CHAPITRE DEUXIÈME
avait entre les mains le récit d'une conversation de Frédéric II avec lord Gornwallis. Le Roi avait déclaré u quMl sentait la plus grande inquiétude, au sujet des affaires de Hollande, par suite de son alliance avec la maison d'Orange, et vu son désir d'empêcher la Hollande de devenir une province française » , et sans s'inquiéter de la fin du discours où Frédéric disait craindre u que l'activité du ministre britannique à la Haye ne fût nuisible une fois découverte », le diplomate anglais écrivait à son supérieur hiérarchique : « Quelles que puissent être les vues réelles et l'opinion du roi de Prusse, il a certainement donné à ses ministres et à ses agents l'ordre de le peindre comme peu satisfait, et mécontent de la France ' . » Bien que « sa vie fut une intrigue perpétuelle, que sa maison ressemblât à Tauberge d'Adam et d'Eve ou de George et du Vautour pendant les meetings du Midlesex » , sir James Harris trouvait encore le temps d'écrire à M. Ëwart, toujours à Berlin : « Si vous pouviez amener le roi de Prusse à se déclarer contre la conclusion de l'alliance française, cela serait d'un grand effet, et le moment serait bien choisi *. » La veille même du jour où sir James Harris exprimait cette opinion et cet espoir, le traité définitif d'alliance entre la France et les Pays-Bas
> Sir James Harris au marquis de Carmarthen, 18 octobre 1785. Diaries, II, 157.
' Du même au même, 8 et 11 novembre 1785.
était signé à Versailles par M. de Vergennes, qui avait reçu, le 22 octobre, du Roi de pleins pouvoirs à cet effet. Les très-excellents seigneurs Mathieu Lestevenon, seigneur de Berkenrode, député de la province de Hollande aux États- Généraux, et Gérard Brantzen, bourgmestre et sénateur de la ville d*Arnheim, étaient les plénipotentiaires des Pays-Bas. Le même jour, et aussi à Versailles, l'arrangement définitif entre la République et l'Empereur recevait une consécration solennelle. Le succès était grand pour la France, M. de Vergennes et les patriotes. Malgré quelques hésitations et quelques timidités, le ministre n'avait cessé de déclarer que l'alliance hollandaise « était de toutes les alliances possibles la plus avantageuse et la moins sujette à inconvénients * », et w qu'elle était universellement considérée comme l'un des événements les plus importants du règne de Louis XVI' ».
Cette alliance était enfin conclue, et M. de Vergennes pouvait écrire à Vérac «que Sa Majesté, en la signant , s'était montrée très-disposée à assurer la tranquillité intérieure de la République ' » .
* Mémoire de Vergennes, 1**" février 1785. Archives nationales. Publié par M. Tratchkvsky. Pièces annexes, 82*.
« Ce n*est pas Siins de grands motifs que le Roi se détermine à se prêter au désir que les Hollandais lui ont témoigné d*être admis à rhonneur de son alliance. La cbose a été mûrement pesée et discutée en présence de Sa Majesté. »
3 Vergennes au Boi, 15 mars 1785.
' Vergennesà Vérac, 24 octobre 1785. Affaires étrangères. Ver-