CHAPITRE DEUXIÈME
l'aventure, ce qui a rendu ce propos plaisant, n L'aventure peint le personnage; il sut s'en tirer avec esprit et avec aplomb , et parla beaucoup des malveillants qui avaient dénaturé sa conduite, mais sa considération en resta atteinte. Pas pour bien longtemps, cependant, et le Rhingrave ne se crut pas déshonoré. L'ambition lui vint avec Tâge, sans lui faire perdre le goût des plaisirs. Il désira jouer un rôle politique, non sans cesser de donner de nombreuses rivales à sa femme, et partit pour la Hollande. Ce 6il Blas princier, moins honnête que son modèle, voulut devenir un personnage politique ; il y réussit.
Veut-on une preuve nouvelle de l'aplomb du Rhingrave? elle est tirée, des I»c//rc5 de sîr James Harris : « L'aujtre jour, dans une compagnie mêlée, il assurait que le roi de Prusse lui avait dit que le duc Louis de Brunswick avait une correspondance secrète et traîtresse avec la garnison de Maëstricht, pour livrer cette ville à l'Empereur. Mandé devant le prince d'Orange, il ajouta que le roi de Prusse l'avait chargé de faire connaître tout ceci. Interrogé par le comité secret, il répéta non sans embarras et sans hésitation ce qu'il avait dit, mais avec cette différence sensible, que le roi de Prusse lui avait permis, mais ne l'avait pas chargé de parler. Et comme on lui demandait pourquoi il s'était ainsi avancé dans une compagnie mêlée et non devant le Stathouder ou devant les ministres de la
Bëpublique, il répondit : « C'était par délica- « tesse*. »
Sir James Harris ne s'occupait pas seulement à releveriesmensongesdurhingrave de Salm. Ils'était depuis son arrivée à la Haye persuadé de trois vérités : la première, c'est que l'Angleterre, pour regagner la confiance perdue des Hollandais, devait agir « avec précaution et circonspection* » . La seconde, c'est que « jamais mortels ne furent composés d'argile aussi inanimée, aussi dénuée de toute étincelle du feu de Prométhée que les amis du prince d'Orange* » et le prince lui-même, « qui par suite de cette jalousie méprisable, qui va presque jusqu'à l'imbécillité, aimerait mieux être perdu par sa mollesse que sauvé par l'iiabileté de sa femme^ » . La troisième, « c'est que pour résister aux Français ou pour les vaincre » , l'accord des cours de Berlin et de Londres était nécessaire.
Ayant établi ce qu'il regardait comme des axiomes, convaincu « que le nœud gordien pouvait être défait aussi bien que tranché, et qu*à défaut d'Alexandre on pouvait trouver un Fabius * » . dé-
1 Diaries and Correspondence, 11 mars 1785, II, 111.
« 4 janvier 1785. Diaries, II, 91.
3 Sir James Harris au marquis de Carmarthen. La Haye. 15 février 1785. Diaries, etc., 11, 108.
* Sir James Harris à M. Ewart, secrétaire de la égation an- {«laise à Berlin, 28 février et 19 avril 1785. Diaries, etc., Hl. 113 et 119.
^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 15 février 1785 Diaries^ etc., 11,109.