‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 13 sur 167 · CHAPITRE PREMIER. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. Il

dire au prince d'Orange que ce n'était qu'avec l'aide de la France et le concours de la ville d'Amsterdam qu*il pouvait maintenir son pouvoir et sa dignité. Le prince était alors trop bien conseillé pour ne pas voir la dangereuse tendance de ces conseils. Mais, le 6 décembre 1782, quelquesuns de ses amis, plus zélés que sages, essayèrent de faire naître des troubles en sa faveur. Leurs mesures mal concertées eurent un résultat tout contraire à celui qu'ils attendaient, et animèrent à tel point le peuple contre le Stathouder qu'il se crut en danger et fut assez faible pour en appeler au roi de Prusse, qui lui promit son concours, mais sous une condition , celle de ne plus s'opposer aux vues de la France sur la République. Depuis ce temps, il est sous la dépendance de la Prusse, comme le parti patriote est sous celle de la France. Mais les intérêts et les opérations des deux puissances sont restés distincts, tant que l'on n'a pas connu les prétentions de l'Empereur sur l'Escaut. Le roi de Prusse, dont le premier objet depuis beaucoup d'années est l'alliance française, a regardé le moment comme favorable, et n'a pa^ cru la payer trop cher en sacrifiant le Stathouder'. »

Cette dépêche de sir James Harris est intéressante et vaut la peine d'être étudiée. A la suite de la guerre de Sept ans, l'influence française avait

* Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 17 déc. 1784. Diaries, \\, 81.

été ruinée aux Pays-Bas ; le duc de Brunswick dans sa toute-puissance avait dirigé, sans varier, le gouvernement dans le sens de l'Angleterre et des intérêts anglais ; et quand, en 1776, le duc de la Vauguyon fut envoyé à la Haye par la cour de Versailles, la France pouvait encore compter dans les Provinces quelques amis restés fidèles à d'anciens souvenirs, elle n'avait plus de partisans. Mais M. de Vergennes avait eu la main heureuse en choisissant pour cette mission le fils de l'ancien gouverneur de Louis XVI.

M. de la Vauguyon', intelligent, énergique et modéré, mit tout son honneur à reconstituer un parti français, et il y réussit. Dès le début de son ambassade, après une tentative infructueuse de conciliation, il comprit que le Stathouder ne pouvait être ramené, et se décida à agir malgré lui et presque contre lui. C'était en Hollande et à Amsterdam, « cette grosse cloche de la province » , que se trouvaient les rares politiques encore bien disposés pour la cour de Versailles ; ce fut à la Hollande et à Amsterdam que M. de la Vauguyon réserva ses soins les plus empressés et ses plus aimables attentions. Sans faire beaucoup de bruit de ses projets,* sans dépenser beaucoup d'argent,

* Paul- François de Quelen de S tuer de Caussade, duc de la Vau{>uyon, successivement ambassadeur auprès des Etats-Généraux des Provinces- Unies en 1776, ambassadeur à Madrid, ministre des affaires étrangères.

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