CHAPITRE DEUXIÈME
sèment. Le yejatre plein et le cerveau obstrué, ils se mettent très-tard au lit et par conséquent ne se lèvent pas matin. Très-peu de temps est donné à la lecture des papiers essentiels et à la méditation sur les affaires de l'État. » Sans donner lui-même beaucoup de temps à la méditation des affaires d'État, le marquis de Yérac avait assez d'esprit pour blâmer cbez M. Van Berkel et ses collègues une paresse qu'il imitait. Il réservait pour le rhingrave de Salm toute son admiration. Faut-il beaucoup s'en étonner, quand on voit Voltaire luimême s'extasier sur l'instruction et la modestie du prince Frédéric qui était venu le complimenter à Femey, en 1771? Comme Voltaire, M. de Vérac trouvait le Rhingrave très-aimable et digne d'un meilleur siècle : « Il fait nrofession ouverte d'être l'ami des patriotes, de penser comme eux pour le bien de l'État * » , écrivait l'ambassadeur de France à Vergennes, et quelques mois plus tard : a L'importance de la mission qu'il est chargé de remplir près de vous, sufBt, Monsieur le comte, pour vous prouver l'étendue de la confiance qu'ont en lui les patriotes. Ils comptent sur sa prudence et son zèle. Ils sont également sûrs de son entier dévouement à leur cause*. »
Le temps n'était plus où le rhingrave de Salm étonnait la cour et la ville par ses aventures d'en-
1 Le marquis de Vérac à M. de Vergennes, 26 février 1785. * Le marquis de Vérac, 10 août 1785.
fant prodigue. C'était en ambassadeur n d'un parti prépondérant » qu'il revenait à Versailles, « lever les obstacles que les différends de la République avec l'Empereur ont opposés jusqu'ici à la conclusion de son traité d'alliance projeté avec la France » .
Il fallait d'autres qualités que l'esprit brillant et souple de Frédéric de Salm pour régler ces différends* On ne saurait sans injustice refuser à M. de Vergennes Thonneur de les avoir terminés. On se rappelle les prétentions de Joseph II sur Maëstricht et sur l'Escaut. Il avait consenti, non sans peine, à céder sur le dernier point, mais persistait à revendiquer Maëstricht, « pot-de-vin du marché » , suivant Vergennes. Les Hollandais ne se montraient pas plus disposés à renoncer à leurs droits sur cette ville, qu'à leurs privilèges surTEscaut. Â Paris, comme à Amsterdam, l'esprit antiautrichien s'était manifesté de la façon la plus vive. Marie-Antoinette elle-même avait déclaré : « Je ne puis oublier que je suis sœur de l'Empereur, mais je me souviens surtout que je suis reine de France et mère du Dauphin. » Mais la République était presque sans troupes, sans artillerie, sans moyen de défense et hors d'état de s'en procurer. Sur les avis de Catherine II et les menaces de la cour de France, l'Empereur, qui avait déjà fait marcher des troupes, se vit forcé de reculer, mais demanda l'envoi à Vienne d'une députation