‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 28 sur 167 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

à Berlin y homme intelligent et fin, connaissant bien TAllemagne et la cour de Prusse, et qui, sous la direction apparente de lord Darlymple, titulaire du poste, menait effectivement les affaires. « Je dois vous dire que c'est moi seul qui parle » , disait sir James Harris. « Nos chefs sont trop occupés par la Chambre des communes pour faire attention à ce qui se passe sur le continent. Si TAngleterre et la Prusse sont d'accord^ la République et la maison d'Orange peuvent être sauvées*. » « Si

nous pouvons rendre les Français impopulaires en Hollande, ils se feront bientôt détester. La sécurité les rend toujours insolents^. » « Si Sa Majesté Prussienne veut servir sa nièce, c'est maintenant qu'elle doit le faire. Si elle ne le fait pas, ses assurances d'affection ne sont que des mots, et ses offres de secours dans un lointain futur, une pure dérision. Je ne puis pourtant attribuer sa froideur à l'âge et aux infirmités'. » Sir James Harris concluait en recommandant à M. Ewart de beaucoup soigner M. de Hertzberg*, le chef du parti opposé à la France, et de ne pas perdre une occasion de voir le prince Frédéric-Guillaume'*, héri-

' Sir James Harris à M. Ewart. Diaries, II, 112.

^ Du même au même^ 19 avril 1785. Diaries^ II, 121.

' Du même au même, 5 septembre 1785. Diaries, II, 142.

^ Ewald-Frédéric, comte de Hertzberg, premier conseiller privé du roi de Prusse, et Tun des diplomates les plus distingués du dix-huitième siècle.

^ Il devait régner sous le nom de Frédéric^Guillaume II.

lier du trône et frère de la princesse d'Orange.

Que faisait pendant ce temps M. de Yërac ?

M. de Yérac devenait de jour en jour partisan plus décidé de la politique des patriotes et adversaire plus résolu du prince d'Orange qu'il déclarait « vendu à l'Angleterre » . a Quelle idée peuton avoir d'un stathouder qui continue à avoir avec Brunswick la correspondance la plus suivie et le consulte sur tout ' ? » « Brunswick^ qui s'est malheureusement rendu si odieux à la nation, et qu'on regarde généralement comme l'unique cause des malheurs de la République'. » Moins sceptique que sir James Harris, quanta l'influence de l'Angleterre aux Pays-Bas, l'ambassadeur de France accusait ouvertement ce ministre de jouer double ; tantôt affirmant son dévouement à la cause orangiste, tantôt faisant dire « aux patriotes que l'Angleterre, loin de désapprouver les réformes qu'ils voulaient faire dans la Constitution, en verrait avec plaisir le succès. » Pour combattre ces intrigues, M. de Yérac voyait beaucoup les trois pensionnaires, sans avoir grande estime pour leurs talents politiques, et sans savoir se servir d'eux comme M. de la Yauguyon : « Ils n'aiment guère le travail, disait-il, mais ils aiment les longs dîners et à bien boire. Le soir ils s'assemblent entre eux et chez leurs amis, ils y fument et y boivent encore copieu-

1 Marquis de Vérac, 4 mars 1785.

^ Du même, 13 mai 1785.

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