CHAPITRE HUITIÈME
les Anglais, si l'on avait équipé « un petit nombre de vaisseaux, c'est qu'il était revenu qu'une partie de ceux qu'on armait en Angleterre était destinée aux Indes orientales ^ » . Le mois de juillet se passa à échanger, d'un ton assez belliqueux, des compliments pacifiques . Lord Carmarthen s'étonnait qu'on eût désigné Givet pour faire exercer les troupes. « Choisir pour cet objet la place la plus voisine des frontières de la République n'est pas une partie plus naturelle ou plus nécessaire d'une telle mesure que si notre roi, sous prétexte d'exercer ses vaisseaux, leur ordonnait de croiser à l'embouchure du TexeP. » — « Ce qui se passera dans les ports d'Angleterre servira directement de règle aux mouvemeuts qui seront ordonnés dans les nôtres » , répliquait Montmorin ; « quant au cantonnement de Givet, le lieu qu'on a choisi pour cet endroit a paru le plus convenable. » Lord Carmarthen voulait arriver à des conclusions plus précises* Dans une très-longue dépêche, datée du 29 juillet,
^ Dans sa réponse a M. Eden, Montmorin insiste sur ce fait que le Statbouder n'est pas un souverain, mais seulement le premier serviteur d'une république : « Si l'intervention de Sa Majesté était désirée, elle ne la ferait servir qu'au maintien de la consti'fc tution. Supposé, Monsieur, que le stathoudérat en fût unô partie nécessaire, alors celui qui remplit cette cliar{;e, quelque éminente qu'elle soit, ne pourrait êtl*e considéré que comme officier dé la Képul)lique^ et elle seule comme souverain serait en droit de déterminer les fonctiôhs qui lui appartiennent, m '
* Traduction de la lettre de lord Carmarthen au duc de Dor-^ set, en date du 10 juillet 1787. Hollande, 573, n» 104.
il donnait Tordre au duc de Dorset, alors à Paris, de représenter « sur-le-champ » au gouvernement français, u dans les termes les plus amicaux et en même temps lesplus explicites,... combien il serait impossible à Sa Majesté de continuer à éviter tout autre préparatif, si Ton ne recevait sur-le-cbanap de la part de la cour de France l'assurance qu'elle ne fait dans ses ports aucune espèce de préparatifs, et à un degré quelconque, au delà de ceux qui se font ordinairement pour l'état de paix'» . La cour de France ne reconnaissait-elle pas maintenant que le rassemblement de troupes à Givet était » adopté dans le dessein de produire effet dans la situation présente de la République »? Sa Majesté Britannique Tavait appris « avec surprise et peine » . Quant à la suspension d'hostilités entre les provinces que M. de Montmorin indiquait comme la base de toute négociation, elle ne pouvait avoir lieu que si l'on commençait par désarmer les corps francs, L'Angleterre était toute disposée à prendre part à la médiation; si elle y était invitée, « tous ses efforts ne tendraient qu'au maintien de la constitution de la République, telle qu'elle avait été établie en 1747, par un vote unanime, et conBrmée en 1766 d'une manière également unanime» . C'é-
' Copie de la lettre de M. le comte de Montmorin à M. de Barthélémy, 20 juillet 1787. Hollande, 573, n" 114.
Barthélémy, qui devait devenir membre du Directoire, sénateur et pair de France, était alors chargé d'affaires de France en Angleterre.