CHAPITRE DEUXIÈME
chargée de lui porter les excuses des Pays-Bas pour leur iusolence. Le navire qu'il avait charge de forcer l'Escaut n'avait-il pas été attaque et pris par les Hollandais? Après de nombreux pourparlers qui plus d'une fois menacèrent d'être rompus, il déclara qu'il se contenterait d'une indemnité. Il avait attaqué sans motifs, il ne voulait pas céder sans profits. Cette nouvelle demande indigna les Provinces : « Les Hollandais, écrit Vérac, sont pénétrés du sentiment exagéré, sansdoute, de l'injustice des prétentions pécuniaires de la cour de Vienne, et s'ils se refusent à la satisfaction qu'elle demande, cela n'est point pour épargner leurs millions. Cela est si vrai, Monsieur le comte, que tel particulier qui s'obstine dafis son refus sur cet objet souscrira demain pour les trois quarts de sa fortune, s'il est question de fournir aux frais d'une guerre contre l'Empereur *. »
« L'agitation extrême qui occupe les têtes des chefs de la République » n'était pas sans inquiéter Vergennes lui-même, qui ne craignait pas de parler au Roi a du peu d'égards de l'Empereur pour la médiation de Sa Majesté » et « de son défaut de ménagement pour la considération qu'il lui doit^ » .
1 Le marquis de Vérac, 24 août 1785.
* Vergennes au Roi, 13 septembre 1785, Archives nationales. Tbatchkvskt^ ia France et V Allemagne sous Louis XVI, — Paris, 1880, page 61.
« Il y aurait Sire, de grandes réflexions à faire sur toute la conduite de FEImpereur, sur son peu dVgards pour la médiation
En HoUandey le parti stathoudérien, inspiré par sir James Harris, ne négligeait rien pour empêcher tout arrangement, et pour rejeter sur la France et les républicains toute la responsabilité d'une rupture. Le différend avec l'Empereur arrangé, c'était l'alliance française conclue, et tous les efforts du ministre d'Angleterre tendaient à empêcher la concordance de ces deux événements. Les stathoudériens n'eurent pas seulement recours aux journaux et aux menaces pour amener la confusion, ils se servirent de leur moyen habituel : l'émeute. Sur la nouvelle des exigences de l'Empe-. reur,la populace orangiste de la Haye se souleva, le 5 septembre 1785. Les trois pensionnaires avaient été passer avec quelques amis la journée du dioianche à la campagne ; ils devaient revenir le soir en yacht, et le lieu de leur débarquement était connu. Dès le matin, une foule menaçante s'y rassembla, et ne cessa de s'augmenter pendant la journée, sans que le prince stathouder, commandant de la garnison de la Haye, fît aucun effort pour dissiper les mécontents. Le Conseil député des États de Hollande, représentant légal du souverain, en l'absence des États, se réunit aussitôt
de Votre Majesté, et je ne crains pas d'ajouter saf son défaut de ménagement pour la considération qu'il lui doit. Abandonner TEmpereur à lui-même, ce serait peut-être le laisser se jeter dans un précipice*. • Je prie Votre Majesté de m'autoriser à faire tenir à M. le comte de Mercy un langage aussi ferme qu'onctuenx* ■