CHAPITRE PREMIER
a ëtë dit dans les carrosses de la Reine » , répondit finement Maurepas.
Les diplomates des Pays-Bas s'efforcèrent de résoudre cette difficulté, à la manière du spirituel et frivole épicurien « qui jouait le rôle de premier ministre, pour apprendre au Roi à s'en passer » . Le traité, dirent-ils, n'a été signé que par Van Berckel, pensionnaire d'Amsterdam, et sans autorisation. Les États ne Font jamais approuvé.
Bien que lord Stormont reconnût que la «transaction semblait l'œuvre de quelques individus » , et que le comte de Hillesborough ' voulût bien admettre le bien fondé de la réponse des Provinces-Unies, le gouvernement britannique ne se laissa pas arrêter dans ses désirs belliqueux par de telles considérations. Henry Laurens, enfermé à la Tour, fut mis au secret, sans pouvoir même obtenir des plumes et de l'encre pour se défendre; et les ministres de George III, se résolurent à faire « pour la guerre le meilleur usage possible n des papiers de l'envoyé du Congrès. Le chevalier Yorke n'écrivait-il pas que « la République était dépourvue de tout moyen de défense, qu'elle n'avait ni flottes ni armées» , que ses colonies semblaient abandonnées? « Saint-Ëustache est la mine d'or du moment», ajoutait-il. Les négociations traînèrent pendant quelques jours, le temps de permettre à la
1 Secrétaire d*État pour les colonies.
flotte anglaise de se préparer à l'expédition. Quand tout fut prêt, le cabinet de Saint-James répondit par une brusque déclaration de guerre aux ofFres conciliantes de la Hollande.
Yorke reçut Tordre de quitter la Haye, sans prendre congé; les amiraux de l'escadre royale s'emparèrent de près de deux cents navires portant pour quinze millions de florins de marchandises ; les colonies de Saint-Eustache , Saint-Martin et Saba furent enlevées au mépris de tous les traités.
Ces procédés violents ne furent pas de nature, on le conçoit facilement, à réconcilier les esprits avec l'Angleterre. Le sentiment patriotique se réveilla comme dans toutes les crises, mais Guillaume V ne sut pas s'en servir, comme avaient su en profiter Guillaume P'^et Guillaume HI. Indolent et maladroit, il ne fit procéder qu'avec lenteur aux armements et aux approvisionnements nécessaires, et choisit avec soin parmi les ofBciers de marine ceux qui passaient pour les moins favorables à Talliance française. Quand, enfin, l'escadre fut prête à partir, il invoqua ou fit invoquer mille prétextes pour la retenir dans les ports, et rendit facile, par sa négligence ou sa mauvaise volonté, les attaques et les accusations du parti qui lui était contraire. Les patriotes, ainsi qu'ils s'appelèrent, ne perdaient aucune occasion de proclamer la trahison » du Stathouder. Par leurs discours, par leurs écrits^ par mille brochures répandues à profil-