CHAPITRE DEUXIÈME
cidé à être lui-même le « temporisateur » destine à déjouer la politique française, sir James Harris mit tout en œuvre pour parvenir h ses fins. Pour plaire aux Hollandais, il se décida à signer pour sa maison un bail de cinq ans. u II n'est pas convenable pour un ministre de roi de loger dans une auberge. Si je veux ne rien faire de remarquable, je dois me servir de la broche aussi bien que de la plume. Les cœurs hollandais sont près de leurs estomacs^. J'habitue mon esprit a la monotonie et à la gravité, mes yeux aux dents noires et aux lèvres blanches, mon nez à l'odeur du tabac et des pieds malpropres, mon estomac au fromage, au beurre et aux harengs. » — « J'en serai quitte pour quelques indigestions morales et physiques» , ajoute* t-il dans une lettre adressée « non au secrétaire d'État, mais à mon ami^ ; mais dans cinq mois, j'espère devenir aussi carré, aussi solide de corps et d'esprit que le bourgmestre le plus massif de la République. »
Pour réveiller le courage du parti orangiste, il se décida à entrer en relations suivies et constantes avec la princesse elle-même : « Elle m'a parlé avec beaucoup de sagesse et de bon sens de sa situation, écrit-il. Avec beaucoup d'adresse, mais sans rien perdre de sa dignité, elle s'est efforcée de m'inspirer un intérêt profond pour sa position. Je
1 Du même au même, S8 janvier 1785. Diaries^ II, 98. * Du même au mcMiie, 15 février 1785. Diaries, II, 109.
n'ai pas épargne mes peines quant à moi, pour gagner sa confiance et lui persuader que je ne souhaitais que du bien à elle et à sa maison ^ » Sir James Harris ajoutait quelques jours plus tard : « Je reviens d'une longue et secrète entrevue avec la princesse d'Orange, dans les jardins du bois à la Haye. Je lui ai dit que ne rien faire parce que l'action paraissait hasardeuse et difficile était une apologie que la postérité accepterait avec peine d'un prince d'Orange marié à une princesse de Brandebourg. Elle fut si troublée par les idées que mon langage fit naître dans son esprit qu'elle fut quelque temps avant de pouvoir me répondre. » — tt Ma seule crainte est de perdre le prince pendant que je tourne autour de la princesse. Il est si jaloux, non de sa vertu, mais de son bon sens et de son autorité, qu'il n'irait pas au paradis grâce à elle^.»
Pour amener l'entente entre l'Angleterre et la Prusse sur les affaires des Pays-Bas, sir James Harris n'eut pas recours au ministre de Prusse à la Haye, M. de Thulemeyer, qu'il regardait comme vendu à la France, et sur la fausseté et la médiocrité duquel il revient souvent. Il s'adressa à M. Ewart, secrétaire de l'ambassade d'Angleterre
1 Sir James Harris au marquis de Carmartben, 19 août 1785. Diaries^ II, 138.
^ Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 2 et 9 septembre 1785. Diariesy II, 139 et 145.