‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 14 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

habileté rare chez un diplomate au dix-huitième siècle y il sut faire respecter la France et montra qu'il fallait de nouveau compter avec elle. Sa maison hospitalière devint le centre d'un véritable groupe ; et tous ceux qui regrettaient de ne voir dans le Stathouder qu' « un vice-roi de l'Angleterre aux Pays-Bas » apprirent à venir chercher chez lui des conseils et des instructions.

M. de la Yauguyon n'eut pas seulement recours aux belles paroles et aux bons dîners pour séduire les Hollandais. Il connaissait trop bien les hommes pour ne pas savoir qu'un chef de parti doit favoriser l'ambition et protéger les intérêts de ceux qui le suivent.

Le pensionnaire d'Amsterdam, M. Van Berckel, était un homme actif et énergique , dévoué à la ville qu'il représentait, opposé au Stathouder, aimant le pouvoir et désireux de se faire connaître. L'ambassadeur de France lui inspira confiance par sa loyauté, et lui persuada que la France seule pouvait servir utilement la province de Hollande, la ville d'Amsterdam et son pensionnaire. Du jour où l'alliance entre M. de la Yauguyon et M. Van Berckel fut définitive, l'influence anglaise fut menacée dans les Pays-Bas, tant était grande l'action d'Amsterdam sur la Hollande et par la Hollande sur les États-Généraux.

Quand, en 1779, la guerre éclata entre la France et l'Angleterre, si les Pays-Bas restèrent

neutres, ce fut grâce à l'habileté et à la prudence de M. de la Vauguyon, qui, rappelant à tout propos l'importance des bons rapports commerciaux entre les deux pays^ n'hésita pas à demander au conseil du Roi de favoriser Amsterdam et de suspendre les privilèges des autres villes dans les ports français tant qu'elles ne se rallieraient pas au même système. Cette mesure fut couronnée d'un plein succès, qu'augmentèrent encore la morgue hautaine et l'insolence presque brutale du chevalier Yorke, alors ministre d'Angleterre à la Haye.

Cette dernière puissance, mécontente d'avoir vu la République accéder à la Ligue formée par Catherine II pour faire respecter les pavillons neutres, en vint bientôt à lui reprocher de vivre en trop bons termes avec les États-Unis d'Amérique. L'ambassadeur du Congrès auprès des Provinces, Henry Laurens, ayant été fait prisonnier par les Anglais pendant la traversée, ses malles furent visitées, ses papiers examinés, et l'on y trouva un traité entre les deux Républiques.

On raconte que quelques années auparavant, lorsque la nouvelle d'une alliance entre la France et les Américains s'était répandue, lord Stormont, ambassadeur d'Angleterre à Paris, s'en plaignit avec amertume au ministre d'État, M. de Maurepas : « Cela a été dit dans les carrosses du Roi » , ajouta-t-il pour prouver la vérité de ses assertions tt Et moi, je vous assure que le contraire

Page 1