CHAPITRE NEUVIÈME
trois feux, en y comprenant la petite armée hollandaise campée à Amsterdam et forte de dix mille hommes environ. Un troisième corps, fort de dix à douze mille hommes, serait embarqué à Dunkerque et transporté à Helvoët et à la Brille « pour diviser les forces de ces deux places et les prendre toutes deux à la fois. Si tout cela se fait promptement, la Hollande sera délivrée des troupes prussiennes; si cela ne se fait pas, elle est perdue ^ » Gela ne devait pas se faire, et la Hollande était perdue.
Tous les efforts de M. de Ségur pour attirer l'attention du Roi sur les affaires de Hollande restèrent inutiles. Louis XYI ne voulait que du bien à ses alliés, il ne savait pas prendre une décision, et M. de Loménie de Brienne faisait tout pour l'en empêcher. A quatre reprises différentes, le ministre de la guerre voulut lire au Conseil un mémoire où il déclarait l'urgente nécessité d'une démonstration militaire; quatre fois de suite, le premier ministre parvint à détourner l'esprit du Roi en l'occupant de questions secondaires, et les séances qu'il eût fallu consacrer à la formation du camp de Givet furent employées à écouter de longues anecdotes fort bien contées par M. de Malesherbes*. L'influence de M. de Loménie de
1 Note de M. Paulus remise ^ M. de Saint-Priest, le 21 septembre. Affaires étrangères. Hollande, 574, n^ lf)3.
* Ces faits sont racontés avec une grande précision par M. de
Brienne ravuit emporte. MM. de Ségur et de Castries se retiraient du ministèrefCtron s'efforçait, à Versailles, d'oublier les patriotes iouten gardant rancune h la Prusse. Le 21 septembre, M. de Montmorin sonnait le glas funèbre de la cause républicaine en répondant à M. de Saint-Priest que les événements obligeaient à rester à Bruxelles. « Ne perdez aucune occasion de montrer le plus grand désir de notre part de venir au secours de la province de Hollande. Il s'agit d'en trouver les moyens; je les crois difficiles, même impossibles pour le moment. Mais le printemps peut et doit nous donner des facultés qui nous manquent quant à présent. L'idée d'une diversion dans les États du roi de Prusse me parait absolument impraticable ^ »
Ségur, fils (lu ministre de la guerre, et qui était alors ministre de France en Russie. Il affirme que M. defirienn'*, connaissant la sympathie du Roi pourMalesherbeset legoûtqu'avaitMalesIierbes à raconter des anecdotes, « se servit de cet étrange et presque ridicule moyen, » pour retarder la discussion sur les affaires de Hollande. Chaque fois qu'elle allait s'engager, M. de Brienne excitait Malesherbes, et le vertueux ministre tombait dans le piège tendu par le prélat peu vertueux. «On aura peine à croire, continue M. de Ségur, que quatre séances, c'est-à-dire quinze jours, se perdirent ainsi. La discussion des moyens à prendre ne venait que d'être terminée lorsqu'on apprit la prompte invasion du duc de Brunswick, la terreur des Hollandais, la défection du prince de Salm. » « Cette anecdote, dit encore M. de Ségur, peut servir à apprendre à ceux qui veulent écrire Thistoire, sans en avoir connu les acteurs et sans les avoir pris dans l'intérieur des coulisses, quelles sont souvent les causes légères et presque puériles qui influent sur les affaires de la plus haute importance. « M. DE SÉGUR, Mémoires, 3« édition, t. 111, p. 241 et suiv. ' Montmorin à Saint-Priest. Hollande, 574^ n<* 135*