CHAPITRE DEUXIÈME. À
guait l'argent sous main pour soulever le peuple et opërer une révolution ^ » Les émeutes suscitées le 5 septembre par les orangistes, et qui se renouvelèrent le 9, eurent un résultat différent de celui qu'ils en attendaient. La cour de France sentit la nécessité absolue de terminer le différend des Pays-Bas avec l'Empire et d'établir sur des bases définitives l'alliance franco-hollandaise projetée depuis si longtemps. Le Roi lui-même, qui trouvait que « l'Empereur allait bien vite, mais que les Hollandais jusqu'à présent avaient allé bien lentement^», comprit la nécessité d'en finir. Après plusieurs séances longues et confuses, le Conseil décida qu'une indemnité de 10 millions de florins serait accordée à l'Empereur, et que la France en prendrait la moitié à sa charge. Les propositions de la cour de Versailles furent acceptées par les plénipotentiaires hollandais et autrichiens ; les articles préliminaires furent signés, le 20 septembre, par Yergennes exerçant au nom du Roi l'office de médiateur, et l'Empereur obtint le pourboire dont avait parlé Frédéric. Cet échec ne découragea pas sir James Harris; battu sur ce point, il s'efforça d'empêcher la ratification du traité par les États et d'arrêter la signature définitive de l'alliance. Les journaux orangistes en vinrent à déclarer « que
> Le marquis de Vcrac, 6 septembre 1785* 3 Le Roi à Vergennes, 14 septembre 1785. Archives nationales* TiUTCHBvSKT, page 61.
la paix conclue, sous la médiation du Roi, était le comble de l'opprobre et du ridicule, et portait l'empreinte d'une main véritablement perverse * » . Sir James Harris ne se contentait pas d'inspirer la presse stathoudérienne, il s'occupait avec ardeur de l'organisation intérieure du parti. Persuadé, comme l'auteur d'un mémoire remis au roi de France en 1785, « que la République serait française si les patriotes triomphent, qu'elle serait anglaise si leur antagoniste l'emporte^ », il faisait tout pour soutenir la cause de Guillaume Y : a Le peuple de la Haye est mûr pour l'insurrection » , écrivait-il le 1" novembre au marquis de Garmarthen; . « je serais fâché toutefois que l'on en fît déjà usage. Le danger doit être plus proche. » C'était dans la province de Zélande que le ministre anglais avait concentré toutes ses espérances : tt Elle convenait à mes desseins; mieux que toute autre partie de la République, elle se trouvait directement, affectée par une alliance avec la France. La capacité et le zèle de mes émissaires ont dépassé toute attente. C'est à leur activité que nous devons la vigoureuse et digne protestation de la Zélande contre la paix '• n
Quant à l'action de la Prusse, sir James Harris
1 Courrier du BaS'Rhitu ^ Arcbives des affaires étraDgères. Hollande. > Sir James Harris au marquis de Garmartlien^ 25 octobre 1785. Diaries, II, i6f .