CHAPITRE DEUXIEME
insurrection ce qu'une insurrection seule peut produire * . »
Dans sa réponse, en date du 14 décembre, le marquis de Carmarthen recommandait au ministre d'Angleterre de « saper autant que possible l'influence usurpée et despotique de la France, mais de ne pas acheter même ce résultat en soutenant à tout prix les restes affaiblis et appauvris d'un pays divisé et en détresse * » .
« La Hollande a peur de tout, soufFre tout, se plaint de tout et ne se garantit de rien » , avait dit, quelques années auparavant, le comte de Broglie, devançant l'opinion de lord Carmarthen.
M. de Yergennes ne méprisait pas tant la Hollande que lord Carmarthen ou M. de Broglie; comme M. de la Vauguyon et avec sir James Harris lui-même, il croyait à la grande vitalité de ce petit pays, et tenait pour sa patrie à l'alliance des Provinces-Unies.
Dans ses instructions à M. de Yérac, en date du 4 janvier 1785, il n'avait garde d'oublier « l'intérêt qu'avait la France à s'assurer une coopération très-précieuse ^ans les guerres futures contre la Grande-Bretagne » , et recommandait à l'ambassadeur d'insister sur l'importance de cette alliance ^ pour les Pays-Bas eux-mêmes, « auxquels elle as-
' Sir James Harris au marquis de Carmarthen. La Haye, 10 déc. 1784. Diaries and Correspondence, II, 78. 2 Diaries, etc., II, 80.
surait un appui pour la guerre dont ils sont menacés de la part de TEmpereur » . Il avertissait M. de Vérac « d'avoir un œil attentif sur la marine hollandaise, parce que sans ses forces maritimes, la République serait non-seulement un allié inutile, mais même embarrassant pour la France» . Quant aux luttes des partis, a aussi longtemps que Sa Majesté verra M. le stathouder bon républicain, il pourra compter sur l'affection la plus constante de sa part>' . Mais il ne faut pas oublier u que c'est au courage et à la persévérance des vrais républicains que le Boiest redevable du changement qui s'est opéré dans la République en faveur de la France » .
Dès son arrivée à la Haye, le marquis de Vérac reçut la visite de M. Thulemeyer, le ministre de Prusse. Il venait lui déclarer que son maître désapprouvait le Stathouder, et voyait avec satisfaction l'intérêt que la France prenait à la République'. « Sa Majesté n'ignorait pas que M. le stathouder avait eu des torls, et surtout celui de se laisser guider par le prince Louis de Brunswick » . M. de Vérac reçut poliment ces ouvertures, mais répliqua que si quelque chose pouvait ramener le prince et lui faire impression, ce serait sans doute lesconseils que Sa Majesté Prussienne voudrait bien lui donner. Frédéric le Grand avait deviné cette
^ Du marquis de Vérac, il février 1785.