CHAPITRE HUITIÈME
lemeyer pouvait invoquer les « vuesconciliatoires » qu'il ne cessait de professer; il n'en adressait pas moins aux États de Hollande les factums les plus insultants, au nom du Roi son maître, et se plaignait avec aiçreur de la Gazette de Woerden « qui avait osé donner un démenti formel aux faits exposés dans son mémoire ^ » .
M. de Montmorin ne se flattait déjà plus d'imposer sa manière de voir au gouvernement prussien •
« Quelque précipitée et quelque inconsidérée que soit la conduite du roi de Prusse » , écrivait-il le 20 août, le Roi pense, Monsieur, qu'il est d'une nécessité absolue d'en prévenir les effets, sans perdre de temps à discuter si les plaintes de ce monarque sont bien ou mal fondées. Le Roi se flatte d'autant plus que Ton adhérera à son avis, que le parti que les États de Hollande vont prendre décidera de la guerre ou de la paix, et qu'il est impossible, en présupposant la guerre, que le Roi s'y laisse entraîner selon le bon plaisir des patriotes*.»
« L'expédition d'aujourd'hui est l'extrême onction » , disait de son côté, le 24 août, M. de Ray-
' M. de Thulemeyerà M. de Bleiswyck, pensionnaire de Hollande.
Dans une lettre du 14 août à Vérac sur le même sujet, M. de Tliulemeyer va jusqu'à dire : c Votre Excellence connaît les vues conciliatoires qui m'animent, mais elles n'auraient certainement point l'efficacité que je désire, si on ne bride point les rédacteurs de ces feuilles pernicieuses, qui ne cessent de dénaturer les faits et de dérober la connaissance de la vérité au peuple. »
^ Montmorin a Vérac, 20 août i78T«
neval à Bourgoing. u Si elle ne produit pas son effet, nous sommes à bout de voies. Je tranche la question en vous disant péremptoirement qu'il faut apaiser le roi de Prusse. Il serait affreux que pour un aussi mince incident le feu dût être mis aux quatre coins du monde. Ce qui me tourmente le plus, ce sont nos affaires intérieures; elles vont de mal en pis^ » La cour de France conseillait aux États d'autoriser le voyage à la Haye de la princesse d'Orange et de l'inviter à s'y rendre, dès que la sécurité publique le permettrait. Le texte même de la réponse à faire au roi de Prusse était envoyé de Versailles. « L. N. et G. P. persistent à penser qu'il n'a été commis aucun attentat contre la personne de madame la princesse d'Orange. Jamais L. N. et G. P. n'ont eu dans la pensée que cette princesse eût des vues sinistres, en se déterminant à venir ,à la Haye. Elles désirent surtout que Son Altesse Royale, vu son intention louable de coopérer à une réconciliation, diffère son voyage jusqu'à ce que cet ouvrage salutaire puisse être en^ trepris*. n
1 Bayneval à Bourgoîng, 24 août 1787 : m MM. les gazetiers d'Amsterdam et de Leyde ont fait plus de mal que Taventure même de Son Altesse Royale. Au nom de Dieu, qu'on se hâte de terminer cette misérable affaire de la satisfaction... M. le comte de Montmorin n'a pas le temps de vous écrire, il est accablé de besogne et de comités. « Hollande, 574, n^* 53.
• Hollande, 574, n® 43. « Substance de la réponse à faire par les États de Hollande à la cour de Berlin. »