CHAPITRE HUITIÈME
sauve la Hollande, en la mettant sous l'eau. Pourquoi la France ayait-elle changé d'attitude? « Si nous perdons encore une fois Amsterdam, il faut renoncer h regagner cette ville, et je vous laisse à penser les conséquences, relativement au maintien de notre système. « Le 8 septembre, malgré la résistance prolongée d'Amsterdam, les États de Hollande se décidaient à une dernière démarche pacifique et adressaient à la cour de Prusse la lettre rédigée parle cabinet de Versailles. M. de Vérac, en l'annonçant et avant de terminer sa dernière dépêche, insistait sur la nécessité absolue de défendre (départi patriotique, ou plutôt, il osait le dire^ le parti français, puisque ce sont ceux qui le composent qui luttent depuis sept ans contre nos ennemis^ »•
Si la cour de France, impuissante à secourir la Hollande, avait cru la sauver en lui conseillant des concessions, elle avait mal compris les intentions de l'Angleterre et de la Prusse. Dès le 29 août, sir James Harris communiquait à la princesse « des nouvelles aussi satisfaisantes qu'intéressantes • . M. Eden venait de faire une démarche décisive auprès de Montmorin. Le roi George a applaudissait hautement la conduite du roi de Prusse, approuvait entièrement rassemblement d'un corps d'armée dans le pays de Clèves et n'hésitait pas à
1 Vérac à Montmorin, 8 septembre 1787%
dire que si la France s'avisait d'en assembler un à Givet, ou ailleurs, il se verrait dans le cas de prendre des mesures qui pourraient mener à des suites désagréables'», La cour de Londres se déclarait prête à adopter, de concert avec la Prusse, un plan qu'elle soutiendrait de toutes les manières. « Je vous recommande les environs^de Givet » , écrivait le duc de Brunsw^ick à sir James Harris luimême; nsi les Français ne nous troublent point, je me flatte que notre opération ne sera pas de bien longue durée*. »
Ce fut le 8 septembre, avant midi, que la lettre des États de Hollande fut communiquée à M. de Thulemeyer, pour être envoyée à Berlin. Le soir même, un courrier partait pour cette ville. Le 9 septembre, à huit heures du matin, le ministre prussien se rendait chez le Grand Pensionnaire et lui demandait de convoquer l'Assemblée pour le lendemain. La réponse des États n'avait pas paru (c satisfaisante » au Roi son maître, qui faisait déposer un ultimatum. Le Roi réclamait des excuses nettes, complètes, absolues, la révocation formelle
1 Sir James Harris à la princesse d*Orange, en français. Diaries, II, 363.
« Ma cour a déclaré en termes très-nets et précis à celle de Versailles que le Hoi sent très- vivement l'insulte faite à Votre Altesse Boyale... Cette pièce finit par un petit mot, pour prouver que le prince Stathouder n'est pas serviteur de la république) mais partie primitive et intégrante de la souveraineté. »
' Le duc de Brunswick à sir James Harris. De Wesel, lé 6 septembre 1787. Diaries, II, 366.