CHAPITRE HUITIÈME
pas le maître de faire accepter des explications qu'il trouvait justes. On pourrait former un amusant chapitre d'histoire diplomatique en reproduisant toutes les pièces que fit écrire la prétendue détention de la princesse, les lettres, les réponses, les enquêtes, les contre-enquêtes. La cour de Versailles mettait à défendre les patriotes autant de soin que la cour de Berlin en apportait à les attaquer. Le seul point qui resta prouvé fut celui-ci : l'officier des corps francs qui avait cru devoir interrompre le voyage de la princesse était un bon bourgeois, qui ne connaissait guère le monde et pas du tout l'étiquette. Pour honorer la femme du Stathouder, « la première citoyenne de la République » , il avait gardé son épée à la main, comme il l'eût fait à la parade. Les commissaires de Woerden, dès leur arrivée, avaient fait cesser une infraction involontaire aux règles de cour^ Était-ce un outrage au droit des gens, un affront au roi de Prusse, un véritable casus belli? Les patriotes ne le croyaient pas ; le roi de France ne l'admettait pas. Mais Frédéric-Guillaume ne craignait pas les patrio' tes et redoutait beaucoup moins la France depuis
insulté la prov'nce qu*il n'existe plus de termes de conciliation avec lui; mais si madame la princesse le désire, on est prêt à entrer en négociation avec elle, à faciliter son retour à la Haye... et à lui rendre à elle, et aux princes ses enfants, tout ce qui leur appartient réellement et constitutionnellement en vertu de leurs droits héréditaires. »
1 Vérac à Montmorin. La Haye, 7 août 17$7,
qu'il connaissait le succès des démarches de sir James Harris. Il déclara ne « point se contenter de discussions de faits isolés, d'excuses vagues ou de défaites ultérieures * » , et ne voulut pas rester en arrière dès qu'il se sentit sûr d'être appuyé. Fallait-il laisser à George III tout l'honneur d'une intervention décisive et se brouiller à jamais avec une sœur qui lui était chère? Les vieux soldats de Frédéric n'étaient-ils pas toujours là? Le roi de Prusse se laissa guider par les circonstances. L'incident de Schoonhoven lui parut un prétexte utile ; il s'en empara avec colère et le maintint par réflexion. Sur la nouvelle de 1' « attentat » des com- Doiissaires de Woerden, Frédéric-Guillaume avait donné Tordre à ceux de ses généraux qui se trouvaient en Westphalie de se tenir prêts à marcher. Le courrier chargé de ces instructions partit le 3 juillet, à minuit. Au premier signal, on devait mobiliser les troupes et franchir la frontière de Gueldre. La journée n'était pas terminée, que déjà le Roi regrettait ses mesures hâtives. Des lettres arrivées de la Haye contredisaient, d'une manière
' Mémoire présenté aux États -Généraux par M. de Thule* meyer. Hollande^ 574, n^ 18.
M. de Thulemeyer, dans une conversation avec le marquis de Vérac, cherchait à s'excuser d'avoir présenté ce mémoire. « Ce qu'il m*a dit de plus concluant pour se justifier de donner une pareille pièce, c'est qu'il ne pouvait se défendre de remplir les ordres de sa cour; encore ajouta-t-il qu'il les a infiniment adoucis dans la rédaction de son mémoire. »