‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 25 sur 167 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

la principauté de Salm eût pu mener des jours paisibles au milieu d'une petite cour; mais au dixhuitième siècle comme aujourd'hui, c'était a Paris seulement que l'on était réputé s'amuser, et Frédéric de Salm voulait s'amuser. Aimable, bien fait, riche, spirituel, allié à beaucoup de familles considérables, il se fit bientôt remarquer de la société polie et galante qui entourait Marie-Antoinette. Sa considération n'y fut pas de longue durée ; bien que l'on ne fût pas très-sévère à Trianon, on y trouva rapidement que le Bhingrave était trop facile en morale et trop peu difficile sur le choix des gens qu'il fréquentait. Une querelle de jeu, suivie par un duel où son rôle laissa à désirer, n'ajouta pas à sa considération.

Madame du Deffand rafconte tout au long cette anecdote dans une lettre à Walpole'. M. de Lanjamet, officier au régiment du Roi, issu d'une bonne famille de Bretagne, avait perdu contre le Rhingrave une somme importante qu'il devait payer à terme. Le terme n'était pas échu, que celui-ci mettait publiquement en doute la solvabilité de son débiteur.

M. deLanjamet « chercha de l'argent, s'acquitta, et rencontrant le prince dans les Tuileries, il le traita fort mal ; ils sortirent pour s'aller battre sur

1 Letters of the marquise du Deffand to the hon, Horace ITaZ/^o/e. London, 1810. Vol. III, page 109, 6 mars 1771.

le rempart où il y avait beaucoup de monde » . Le Rhingrave se fit accompagner de son valet de chambre et de son maître d'armes. Son adversaire lui demanda pourquoi ses gens le suivaient. Frédéric de Salm tira son épée sans mot dire, et -sans lâcher un gros manchon qu'il tenait devant lui. M. de Lanjamet lui proposa de se déshabiller, le prince ne lui répondit qu'en marchant sur lui. Le combat s'engagea , M. de Lanjamet tomba. Le mattre d'armes du Rhingrave lui cria : « Plongez vôtre épée 1 » « Le prince l'eût tué par terre, si Lanjamet ne s'était saisi de son épée et ne l'avait brisée. Se relevant alors, il courut sur le prince [qui n'avait plus d'épée et le poursuivit; il était comme un enragé. Le prince a eu quelques légères blessures. » La conclusion du récit est amusante : ft Une madame de Gréqui^ amie de la princesse de Salm, fiit lui rendre visite, ne sachant rien de l'a* venture de son fils. Sa mère lui dit qu'il était incommodé. Elle demanda à le voir; on lui fit quelques difficultés ; elle insista. Le prince étant dans son lit, elle lui demanda pourquoi Ton avait fait des difficultés à la laisser entrer : « C'est qu'il v (c a des tableaux obscènes dans ma chambre » , ditil. « Bah 1 dit-elle, qu'est-ce que cela fait? je suis « si vieille I Je sais que ce sont les impuissants qui « aiment les peintures malhonnêtes, et que ce sont « les poltrons qui veulent toujours se battre. » Madame du Defland ajoute : a Elle ne savait rien de

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