CHAPITRE IICITIÊME
Quelle que pût être l'opinion de M. de Vérac sur le changement d'attitude du {jouvernement français, le courrier du 20 août lui apportait une nouvelle plus grave encore que le conseil donné aux États. Le Roi avait ordonné son retour en France. a Je ne vous dissimulerai pas qu*il a également résolu que vous ne retourneriez pas à la Haye. Sa Majesté a disposé de l'ambassade de Hollande, en faveur de M. le comte de Saint-Priest^ » M. de Montmorin n'ajoutait pas que le duc de la Vauguyon avait longuement insisté pour reprendre le poste qu'il avait dignement occupé, et qu'on lui avait répondu par un refus. Le coup était dur pour Vérac; il était terrible pour les patriotes. Rappeler l'ambassadeur dans de telles circonstances, c'était condamner la Hollande et le parti républicain. La cour de France avait enfin compris que l'accord de l'Angleterre et de la Prusse était absolu. Les archives des affaires étrangères contiennent, pour le mois d'août 1787, un très-grand nombre de mémoires sur la Hollande, sur les moyens de la défendre et d'établir sa constitution. Il était trop tard pour avoir recours aux paperasses diplomatiques,
1 Dans une dépêche du même jour, Monimorin insiste encore sur Tinfluence exercée par les journaux hollandais sur le roi de Prusse : « Cette cour regarde Jeur langage comme un défi de la part des patriotes. Je sais positivement que cette opinion influe sur la persévérance de Sa Majesté Prussienne à faire marcher ses troupes... Les gazettes doivent rapporter des faits, et non se jnêler déjuger les souverains et de diriger leurs cabinets ».
mais la France n'était pas prête à tenir un autre langage, et les armements longtemps retardés étaient plus apparents que réels. Il fallait gagner rhiver avant de pouvoir engager la lutte.
a Ce n'est pas avec nos plumes, mais avec nos épées que nous devons traiter de la médiation, si nous voulons la faire avec succès » , disait sir James Harris qui ignorait encore le rappel de M. de Vérac. " On parle d'une insurrection populaire en France ; si Dieu voulait les punir par où ils ont péché, comme j'admirerais la sagesse divine^ ! »
La cour de Berlin continuait à faire parade de son épée pour traiter de la médiation. Elle persistait à exiger une satisfaction, à l'exiger dans les termes les plus menaçants. « En cas de refus, l'armée de Westphalie passait la frontière. •• Il ne pourrait jamais être question d'une rétractation de madame la princesse.» — «J'ai lu à nos amis la réponse de la cour de Berlin» , disait Vérac qui se préparait à partir, u Ils en ont été vivement affectés; ils sentent trop la nécessité d'écarter une armée étrangère des frontières de la République, pour ne pas suivre le conseil que le Roi daigne leur donner surTincident de la satisfaction. » Amsterdam seul s^opposait à toute concession; le Conseil ne voulait pas s'abaisser et se déclarait prêt à tout pour défendre la liberté. Plus d'une fois déjà l'on avait
1 Sir James Harris à lord Carmarllien, 21 août 1787. Diaries, II, 359. La phrase en italique est en français dans 1 original*