CHAPITRE III
Troable général dans la république des ProTinces-Qnies. — Le Statbouder quitte la Haye. — Conversation de la princesse d'Orange avec sir James Harris. — Le rhingrave de Salm porte à Paris les observations des patriotes. — Importance d'Amsterdam. — Le commandement de la garnison de la Haye. — La porte statboudérienne. — Violente émeute orangiste. — Le commandement de la Haye est retiré au Stadiouder. — Découragement des orangistes. — Mort de Frédéric le Grand.
tt Si la République jouissait dans son intérieur d'une tranquillité parfaite 9 disait M. deVérac, notre tâche serait entièrement finie et nous n'aurions plus qu'à recueillir le fruit de nos peines et de nos soins, mais nous sommes encore bien éloignés de cette harmonie universelle. » Les Provinces - Unies étaient en effet bien loin de ressembler au Paradis terrestre. La question du commandement de la garnison de la Haye était venue se joindre à tant d'autres questions délicates, et menaçait chaque jour de faire éclater la guerre civile. On n'a peutêtre pas oublié que le Statbouder ayant refusé de faire marcher les soldats contre une émeute soulevée par ses partisans, le Conseil député de Hol-
lande n'hésita pas à donner aux troupes Tordre de dissiper les rebelles. Le prince se plaignit avec aigreur de ce qu'il appelait une usurpation. La question ne fut pas définitivement tranchée, mais les États de Hollande approuvèrent la conduite de leurs délégués. Guillaume Y, irrité, se décida à quitter la Haye avec sa famille. La princesse d'Orange eut, avant son départ, avec sir James Harris ime conversation longue et précise, qui vaut la peine d'être racontée. Elle le reçut le soir, à la Maison-du-Bois ' . « Le sort de la maison d'Orange va se décider vite » , lui dit-elle; «ni intervention, ni secours ne peuvent nous sauver. Je quitte la Haye pour n'y revenir peut-être jamais. Quelques jours suffiront pour dépouiller le prince de son reste d'autorité. Je lui crois trop d'élévation pour accepter le rôle d'un stathouder enpein* turc. Mes enfants sont trop jeunes pour connaître l'ambition ou pour regretter le rang qu'ils occu pent. Ils seront plus heureux, je l'espère, dans une situation moins élevée. » La princesse fut obligée de s'arrêter, mais sans permettre à son émotion de l'interrompre longtemps, ellecontinua: « On m'a souvent conseillé, et ce matin encore, on a été jusqu'à l'importunité , de séparer mes intérêts, ceux de mes enfants de ceux du prince.
' Palais des princes d'Orange dans le bois de la Haye. Sir James Harris au marquis de Garraarthen, la Haye, 16 septembre 1785. Diaries, II, 147.