CHAPITRE TROISIÈME
A cela, je ne consentirai jama/^. Mes principes me le défendent. A défaut de principes^ je ne manque pas de jugement au point d'ignorer que diviser la maison d'Orange serait la ruiner et ajouter la honte au malheur. » Ici encore, la princesse garda un moment le silence ; elle semblait hésiter à confier à son interlocuteur ce qui lui restait à dire. Elle lui apprit enfin, — non sans un visible malaise, que M. de Maillebois, envoyé, croyait-elle, par la cour de France^, avait été assez audacieux pour lui proposer d^ abandonner le prince* \ que si elle consentait à faire avoir à lui, Maillebois, le commandement de l'armée, il s'efforcerait de mettre en ses mains à elle le pouvoir stathoudérien, et pour employer ses propres expressions : « un pouvoir qui vaudrait bien celui de Stathouder » • La princesse ajouta ce « qu'elle n'avaitdit à personne, que Pierre Paulus était venu la voir, sous prétexte de prendre congé, et lui avait parlé d'une coalition avec les patriotes » .
C'est un grand plaisir pour un diplomate que
' M. de Maillebois^ officier français au service des Provinces- Unies, commandait une des légions étrangères engagées par les Etats-Généraux. La nécessité de faire des économies amena les États à décider le licenciement de cette lé(;ion. Cette mesure donna lieu à d^assez longues négociations, dont le marquis de Vérac entretint son ministre à différentes reprises.
' « Son oncle Frédéric lui offrait de la faire gouvernante des Etats, si elle voulait adopter sa politique et la politique française, mais elle repoussa noblement la tentation. » Harris papers, Dia' ries^ II, 149.
d'entendre une confidence « qui n'a été faite à personne » . Sir James Harris ne laissa pas que d'être très-touché par le récit de la princesse d'Orange : « Je ne pouvais qu'écouter, admirer et plaindre » , écrit-il, mais le sentiment de ses devoirs professionnels l'emporta bien vite sur une émotion qui, pour être réelle, ne lui faisait rien perdre de son sang-froid : u Je n'ai pas cherché à calmer l'indignation de la princesse contre M. de Maillebois, ni à enlever à la cour de Versailles sa responsabilité dans ce projet... J'ai déclaré que la proposition de Paulusétaitfausseetdangereuse, que les termes du compromis seraient humiliants et abaissants. » La princesse ne demandait qu'à être confirmée dans son opinion. « Recommandez mes enfants au Roi votre maître » , dit-elle à sir James Harris, au moment où il la quittait; « j'espère n'être jamais indigne de sa protection. » — « Je dois vous avouer, mylord » , déclarait ce dernier au marquis de Carmarthen, « que je soupçonne la cour de Berlin plus que celle de Versailles d'avoir dirigé la proposition de M. de Maillebois, et non pas seulement par un calcul de probabilité, mais parce que je sais la grande intimité qui existe entre ce général et mademoiselle Dankelman, ministre de Prusse tout autant que M. de Thulemeyer luimême. »
Sir James Harris, dans ces circonstances, prit le parti de s'adresser au prince d'Orange lui-même.