CHAPITRE HUITIEME
tormelle, les dernières assurances de la princesse. L'Angleterre semblait faiblir. M. Pitt, disait-on, donnerait plutôt sa démission que de consentir à une intervention active en Hollande. « Atroce mensonge de ce faquin Thulemeyer^ » , déclare sir James Harris, dans une note que Ton a retrouvée parmi ses papiers. M. de Bishofwerder, Tun des illuminés, et confident de Frédéric-Guillaume, n'en vint pas moins trouver M. Ewart, secrétaire de la légation britannique, pour lui demander ce qu'il en était'. M. Ewart transmit aussitôt la question au ministre d'Angleterre à la Haye. Celui-ci lui répondit : « Thulemeyer, dont la conduite est honteuse au possible, aura, si je comprends bien, répandu cette assertion, que je vous demande de démentir comme une fausseté'. » Avant même que la dépêche de sir James Harris fût parvenue à Berlin, le Roi de Prusse savait à quoi s'en tenir. L'Angleterre irait jusqu'au bout. Les ordres de mobilisation furent maintenus. Le 20 juillet, l'armée prussienne était prête a entrer en campagne. Vingtrtrois bataillons d'infanterie, vingt-cinq escadrons de cavalerie, formant tout près de vingt mille hommes, étaient réunis sur la frontière. L'aile droite s'appuyait sur Wesel, l'aile gauche
^ DiarieSy II, 333. La note de sir James Harris est en français.
' M. Ewart au marquis de Carmartlien, 7 juillet 1787. 3 Sir James Harris à M. Ewart, 13 juillet 1787.
s'étendait jusqu'à Clèves. Le duc de Brunswick devait commander cette armée. « Le duc est parti cette nuit pour aller, en qualité de feld-maréchal, se mettre à la tête de l'armée prussienne qui s'assemble en Westphalie » écrivait, le 13 juillet, Mirabeau a madame de Nehra. «Je ne donne pas cette nouvelle pour le plaisir de la donner..., mais pour qu'on ne puisse pas m'imputer de rester indécemment et déloyalement en pays ennemi, ou à peu près. » La guerre n'était pas encore déclarée. Au moment même où Mirabeau rédigeait ces lignes, on s'occupait plus que jamais de la médiation. Situation bizarre, assurément; on ne parlait que de conciliation, et tout le monde se battait ou se préparait au combat.
Toute la politique du cabinet français devait tendre à séparer les intérêts de l'Angleterre de ceux de la Prusse; proposer à cette dernière puissance une médiation commune ; éviter, par tous les moyens, l'intervention de la Grande-Bretagne tout en ne pouvant pas s'y opposer officiellement; régler les différends des Pays-Bas, sans elle et malgré elle : tel semble avoir été le plan adopté par M. de Montmorin, plan facile à concevoir, difficile à exécuter. Il eût fallu, pour obtenir le succès, une volonté plus nette et plus ferme que celle du roi Louis XVI ou de son ministre.
Le 2 juillet, Montmorin avait écrit h Vérac : « Nous avons prévu le cas où l'on demanderait pour