‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 18 sur 167 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

possession de la ville de Maëstricht des prétentions, au sujet desquelles il ne pouvait guère invoquer d'autres droits que la raison du plus fort.

L'émoi fut grand dans les Provinces et raéme à Paris. Les déclarations de Joseph II étaient injustes et parurent inadmissibles; mais fallait-il recommencer une guerre, alors qu'on venait d'en terminer une? Le duc de la Yauguyon répondit à une ouverture des États- Généraux en leur proposant la médiation de la cour de Versailles, qui fut acceptée. Le conseil du Roi se réunit et discuta longuement la question. Non pas que les ministres ne fussent unanimes à blâmer la conduite de Joseph II. Il n'avait d'autre but, disait-on, que de faire avorter le traité d'alliance projeté entre la France et les Pays-Bas, et de rétablir l'influence anglaise ébranlée. Mais la France elle-même avait été éprouvée par la dernière guerre; elle venait de mécontenter l'Empereur en s'opposant à ses vues sur le partage de la Turquie. M. de Galonné déclarait « que l'administration des finances ne pouvait former des vœux que pour la paix »» . Vergennes remit au Roi, le 14 octobre 1784, un mémoire où, après lui avoir conseillé d'engager avec l'Empereur une correspondance personnelle sur ce point, il ajoutait ces réflexions que les politiques français n'ont que trop oubliées depuis trente ans : tt On s'est si souvent engagé dans la guerre sans avoir calculé le poids des dépenses à porter que l'é-

puisement des moyens a presque toujours dicte des paix peu honorables. Si c'est une erreur de paraître quelquefois négliger des intérêts de quelque considération, c'en est une bien plus capitale d'entreprendre au delà de ses forces et de finir par mettre à découvert l'épuisement de ses moyens et son impuissance. »

Mais ces vues sages et modérées n'empêchaient pas le ministre du Roi de savoir tenir, au besoin, un langage dont la calme dignité ne peut qu'étonner ceux qui nous gouvernent aujourd'hui : « En résistant à la demande de l'ouverture de l'Escaut » , disait une déclaration remise à l'Empereur le 17 novembre, «les Hollandais n'ont fait que soutenir un droit qu'ils exercent sans trouble depuis près d'un siècle et demi, qui leur est assuré par un traité solennel et qu'ils regardent coïnme la base même de leur existence » . Si l'Empereur se refuse à » établir une discussion dont le résultat devra naturellement dépendre des titres respectifs^ il est à craindre qu'il n'excite une inquiétude générale, et que la plupart des puissances ne se croient dans le cas de prendre les précautions et les mesures que les événements pourraient exiger de leur part. Le Roi lui-même ne pourrait se dispenser d'assembler des troupes «ur ses frontières. D'ailleurs, dans aucune hypothèse, Sa Majesté ne pourrait être indifférente au sort des Provinces- Uniesy et les voir attaquer dans leurs droits et dans

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