CHAPITRE HUITIÈME
tait annoncer clairement l'intention de soutenir toujours et quand même les prétentions du Stathouder. Le ton de l'Angleterre était trop menaçant pour permettre les illusions. Se refuser à écouter ses propositions, ce serait hâter, « par une susceptibilité déplacée, la guerre civile, et exposer TEurope à une guerre générale » . Tout en maintenant d'une manière absolue le droit pour la France de procéder aux armements qu'elle jugeait utiles, le ministre avait répondu aux premières représentations du cabinet de Saint-James que, «si Sa Majesté Britannique était invitée à prendre part à la médiation, Sa Majesté la partagerait avec plaisir avec ce monarque >» .
M. de Vérac savait à quoi s'en tenir sur ces politesses diplomatiques. M. de Thulemeyer lui-même continuait à combattre la politique anglaise à la Haye, et faisait tout pour empêcher la médiation de la Grande-Bretagne. La politique indécise du gouvernement prussien n'était pas sans indigner sir James Harris. Que pouvait-on attendre d'une puissance qui ne savait employer ni la vérité, ni le mensonge? Le ministre d'Angleterre voulut hâter les événements. Le 20 juillet, il écrivait de la Haye à la princesse d'Orange, alors à Nimègue : tt Madame, j'espère que Voire Altesse Royale ne désapprouvera pas la démarche que ma cour va faire à celle de Berlin. J'ai travaillé, depuis Tindignité* outrageante (sic) offerte à Votre Altesse
Royale près de Scboonhoveny à déterminer le Roi mon maître à Faire cette démarche, mais je me suis abstenu d'en parler. C'est par des faits et non par desparolesqueje désire la servira » Le jour même, le ministre d'Angleterre expédiait à M. Ewart un courrier, pour lui apprendre les résolutions définitives de sa cour. L'Angleterre, en cas de guerre, soutiendrait la Prusse jusqu'au bout; quarante vaisseaux de ligne appuieraient la démonstration du duc de Brunswick, u L'audacieuse sécurité des patriotes est inénarrable» , ajoutait sir James Barris. Mieux que les patriotes, il eût mérité cet éloge. Non content d'entraîner la Prusse au combat, il s'efforçait d'exciter l'Autriche contre la Hollande. « Les troubles des Pays-Bas autrichiens sont étroitement liés à ceux de ce pays-ci, ils sont aussi suscités par la France... Vous pouvez assurer au ministre d'Autriche, disait encore sir James Harris, que deux des principaux patriotes sont partis pour Bruxelles, proposer aux États de Brabantde s'unir à la Hollande, dans une lutte commune pour la liberté, et d'en appeler à la France. »
Tant d'activité, tant de passion, de si grands efforts devaient en6n recevoir leur récompense. Le 28 juillet, M. Ewart envoyait à la Haye l'assurance positive que la Prusse se décidait à marcher*. « Votre courrier est arrivé au moment le
* En français dans Foriginal. Diaries, II, 339.
* M. Ewart à sir James Harris. Diaries^ II, 344.