‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 149 sur 167 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

chargé d'enlever la ville, voyait avant d'y arriver le drapeau orange flotter sur les murs de la citadelle. Quelques grenadiers, avec deux pièces de campagne, s'emparaient d'une frëgate qui croisait sur le grand canal ; le capitaine chargé de la défendre cédait sans même tirer un coup de canon, et les soldats improvisés marins remplaçaient les matelots hollandais qu'on internait à Yianen. La division du comte Von Lottum rencontrait plus de difficultés. Parvenue rapidement jusqu'à Amersfoort, elle occupait Soest et Soestdyck. Hilversunii, défendu un moment par les patriotes, était pris sans grand combat, mais Naerden opposait une résistance plus vive : « Nous avons tellement canonné les Prussiens qu'ils ont disparu au point du jour » , écrivait, le 19 septembre au matin, M. de Frescheville à Gaillard ; « nous sommes on ne peut mieux disposés à les attendre ^ » Le fort d'Hinderham ne tombait qu'après un assaut où l'ennemi éprouvait des pertes sérieuses; une partie de la garnison, plutôt que de se rendre, sautait dans les fossés et se retirait à Amsterdam, vainement poursuivie par le vainqueur. Nieuv\rersluys arrêtait pendant deux jours le comte de Kalkreuth qui faisait sommer la place. La garnison aurait libre passage, mais, dès que le premier coup de canon serait tiré,

1 Post-'Serif.tum d*ane lettre de Gaûllard h Martin. « Extrait d'une lettre que je reçois à Tinstant de M. de Frescheville, un de nos ingénieurs, datée de Naerden, le 19 septembre 1787. >

ce serait en vain qu'elle battrait la chamade et qu'elle demanderait quartier. M. d'Averhoult, qui commandait, répondît par un refus. Une tentative du comte de Kalkreuth contre un corps de patriotes échoua. Il adressa une nouvelle sommation. Les assiégés, cernés de toutes parts, ne pouvaient espérer aucun secours. D'Averhoult réunit un conseil de guerre, qui (ut d'avis de se rendre; on lui accorda les honneurs militaires ; les officiers et les soldats obtinrent le droit de conserver leur bagage. Plus l'armée d'invasion s'approchait d'Amsterdam, plus la résistance devenait honorable et sérieuse ; les points stratégiques protégeant la ville étaient tous défendus; une ardeur patriotique animait les habitants de la grande cité ; mais, dans tout le reste de la province comme en Overyssel, comme en Groningue, les tentatives de courage étaient aussi rares qu'inutiles. Un Boileau prussien eût pu faire une nouvelle ode, pour flatter le monarque allemand qui croyait imiter Louis XIV. Les forteresses armées des noms les plus barbares Rabaissaient leurs ponts-levis devant les trompettes du duc de Brunswick. La conscience des casuistes timides, comme celle des poltrons effarés, devait bientôt se trouver à l'aise. Sur le conseil de sir James Harris, les États de Hollande, incomplets et modifiés, bénissaient la Providence d'avoir rétabli l'ordre troublé. Tout était pour le mieux, et le roi. de Prusse était un sauveur. Amsterdam seul et les [derniers patrio-

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