CHAPITRE NEUVIÈME
C'était trop compter sur la bonne volonté du duc de Brunswick que de s'en remettre au printemps, pour retrouver les facultés qui manquaient à la France. La dernière ressource employée par les patriotes devait leur faire défaut comme le secours de leur allié. Les digues et les écluses étaient rompues, mais ia mer n'avançait pas; elle avait couvert des plaines fertiles, elle ne barrait pas la route k Tinvasion, et les vents favorables ne se décidaient pas à soufQer. Le sacrifice héroïque qui avait pu défendre les Pays-Bas contre Philippe II et LouisXIV était impuissant contre Frédéric-Guillaume. Le duc de Brunswick ne s'était pas contenté de préparer avec soin son expédition militaire, il avait prévu le cas d'une inondation et calculé sur les quartiers de la lune la date précise de son entrée en campagne. Si le courrier, chargé de porter à Berlin la dernière réponse des États de Hollande, avait pu faire en quelques heures une traite qui demandait quelques jours, c'est qu'il fallait profiter des basses marées. Le général dé Pfau, qui a donné en 1790, sur cette tournée des armées prussiennes, un récit très-completettrès-détaillé, digne d'être comparé aux dernières publications du grand état-major allemand, fait remarquer avec soin cette preuve de la prudence du duc de Brunswick ' . Il
* Th. Ph. DE Pfau, Geschiedenis vander veldtogt der Fruissen in Hoiland in 1787. Amsterdam, 1792. Il existe une traduction française de cet ouvrage publié à Berlin.
insiste, non sans lourdeur, sur la précision géométrique de ces opérations militaires. Ces éloges sont mérités; pendant qu'on se livrait au simulacre de négociations paciBques, le duc de Brunswick combinait tous ses mouvements, avec la précision d'un homme de guerre qui serait mathématicien. Grâce à de nombreux espions partout répandus, grâce surtout aux renseignements minutieux que pouvaient lui donner la princesse d*Orange et les officiers du Stathouder, il réglait dans leurs moindres détails Tordre et la marche de ses troupes, préparait les approvisionnements, organisait les magasins et les hôpitaux'. Instruitdu nombre, de la valeur, de la disposition des soldats hollandais, il savait que sur les neuf à dix mille hommes qui lui seraient opposés, beaucoup ne demandaient qu'à se soumettre; que les corps francs, plus énergiques, étaient moins disciplinés; que le Rhingrave n'était pas très-courageux, et que sa fidélité était au-dessous de son courage*. Envelopper dans un
1 Le baron de Trosschke remarque, non sans raison, que le duc de Brunswick avait adopté certaines mesures que Ton croit avoir inventées depuis lors : entre autres, les hôpitaux flottants. Il avait fait organiser huit grands vaisseaux du Rhin pour les malades et les blessés. Un neuvième servait au transport des médecins, de» gardes et des remèdes.
3 M, de Trosschke, comme M. de Clausewitz, exagère de beaucoup la force des patriotes et les difficultés vaincues par les- Prussiens. Il évalue à vingt mille hommes environ les soldats que la> Hollande pouvait opposer au duc de Brunswick. Il porte ce chiffre à quarante mille, en y joignant les auxiliaires et les milices, et