son langage et dénatiirait les incidents. La princesse, n'ayant pas été arrêtée, n'avait pas besoin d'être mise en liberté, et le ministre de Prusse, bien qu'il eût beaucoup atténué les expressions employées par sa cour, restait dans une position assez fausse, pour ne pas dire assez ridicule. Le mémoire envoyé par Frédéric-Guillaume à M. de Goltz contenait un dramatique récit des outrages
1 Vérac à Montmorin, 30 juin 1787. « M. de Thulemeyer dans la conversation que nous avons eue ensemble a été le premier à me parler de cet événement. Dès ces premiers propos j'ai cherché à reconnaître ce qu*il en pensait lui-même, et je l'ai questionné sans détour sur ce point. Je lui ai demandé s'il se plaignait qu'on eût manqué de respect à madame la princesse, et il est convenu formellement qu'on lui avait marqué les plus grands égards. »
* Sir James Harris à M. Ewart, 13 juillet 1787.