‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 131 sur 167 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

sa volonté ferme et raisonnée, par son courage, le ministre anglais ctnit parvenu à ses fins.

Ce n'est pas le courage, assurément, qui manquait aux négociateurs français; ils ne savaient, par malheur, ni ce qu'ils voulaient, ni ce qu'ils pouvaient. Beaucoup de petites mesures prises à regret, un langage énergique et des résolutions indécises, la crainte de se compromettre et la peur de manquera la dignité; toutes ces contradictions, toutes ces hésitations , toutes ces maladresses ne pouvaient l'emporter sur la conduite virile, active , audacieuse du gouvernement britannique. Il serait injuste, pourtant, de faire tomber sur le Roi et sur Montmorin toute la responsabilité d'une situation difficile et de tergiversations qui produisaient en Europe le plus déplorable effet. M. de Loménie de Brienne, nommé contrôleur général et bientôt principal ministre, avait porté dans l'administration des finances, puis dans la politique générale, toiit le désordre de sa vie privée. Intelligent et corrompu, il ne savait employer ses facultés brillantes qu'à faciliter ou excuser des prodigalités dangereuses, et en voulait aux importuns qui venaient troubler ses plaisirs. Quand on voulut presser les armements de Givet, on découvrit que les sommes réservées pour ce motif étaient déjà dépensées. Les émissaires envoyés par le duc de Brunswick purent revenir en disant que le camp était désert et que l'on y

24g UNE INVASION PRUSSIENNE EN HOLLANDE.

cherchait en vain des soldats français. La France, déjà profondément troublée par les approches de la Révolution, entrait dans cette crise terrible dont elle n'est pas sortie encore aujourd'hui. La vieille monarchie était ébranlée, la vieille armée était désorganisée. Après avoir vivement combattu Tintervention anglaise, M. de Montmorin en venait à déclarer, dans sa dépêche du 3 août, « que la prudence et l'intérêt essentiel de leur pays voulaient que les patriotes consentissent à l'admission » de cette puissance. <» Il n'est point dit que parce qu'elle participera à la pacification des Provinces- Unies, elle en dictera impérieusement les conditions. Le Roi aura son opinion et saura la soutenir'. » Après avoir insisté sur la vanité des réclamations prussiennes, au sujet de l'incident de Schoonhoven, le ministre, tout en maintenant «qu'il n'était pas dû de réparation » , conseillait aux États de Hollande une démarche de politesse vis-à-vis de la princesse. «Le roi de Prusse ne demande pas mieux que d'être retiré du faux pas que trop de précipitation lui a fait prendre; nous sommes d'avis qu'il convient de lui en faciliter les moyens... Au surplus. Monsieur, disait en terminant M. de Mont-

* Montmorin à Vérac. Hollande, 574.

Montmorin disait dans cette même dépcche: « Quant à l'Angleterre, on ne saurait dissimuler les inconvénients que présente son intervention. Cette puissance, pîfjuée de ne plus pouvoir traiter la République comme une province an^jlaise, voudrait ou recouvrer son alliance ou la rendre illusoire pour la France. »

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