‹ Une invasion prussienne en Hollande en 1787Chapitre 31 sur 167 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

et prit sur lui de faire marcher des troupes, pour dissiper l'émeute. Sa décision fut approuvée par les ÉtatSy qui déclarèrent que le droit de commandement militaire n'appartenait pas exclusivement au Stathouder. « Il parait constant que des gens même du prince sont fortement impliqués dans cette affaire » , disait Yérac dans sa dépêche du 6 septembre. Le 10, Vergennes recevait ces nouvelles et se hâtait de les faire connaître au Roi : a Ce que j'appréhendais se vérifie, les premiers coups sont tirés. Le feu de la guerre civile est allumé. Quoique ce qui arrive semble être Teffet le plus direct des conseils de M. Harris, puisque c'est à la suite de son voyage à Loo que cette explosion a eu lieu, je ne puis penser cependant que les conseillers du Statliouder aient porté l'imbécillité jusqu'à se livrer aussi imprudemment sur la foi du ministre d'une puissance qui n'est ni en mesure ni en possibilité de protéger et de soutenir la révolution qu'elle peut être soupçonnée de susciter. » Après s'être demandé si la cour de Berlin n'avait pas eu part à « l'étrange révolution que le Stathouder venait d'effectuer, qu'on peut qualifier, à juste titre, une véritable rébellion », M. de Vergennes ajoutait : « Votre Majesté par son traité d'alliance s'est rendue garante de la Constitution intérieure de la République comme de ses possessions. Peut-être la cour de Berlin ne se rend pas une justice assez exacte sur les bornes qu'elle doit

prescrire à son influence et à son intérêt pour la famille stathoudérienne. Il peut être très-important de Téclairer sur les suites que pourraient entraîner des offices et des démarches peu réfléchis, surtout s'ils étaient appuyés sur des démonstrations hostiles \ »

Ce ferme langage de M. de Vergennes n'eût pas été désapprouvé par les chefs du parti républicain. Si M. Paulus*, l'un des plus distingués parmi les patriotes, l'avait prévu, il n'eût pas montré tant d'inquiétudes, dans une conversation avec M. de Vérac : «t II est venu ce matin ra'exposer avec autant de vérité que d'énergie le tableau des malheurs qui menacent la République, si la crise où les patriotes se trouvent en ce moment ne devait pas être promptement terminée. Il me dit avoir les indices les plus certains que l'on prodi-

1 Vergennes proposait au Roi de déclarer au baron de Goitz, ministre prussien, «que Sa Majesté est très-décidée à ne point intervenir dans la querelle qui s'élève entre les provinces et le Stathouder, en tant que d'autres provinces s'abstiendront de s'y immiscer autrement que par de bons offices; mais que, dans le cas contraire, Votre Majesté se trouverait avec bien du regret dans la nécessité de remplir les devoirs que lui impose son alliance avec la République. Je prie Votre Majesté de vouloir bien me donner ses ordres. Les moments sont précieux, n Archives nationales. Tratchevsky, Pièces annexes.

* Pieter Paulus était originaire d'Amsterdam. Comme « fiscal » de l'amirauté de la Meuse, il avait contribué plus que personne à^ relever la marine de son pays, et s'était attiré par sa conduite l'animosité du parti anglais. Paulus devait, en 1795, être élevé au poste de grand pensionnaire de Hollande.

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