CHAPITRE PREMIER
vouloir anéantir le stathoudérat et d'avoir vendu leur patrie à la France, pour s'assurer Tappui de cette puissance dans Texécution de ce projet.
« Le Patriote de la vieille roche » , De Ouder^ wetse patri'ot, rédigé en hollandais et plus véhément encore, harcelait sans relâche le parti dont il avait adopté le nom, pour mieux le combattre. L'or français jouait un rôle constant dans la polémique de cette feuille ; c'était par l'or français que les régences d'Amsterdam et de Harlem avaient été corrompues ; c'était à l'or français que Ton devait attribuer tous les malheurs et toutes les tristesses de l'époque. De nombreuses brochures, que l'on avait bien soin d'indiquer comme imprimées « chez le libraire de Son Altesse le Prince stathouder n , étaient distribuées gratuitement ou presque gratuitement sous les auspices du duc, et s'adressaient aux différentes classes de la société, pour outrager ou menacer les adversaires de la cause orangiste.
Les patriotes résolurent de répondre par un coup droit à cette guerre de plume. Grâce à un hasard inespéré, le fameux « acte de consultation» passé entre le Stathouder et Brunsvrick était venu à leur connaissance ; ils savaient que le pensionnaire de Hollande Bleiswyck avait participé à la rédaction de cet acte, et tenaient depuis longtemps cet homme d'État dans leur dépendance par la crainte de voir sa collaboration divulguée.
Le moment leur parut bon pour publier la
preuve du pouvoir occulte du duc. Cette mesure leur réussit. L'étonnement, la colère, Tindignation contre ce tuteur du prince, qui maintenait indéfiniment la minorité de son pupille, furedt grands et presque universels. C'est en vain que Guillaume V entreprit, par une lettre aux États- Généraux, de défendre la conduite du duc; en vain que le duc lui-même chercha à se justifier par la publication de sa propre apologie, et qu'il fit chanter ses louanges par ceux que ses adversaires appelaient « les scribes de sa cabale » ; l'effet produit avait été général. Le duc dut finir parle comprendre; il quitta les Pays-Bas et renonça en apparence au rôle qu'il avait joué jusqu'alors. Mais l'empire qu'il avait su prendre sur l'esprit du Stathouder était trop grand pour disparaître aussi subitement. Guillaume resta fidèle à son ancien maître et ne cessa pas de le consulter, non pas publiquement et ouvertement, mais par une correspondance aussi cachée qu'assidue, etdont la publication, sous le titre de : Secret du Stathouder, ajouterait un curieux chapitre à l'histoire des négociations secrètes au siècle dernier.
Par une coïncidence étrange, et que Ton n'a peut-être pas assez remarquée, ce fut au moment même où le duc de Brunswick, fort bien en cour a Vienne, se trouva menacé daiis sa puissance aux Pays-Bas, que l'empereur d'Autriche s'avisa de produire sur la libre navigation de l'Escaut et la